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Communication.Management.Marketing

Toute vérité n'est que perception

Management : les fruits de la passion

Pour mon 1 000ème article sur Superception*, quel meilleur sujet que la passion ? Incidemment, merci à tous de me permettre de partager l’une de mes passions avec vous sur ce blog.

La relation des employés à leur tâche est trop souvent désincarnée : selon une étude réalisée en 2010 aux Etats-Unis, seulement 28% étaient connectés émotionnellement à leur travail contre 53% qui y étaient indifférents et 19% hostiles**. Il apparaît même que le taux des attaques cardiaques augmente de 20% à travers le monde le lundi matin lorsque les gens reprennent le collier***.

Et pourtant, la passion constitue le meilleur vecteur d’accomplissement pour les collaborateurs et de performance pour les entreprises qui les emploient. En effet, la passion produit trois fruits : l’ambition, l’excellence et le bien-être.

Commençons par l’ambition.

On est ambitieux lorsqu’on est passionné par une occupation parce qu’on y attache de l’importance et que l’on veut donc faire de son mieux. A l’inverse, l’indifférence est l’ennemie de la quête d’absolu.

Le plus sûr moyen, pour une entreprise, de générer cette passion ambitieuse est de donner du sens à son activité (lire ici sur la motivation par le sens). Un collaborateur qui oeuvre au service d’une entreprise animée par une puissante raison d’être est plus passionné par son travail quotidien que celui auquel on n’indique qu’un objectif financier. Celui-là bénéficie d’une mission, celui-ci d’une équation.

Il importe en effet de faire la différence entre un travail et une mission. En juin 2010, Jeff Bezos, fondateur et patron d’Amazon, expliquait dans FORTUNE : “nous considérons Amazon comme une mission. Je crois profondément que les missionnaires conçoivent de meilleurs produits. Ils sont plus investis dans leur activité. Pour un missionnaire, il ne s’agit pas seulement d’un travail. Naturellement, l’entreprise doit être performante économiquement mais ce n’est pas la raison pour laquelle vous travaillez. Vous travaillez parce que vous êtes motivés par quelque chose qui a du sens à vos yeux“.

A cet égard, l’un des exceptionnels talents de Jeff Bezos est de convaincre chacun des collaborateurs d’Amazon, même ceux qui accomplissent les tâches les plus banales, qu’ils participent à une aventure qui sublime leur vie. Bezos est l’exemple parfait que la passion ne se décrète pas ; elle se transmet.

Jeff Bezos - (CC) Doc Searls

Jeff Bezos – (CC) Doc Searls

Ce sens, cette raison d’être sont porteurs d’au moins six atouts majeurs pour l’entreprise qui les incarne :

  • rassembler ses collaborateurs autour de l’intérêt général plutôt que de laisser prospérer les conflits entre intérêts particuliers,
  • se concentrer sur sa mission sans se disperser (“la stratégie, c’est décider ce que l’on ne fait pas” disait Steve Jobs),
  • orienter ses décisions et actions vers le long terme plutôt que vers le prochain trimestre,
  • ne jamais se satisfaire des résultats obtenus pour toujours viser plus haut (on n’a jamais atteint son objectif lorsqu’on veut changer le monde),
  • attirer les meilleurs talents,
  • donner du relief à son image.

Incidemment, il faut adjoindre des valeurs à la raison d’être d’une entreprise pour lui permettre de se concrétiser au quotidien dans l’activité des collaborateurs comme dans leurs relations avec leur écosystème (lire ici à propos de l’importance des valeurs).

Le dernier mot sur la relation entre passion et ambition revient à Steve Jobs, le maître absolu en la matière. Il avait l’habitude d’affirmer que “le voyage est la récompense“. C’est à mon sens la proclamation d’ambition la plus forte qui soit car elle place la motivation au niveau de la dynamique quotidienne et non d’un quelconque objectif, aussi important soit-il. Lorsqu’on adopte cette approche, on ne cesse de vouloir progresser à chaque instant – sans se laisser détourner par quoi que ce soit, y compris les inévitables revers – pour améliorer la qualité de son “voyage”, expression de sa passion.

Steve Jobs - (CC) Wired Photostream

Steve Jobs – (CC) Wired Photostream

C’est d’ailleurs ce qu’illustre le retour de Steve Jobs à la tête d’Apple en 1997 (raconté par Walter Isaacson dans Steve Jobs). Alors que l’Entreprise était à 90 jours de la faillite, il lui redonna comme suprême priorité la réalisation de produits exceptionnels plutôt que la maximisation de ses profits. Il convainquit ainsi ses meilleurs éléments, au premier rang desquels la future star du design Jony Ive, de rester en son sein.

Ma passion fut de bâtir une entreprise au sein de laquelle les gens étaient motivés pour réaliser des produits géniaux. Tout le reste était secondaire. Bien sûr, c’était important d’être profitable car cela nous permettait de concevoir les produits que nous voulions. Mais les produits, pas le profit, constituaient notre motivation. L’erreur de John Sculley (l’ancien dirigeant de Pepsi qui dirigea Apple après l’éviction de Steve Jobs) fut d’inverser la logique pour accorder la primauté à l’objectif financier. C’est une différence subtile mais qui change tout : les personnes que vous recrutez, les individus que vous promouvez, les sujets que vous débattez en réunion“, expliqua Steve Jobs au soir de sa vie à Walter Isaacson.

