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Toute vérité n'est que perception

Kevin Spacey ou l’insoutenable légèreté du paraître

Dans la réponse qu’il a donnée aux accusations de tentative de pédophilie portées contre lui, l’acteur a fait montre d’une incompréhension des fondamentaux de la communication de crise.

Après avoir consenti aux figures imposées de l’excuse adressée à sa victime présumée, Spacey s’est livré à des figures libres déplacées :

J’ai beaucoup de respect et d’admiration pour Anthony Rapp comme acteur. J’ai été plus qu’horrifié d’entendre son récit. Honnêtement, je ne me rappelle pas notre rencontre qui aurait eu lieu il y a plus de trente ans.

Mais, si je me suis alors comporté ainsi qu’il le raconte, je lui dois la plus sincère des excuses pour ce qui aurait été une attitude ivre totalement deplacée et je suis désolé pour les sentiments qu’il décrit avoir subis durant toutes ces années.

Cette histoire m’a encouragé à faire face à d’autres enjeux de ma vie. Je sais que des informations circulent à mon sujet et que certaines sont alimentées par le fait que je suis très protecteur de ma vie privée. Comme mes proches le savent, j’ai eu des relations avec des femmes et des hommes.

J’ai aimé et eu des rencontres romantiques avec des hommes et j’ai désormais choisi de vivre en homosexuel. Je veux évoquer ce sujet honnêtement et ouvertement et cela commence avec l’examen de mon comportement“.

Kevin Spacey – (CC) Paul Hudson

La publication sur Twitter de cette déclaration a provoqué un retour de flamme aussi large que vif parce qu’elle juxtapose pédophilie et homosexualité. Mais pas seulement.

En effet, elle contrevient également à un principe fondamental de la communication de crise : quand une personnalité est contrainte de s’excuser, elle doit restreindre son propos à ses seuls regrets en excluant toute dérobade, toute échappatoire, toute justification et toute autocélébration.

Si ladite personnalité n’évoque pas ses seules responsabilités dans son message, elle entache immanquablement la perception que ses publics auront de la sincérité de celui-ci. En communication de crise plus encore que par temps calme, l’habileté est le plus sûr ennemi de l’authenticité. Il s’agit d’ailleurs, pour des raisons émotionnelles que l’on peut comprendre, d’un précepte toujours très difficile à faire comprendre aux intéressés.

Il est impossible d’évaluer la bonne foi du repentir diffusé par Kevin Spacey sous la pression des médias et du public. Mais la révélation de son homosexualité a été comprise comme un effort pour détourner l’attention médiatique de l’accusation portée contre lui1. De ce fait, elle a transformé son éventuelle contrition en attrition.

Louis Aragon évoqua dans l’une de ses nouvelles la notion de “mentir-vrai”, le mélange entre fiction et réalité qui permet paradoxalement de dévoiler le vrai de manière plus réaliste à travers le mensonge que constitue le roman.

Kevin Spacey, comme beaucoup d’autres protagonistes de situations de crise2, préfère s’adonner dans sa communication au “révéler-faux”, le recours à la tartufferie pour tenter de cacher sa vérité.

Ce faisant, il oublie que, en période de crise, moins on veut paraître coupable, plus on est condamné.

1 Cela a d’ailleurs fonctionné auprès de certains médias, tels que la chaîne américaine ABC, qui ont changé le focus de leurs titres.

2 Autre exemple, dans sa réaction officielle aux révélations de la presse sur ses pratiques d’agression sexuelle, Harvey Weinstein affirma qu’il allait désormais se consacrer à la lutte contre la NRA (National Rifle Association), le lobby américain qui prône une liberté totale dans la circulation et l’utilisation de toutes les armes à feu.

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