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Communication.Management.Marketing

Toute vérité n'est que perception

Le talent est un privilège qui ne justifie aucun privilège

La chance est une responsabilité.

Le fonctionnement de toute communauté humaine est fondé sur les dynamiques de droits et devoirs de ses membres. C’est vrai d’une famille, d’une entreprise et d’une Nation. Une communauté de droits sans devoirs confine à l’anarchie et une communauté de devoirs sans droits au totalitarisme.

Or, dans toutes les formes de communautés, ceux qui accèdent au pouvoir peuvent considérer qu’ils ont plus de droits et beaucoup moins de devoirs que les autres. C’est souvent le cas dans la Société monarchique que la France reste à maints égards.

Ainsi que je le souligne dans mon talk TEDx, je considère pour ma part que la chance est une responsabilité. Il faut être digne de la chance qu’on a, quelle que soit sa nature, pour la mériter. A mes yeux, un talent inexploité, une bonne santé mal mise à profit ou une richesse dilapidée ajoute une immoralité à une inégalité. Or, si celle-ci est (souvent) inéluctable, celle-là ne l’est pas.

Je traduis cette vision en termes de management par la conviction que les collaborateurs stars d’une équipe ont plus de devoirs que les autres.

A cet égard, mon athéisme ne m’empêche pas d’adhérer à la célèbre formule de l’Evangile selon Saint Luc (chapitre 12, verset 48) :

A quiconque il a été beaucoup donné, il sera beaucoup demandé“.

C’est la dimension morale liée à ce principe de management.

Mais celui-ci comporte aussi une dimension pragmatique qui, elle, induit un impératif d’exemplarité : les collaborateurs stars doivent donner l’exemple pour que leurs collègues ne se démotivent pas devant l’injustice dont ils seraient victimes dans le cas contraire.

Il incombe donc aux managers d’être résolus dans l’application de ce principe et de ne pas y renoncer dès que les membres les plus performants de leur équipe se croient autorisés à des pratiques ou comportements inappropriés.

A cet égard, la saison de football américain qui s’achèvera la semaine prochaine avec le Super Bowl nous fournit deux exemples éclairants.

Odell Beckham, Jr. - (CC) Brook Ward

Odell Beckham, Jr. – (CC) Brook Ward

Le premier concerne Odell Beckham, Jr., la jeune et surdouée vedette des New York Giants – et de toute la ligue professionnelle (NFL) – dont le talent a largement contribué au retour de son club au niveau des playoffs, la phase finale du championnat, pour la première fois depuis 2011.

Malheureusement, Beckham livra une prestation catastrophique lors du premier tour des playoffs que son équipe perdit face aux Green Bay Packers. En outre, son comportement hors du terrain s’éloigna de plus en plus ces derniers mois des exigences du sport professionnel.

Après la défaite de New York contre les Packers et un nouveau dérapage de Beckham dans les vestiaires, Jerry Reese, le directeur général des Giants, le rencontra en privé puis lui demanda publiquement de faire évoluer sa conduite personnelle afin de se donner les moyens de réaliser pleinement son potentiel sportif :

Nous devons tous grandir à certaines étapes de notre vie et ce moment est venu pour lui. Il nous apporte énormément sur le terrain mais il doit assumer ses responsabilités par rapport à ce qu’il accomplit hors du terrain.

Il doit réfléchir à certains de ses agissements. Tout le monde sait qu’il est très doué mais il doit se regarder dans le miroir et être honnête avec lui-même. Nous allons l’aider mais il doit s’aider lui-même. Nous sommes convaincus que c’est ce qu’il va faire. Il est intelligent mais, parfois, il ne le montre pas”.

C’est une approche qui constitue une leçon pour tous les managers : quand ils s’écartent du droit chemin, il faut savoir remettre ses collaborateurs stars à leur place.

Sauf circonstances exceptionnellement graves, je préfère que les réprimandes au sein des entreprises se fassent individuellement et non publiquement. Naturellement, il n’en va pas ainsi dans le sport le plus intensément médiatisé de la planète et alors que les dérives de Beckham ont été spectaculaires.

Tom Brady - (CC) Keith Allison

Tom Brady – (CC) Keith Allison

A l’opposé d’Odell Beckham, Jr. sur l’échelle de la responsabilité, on trouve Tom Brady, déjà l’un des plus grands joueurs de l’histoire du football américain1 qui le sera davantage encore s’il remporte son cinquième Super Bowl samedi prochain. Brady, qui est également l’époux du top model Gisele Bundchen, est sur et hors du terrain une superstar. Pourtant, il ne se prend pas pour une vedette.

Son éthique professionnelle est exemplaire : il est traité comme tous ses coéquipiers par Bill Belichick, le coach légendaire de l’équipe des New England Patriots. Non seulement celui-ci ne lui donne aucun passe-droit mais en plus il ne lui passe rien. De fait, celui qui est peut-être le meilleur joueur à son poste de tous les temps se comporte comme s’il était le plus mauvais. Ainsi que l’explique l’un de ses anciens coéquipiers, cette attitude contribue puissamment à l’esprit d’équipe qui prévaut au sein du club2.

En réalité, Tom Brady applique l’un des principes fondamentaux des New England Patriots :

Accomplir ce qui est bon pour l’équipe même lorsque ce n’est pas forcément la bonne chose pour soi“.

Ces deux exemples tirés du football américain manifestent une valeur fondamentale : aucun individu n’est plus important que le collectif. Lorsqu’un collaborateur se pense supérieur, sa condescendance affaiblit son équipe au lieu de la renforcer. Il appartient alors à son manager de le lui faire comprendre.

Celle ou celui qui a un talent doit réaliser sa chance et ne pas exiger de faveurs supplémentaires. Le talent est un privilège qui ne justifie aucun privilège.

1 Le plus grand est certainement Jerry Rice, wide receiver (receveur éloigné) qui a remporté trois Super Bowls avec les San Francisco 49ers et détient plus de cent records de la NFL, largement plus que n’importe quel autre joueur.

2 L’autre moyen par lequel Brady contribue au bien collectif est de ne pas demander à être le joueur le mieux payé de la NFL (pas même le joueur évoluant à sa position), ce qui permet à son équipe d’utiliser les ressources financières ainsi libérées pour rémunérer d’autres très bons joueurs dans le cadre de la limite salariale appliquée par la NFL.

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