Au-delà de l’ambition, la passion nourrit aussi l’excellence.

Pour s’en convaincre, il suffit d’écouter Tony Hsieh, le lumineux patron de Zappos, le vendeur en ligne de chaussures et vêtements : “la motivation vous aide à réaliser le possible, l’inspiration vous permet de réaliser l’impossible“.

Tony Hsieh - (CC) Randy Stewart

Tony Hsieh – (CC) Randy Stewart

C’est une distinction d’autant plus importante que, de nos jours, la compétition mondiale est de plus en plus fondée sur des éléments intangibles. En effet, presque toutes les entreprises disposent désormais, sous les multiples effets de la révolution numérique, d’atouts concurrentiels tangibles (prix, canaux de distribution…) comparables. Or l’intangible est le domaine où la passion fait la différence.

En effet, la créativité, l’empathie, la confiance, la volonté d’aider les autres, l’écoute sont autant de qualités déterminantes dans le succès d’une entreprise et qui, pourtant, ne peuvent pas être imposées à ses collaborateurs. Ce sont des qualités qui doivent être insufflées, inspirées. Quel meilleur vecteur que la passion pour ce faire ?

Incidemment, la motivation extérieure – qu’elle soit générée par des récompenses financières ou par la crainte de sanctions – n’est jamais, à la différence de la passion intérieure, permanente. La motivation peut être flétrie par beaucoup de facteurs : mécontentement par rapport à une décision de son manager, désaccord avec des collègues, fatigue physique ou mentale… L’excellence du collaborateur s’en ressent alors.

A contrario, la passion ne connaît pas de trêve. Celui qui est passionné se motivera tout seul et sera insensible à tous les tourments, y compris les mauvaises passes financières de son employeur (qui affectent sa rémunération globale et son portefeuille d’actions) et les propositions de recrutement avantageuses d’autres entreprises. Il est impavide car il oeuvre au service d’une cause plus importante que lui.

Cette auto-motivation me fournit la transition vers le troisième fruit de la passion : le bien-être.

Comme l’écrit le publicitaire Ken Segall dans Insanely Simple, “le travail est dur et c’est pourquoi on appelle cela du travail“. La meilleure manière d’éprouver du bien-être au travail est d’être passionné – et pas seulement motivé – par son activité. A mes yeux, la différence entre motivation et passion est en effet que celle-là est régie par la raison alors que celle-ci est gouvernée par le coeur.

L’entreprise qui passionne ses collaborateurs – notamment par le sens qu’elle donne à leur activité (cf. supra) – accomplit cette prouesse de créer un environnement au sein duquel ils travailleraient, s’ils pouvaient se le permettre, sans être payés. Dans un tel cadre, leur bien-être est naturellement assuré. Et leur enthousiasme est l’affection – au deux sens du terme – la plus contagieuse qui soit.

Peter Thiel - (CC) Fortune Live Media

Peter Thiel – (CC) Fortune Live Media

En conclusion, il convient de se demander ce qui distingue une entreprise passionnée.

Je m’inspirerai de Peter Thiel, génie pluridisciplinaire de la Silicon Valley, pour répondre. Lors de son cours à l’Université de Stanford (Californie) l’an dernier, Thiel expliqua que, pour être vraiment exceptionnel, un individu doit être prêt à se battre pour des vétilles. En effet, n’importe qui peut s’engager dans un combat sur un sujet majeur. Mais les vrais héros bataillent pour ce qui n’a aucune importance.

Il me semble que c’est la définition même des gens – et des entreprises – passionnés : lutter pour ce qui n’a aucune importance aux yeux des autres. Ainsi, par exemple, du moindre détail d’un produit Apple revu par Steve Jobs, de la profondeur de l’engagement environnemental de Patagonia au détriment de sa rentabilité, du rôle pionnier de Southwest Airlines dans la démocratisation du voyage aérien ou de l’équilibre permanent recherché par Whole Foods Market entre l’amélioration de la santé et la satisfaction de ses clients.

Toutes ces entreprises correspondent à la belle définition donnée par Stendhal : “la vocation, c’est avoir pour métier sa passion“.

 

* Je publie un article en français chaque jour (7j/7) et un article en anglais chaque dimanche ainsi que des critiques de livre bilingues. Sur les 1 000 articles publiés jusqu’à présent, 350 ont été consacrés à la communication, 309 au management, 256 au marketing et 85 à des livres. La longueur moyenne d’un article est de 2 500 signes.

** Gallup Consulting, State of the American Workplace: 2008-2010 cité par John Mackey et Rajendra Sisodia dans “Conscious Capitalism: Liberating the Heroic Spirit of Business” (2013).

*** Recherche publiée dans The American Journal of Hypertension et The British Medical Journal, idem.

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