Fermer

Ce formulaire concerne l’abonnement aux articles quotidiens de Superception. Vous pouvez, si vous le préférez, vous abonner à la newsletter hebdo du site. Merci.

Abonnement

Fermer

Communication.Management.Marketing

Toute vérité n'est que perception

Newsletter Superception #28

Newsletter Superception du 26 septembre 2015.

S’abonner à la Newsletter.

Bonjour,

Les réactions suscitées par le dernier numéro en date de Charlie Hebdo confirment malheureusement ce que j’écrivais dans l’article que j’avais consacré à la liberté d’expression suite aux attentats terroristes du mois de janvier :

Le siècle des Lumières fut notamment marqué par le débat philosophique – et la querelle personnelle – entre Jean-Jacques Rousseau et Voltaire. Ce débat forgea dans une grande mesure l’histoire politique ultérieure de notre pays. Ma conviction est que l’une de ses ramifications se retrouve jusque dans l’attaque sur Charlie Hebdo.

Dans Du contrat social, Rousseau énonce la théorie selon laquelle, si le pouvoir étatique émane de la volonté du peuple, la liberté individuelle doit être sujette au dessein collectif incarné par l’Etat. A ses yeux, la souveraineté du peuple est garante de la liberté individuelle. Celle-ci est assurée par le fait que la loi s’impose à tous les citoyens, qui sont égaux devant elle. L’homme est libre parce qu’il dépend de la loi commune et non des caprices d’un autre homme. L’implication de cette logique est claire : la puissance publique doit subsumer l’essence privée. (…)

La vision de Voltaire pourrait difficilement être plus opposée à celle de Rousseau.

A partir de ce qu’il a observé durant son long séjour en Angleterre, il professe que le droit de propriété favorise la liberté individuelle des citoyens tout en les affranchissant sur le plan politique grâce à l’indépendance qu’il leur confère. Les libertés économique et politique se nourrissent ainsi mutuellement. Dans ce cadre, Voltaire mène un combat permanent pour la liberté d’expression.

Dans la culture française, la vision de Voltaire est résumée par une célébrissime citation : “Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire“. (…)

La France cite Voltaire mais elle accrédite Rousseau.

Ce dernier, en effet, exprime l’aspiration nationale à conjuguer liberté et égalité grâce à l’intervention de l’Etat. C’est l’une des raisons pour lesquelles Rousseau est l’un des pères intellectuels de la Révolution française et de notre matrice politique.

A mes yeux, la liberté d’expression n’a pas la même place dans les pensées respectives de Rousseau et Voltaire. Pour celui-là, elle est relative car conditionnée au projet collectif alors que, pour celui-ci, elle est absolue car constituée en droit individuel inaliénable. (…)

La liberté d’expression ne se divise pas, elle ne se négocie pas. Tout compromis la concernant est une compromission. A cet égard, j’ai déjà exprimé sur Superception que j’étais beaucoup plus proche de la vision américaine d’une totale liberté d’expression, même si elle ne peut pas être parfaite dans sa mise en oeuvre quotidienne.

A mon sens, dès qu’on encadre la liberté d’expression, on donne à une institution la responsabilité exorbitante de borner notre pensée. La liberté d’expression n’est pas la liberté de dire ce avec quoi la majorité du moment – représentée par ladite institution – est d’accord. La liberté d’expression ne peut être la manifestation d’un consensus. Sinon elle est une norme sociale. Liberté d’expression et consensus sont par nature antithétiques. La liberté d’expression est, dans l’esprit de Voltaire, la licence de tout dire, de tout écrire, de tout dessiner.

Comme l’a relevé Talleyrand à un autre sujet, “on ne peut s’appuyer que sur ce qui résiste“. De fait, une Société démocratique forte résiste, au sens où elle ne s’altère pas sous l’effet d’une expression complètement libre, et fournit ainsi à ses citoyens un plus grand appui.

Dans ce sens, je considère que l’outrance, la provocation et, dans la sphère religieuse, le blasphème sont consubstantiels à la démocratie. Ils doivent naturellement s’exprimer dans le respect de la loi, y compris dans notre pays celle de 1905 qui est souvent valorisée de manière hypocrite. Mais la loi devrait, autant que possible, laisser l’expression libre pour se focaliser sur les actes. (…)

Ce drame ne doit pas occulter le fait que Charlie Hebdo était jusqu’à cette semaine du mauvais côté du consensus national. On se souvient notamment du procès qui lui avait été intenté en 2007 pour la publication de caricatures de Mahomet et des attendus du jugement qui évoquaient, dans un parfait apologue rousseauiste, “les limites admissibles de la liberté d’expression“.

