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Toute vérité n'est que perception

Pourquoi le numérique affecte différemment les champs économique, médiatique et politique

Partout, il est un vecteur de fragmentation mais avec des effets plus ou moins positifs selon les cas.

A l’ère analogique, les marchés B2B et B2C étaient dominés à l’échelle mondiale par des mastodontes qui offraient des solutions standardisées à leurs clients, et ce alors même que celles-ci ne correspondaient pas toujours complètement à leurs besoins. A l’ère numérique, les nouveaux moyens de production (e.g. intelligence artificielle, impression 3D) et de distribution (e.g. Internet fixe et mobile, services cloud) permettent la fourniture de biens et services de plus en plus souvent adaptés aux attentes individuelles des clients.

De même, à l’ère analogique, les journaux agrégeaient toutes les actualités (de l’international au sport) et formes de divertissement (de l’horoscope aux mots-croisés), et ce alors même qu’un nombre infinitésimal de leurs lecteurs étaient intéressés par l’intégralité de cette offre éditoriale. A l’ère numérique, même les thématiques les plus atypiques bénéficient d’un média dédié sur le web car le coût marginal de production et diffusion des contenus numériques est nul.

Dans les domaines économique et médiatique, la logique de fragmentation est donc positive car elle se traduit par une personnalisation de l’offre en fonction de la demande.

By Pratap Sankar

Mais il est un domaine où la logique de fragmentation est éminemment plus négative, voire dangereuse : dans le champ politique, elle induit un éclatement des affiliations.

On le sait, l’être humain est avant tout un animal social qui existe dans sa relation avec autrui et a besoin d’appartenir à des communautés. De tout temps, les individus ont eu des allégeances à plusieurs entités : famille, entreprise, collectif politique ou religieux, nation…

Aujourd’hui, ce n’est pas le nombre potentiel des affiliations qui change – car il dépend de nos facultés cognitives et émotionnelles – mais leur granularité : les technologies numériques permettent aux citoyens d’exprimer leur adhésion à des communautés de pensée plus petites que dans le passé.

A l’ère analogique, seuls les principaux partis politiques avaient accès à grande échelle aux moyens de persuasion et mobilisation des électeurs. A l’ère numérique, des mouvements beaucoup moins structurés et prospères peuvent enrôler et animer des partisans. Ce bouleversement de l’action civique exacerbe les logiques identitaires et remet en cause les dynamiques de légitimité.

Davantage encore que les primaires ou les déceptions à l’encontre des pouvoirs en place, c’est ce phénomène qui, à mon sens, explique le morcellement de la vie politique que nous observons actuellement en France comme dans tous les pays démocratiques développés.

De fait, le “narcissisme des petites différences” dont parlait Sigmund Freud n’a jamais été aussi prégnant qu’aujourd’hui.

2 commentaires sur “Pourquoi le numérique affecte différemment les champs économique, médiatique et politique”

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Votre article mène tout droit à la notion de “bulle filtrante” dans laquelle sont enfermés petit à petit les internautes, et que dénoncent les chercheurs en sciences de l’information comme Olivier Ertzscheid.
C’est également cette bulle que les professeurs-documentalistes doivent faire éclater à travers les EMI (cours d’éducation aux médias et à l’information).
Et c’est enfin cette bulle qui facilite la montée de logiques extrêmes, par l’occultation de toute argumentation contradictoire.
Pour bien faire, il faut se forcer à consulter régulièrement des médias qui vont à l’encontre de nos préférences, passer de Libération au Figaro par exemple, ou de Marianne à Valeurs Actuelles si on trouve le courage.
Mais à l’heure où de nombreux internautes se contentent de lire des titres d’articles sur Facebook pour se sentir informés, prêcher la pluralité de sources d’information chronophages peut sembler complètement utopique.

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