A l’époque, les opinions de Charlie Hebdo avaient failli être des délits. Depuis, le journal a subi des critiques régulières pour son usage censément excessif de la liberté d’expression. (…)

L’immense émotion générée par le carnage d’une grande partie de l’équipe du journal a changé la perception à l’égard de Charlie Hebdo, qui est désormais du bon côté du consensus national.

Mais l’évolution de sa légitimité illustre dramatiquement l’effet négatif de notre conception rousseauiste de la liberté d’expression : elle subordonne la liberté individuelle à la volonté collective, laquelle s’affirme dans des consensus successifs et erratiques.

Beaucoup, choqués par les dessins mettant en scène le petit Aylan Kurdi, dont la photo du cadavre retrouvé sur une plage de Turquie avait bouleversé la planète, ont déclaré ces derniers jours sur le web social qu’ils ne sont plus Charlie.

Ce faisant, ils soulignent que leur soutien à Charlie Hebdo et à la liberté d’expression était bien rousseauiste et non voltairien, c’est-à-dire la manifestation du consensus du moment et non l’incarnation d’un droit individuel inaliénable. Comme je le redoutais il y a neuf mois, la tuerie d’une partie de l’équipe du journal avait fait passer Charlie Hebdo du bon côté du consensus national… de manière temporaire.

La critique des caricatures du dernier numéro de Charlie Hebdo est d’autant plus absurde si l’on considère le message qu’elles portent. Par exemple, un dessin de Riss proclame “la preuve que l’Europe est chrétienne” en montrant des enfants musulmans se noyer et Jésus marcher sur l’eau. Cette caricature n’est aucunement islamophobe. Elle stigmatise les déclarations du Premier ministre hongrois, Viktor Orban, et d’autres dirigeants selon lesquelles les migrations actuelles menacent l’identité chrétienne du Vieux Continent. Elle ne moque donc pas le décès du petit Aylan mais l’attitude de l’Europe et défend la cause des réfugiés.

Je continuerais d’ailleurs de défendre les provocations de Charlie Hebdo même si leur message n’était pas aussi politiquement correct.

La liberté d’expression est tout sauf une convenance idéologique.

Si vous appréciez cette newsletter, n’hésitez pas à la recommander à vos amis et à l’évoquer sur les réseaux sociaux. Plus on est de fous, mieux on lit (car plus on peut échanger).

Bienvenue aux nouveaux abonnés, bonne lecture et bonne semaine à toutes et tous.

Christophe Lachnitt (contact@superception.fr)


Sommaire

  • Best of Superception présente un florilège des articles publiés en français sur Superception durant la semaine écoulée.
  • Best of Internet est consacré aux meilleurs articles du web – relatifs aux enjeux de perception à travers la communication, le management et le marketing – que je n’ai pas pu aborder dans mes articles quotidiens sur Superception.
  • Ab hoc et ab hac, enfin, propose des contenus, dénichés au cours de mes divagations numériques, susceptibles de vous intriguer ou vous distraire.

Best of Superception


Best of Internet

  • Même s’ils sont souvent confondus dans le vocabulaire courant, les membres des générations Y (les milléniaux) et Z présentent des différences certaines. Cet article vous présente la génération Z : Move Over, Millennials, Here Comes Generation Z
  • Enfant, Elizabeth Holmes avait une phobie des aiguilles. Elle a résolu son problème en fondant à 19 ans Theranos, une start-up valorisée à 10 milliards de dollars en raison de son potentiel à permettre la réalisation d’analyses de sang sans seringue. Portrait, riche en leçons de management, de la plus jeune entrepreneuse milliardaire de la planète : How Playing The Long Game Made Elizabeth Holmes A Billionaire
  • Le développement de LinkedIn dans la diffusion de contenus a constitué l’une des principales initiatives – et l’un des principaux investissements – du réseau social professionnel ces dernières années. Certains considèrent, avec raison à mon sens, que cette stratégie représente à ce jour une opportunité manquée : LinkedIn Editorial: A Missed Opportunity
  • Comment peut-on expliquer, et surtout compenser, la sous-représentation de la gent féminine dans les sphères de pouvoir corporateWhy Do So Many Incompetent Men Become Leaders?
  • En mars 1941, The New York Times Magazine consacra un reportage bienveillant à la vie quotidienne d’Adolf Hitler dans son chalet de Berchtesgaden. Cet article décrypte comment la stratégie de communication du Führer trompa les médias : Hitler At Home: How The Nazi PR Machine Remade The Führer’s Domestic Image And Duped The World

Ab hoc et ab hac

Ajouter un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

Remonter

Logo créé par HaGE via Crowdspring.com

Crédits photos carrousel : I Timmy, jbuhler, Jacynthroode, ktsimage, lastbeats, nu_andrei, United States Library of Congress.

Crédits icônes : Entypo