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Toute vérité n'est que perception

La prochaine révolution technologique sera chinoise

Je viens de passer une semaine en Chine pour un client et en ai tiré quelques réflexions sur la position de l’Empire du Milieu plus que jamais au centre de l’avenir des industries de pointe.

Les visites d’acteurs chinois des nouvelles technologies auxquelles j’ai participé n’ont fait qu’amplifier la perception que je pouvais avoir en m’informant à ce sujet depuis Paris : le futur de ce secteur s’apparentera à une lutte entre les Etats-Unis et la Chine pour dominer non seulement leurs territoires respectifs mais aussi le reste du monde.

Les lecteurs de la Newsletter Superception sont familiers avec le fait qu’il existe déjà, peu ou prou dans chaque activité concernée, un acteur américain et un acteur chinois. Ainsi de :

Mais la vision que le grand public peut avoir des réalisations de ces entreprises, à travers notamment les comparaisons dont elles font l’objet avec leurs homologues occidentaux et leurs introductions en Bourse, ne révèle que la partie émergée d’un gigantesque iceberg.

En effet, les ambitions technologiques chinoises sont bien plus importantes, comme le signalent deux discours prononcés en juillet et août 2013 par le Président Xi Jinping dans lesquels il explique :

Les technologies de pointe constituent l’arme décisive de l’Etat moderne. L’une des raisons majeures de la domination des pays occidentaux sur le reste du monde à l’époque contemporaine tient à leur maîtrise de ces technologies. Or vous ne pouvez pas acquérir le coeur de ces technologies. […]

Nos technologies sont généralement en retard sur celles des pays développés et nous devons donc adopter une stratégie asymétrique pour combler notre déficit et prendre la tête de cette course en ayant recours à nos atouts propres. […]

Sur le plan international, si vous ne bénéficiez pas de l’avantage des technologies critiques, vous n’avez pas d’élan politique. Nous devons donc consentir un effort considérable dans les domaines sur lesquels l’Occident a la mainmise. Il en va de même dans le secteur militaire“.

L’industrie des nouvelles technologies revêtira donc une importance toujours croissante dans la capacité des Etats-nations à projeter leur influence derrière leurs frontières. Partant, la compétition micro-économique entre la Chine et les Etats-Unis aura des conséquences géopolitiques majeures. Les discussions commerciales actuelles – qu’il convient plutôt de caractériser de dialogue de sourds – entre les deux premières économies mondiales ne font donc que préfigurer l’une des formes que leur rivalité géopolitique va prendre. Dès lors, les sanctions appliquées par les Etats-Unis contre ZTE1 ne relèvent pas que de la geste trumpienne.

Or l’aboutissement de ces discussions, qui portent notamment sur un enjeu aussi critique que la propriété intellectuelle, ne constitue pas la priorité des dirigeants chinois. Ceux-ci ont réagi aux sanctions prises contre ZTE et à la menace d’une interdiction du marché américain à Huawei et ZTE en promettant de consacrer davantage encore de moyens au développement de leur industrie technologique.

Cette promesse ne repose pas sur du sable. Elle s’inscrit en effet dans la logique du programme “Made in China 2025” qui ambitionne de faire de la Chine une superpuissance mondiale dans dix industries stratégiques2 afin qu’elle domine ce que ses dirigeants qualifient de “quatrième révolution industrielle”. La Chine s’envisage par exemple comme le leader mondial de l’innovation en matière d’intelligence artificielle dès 2030.

Ce programme dispose d’un investissement étatique de 300 milliards de dollars sans équivalent sous d’autres cieux. La Chine, qui représente plus de 60% du marché mondial des semi-conducteurs, va notamment investir 47 milliards de dollars pour créer une industrie de semi-conducteurs et mettre un terme à sa dépendance à l’égard des fournisseurs américains dont ZTE paie aujourd’hui les conséquences (cf. la note 1 ci-dessous).

Ces investissements technologiques ont naturellement des répercussions majeures en matière de sécurité nationale comme le montre notamment l’interdiction récemment faite à la Défense américaine d’acquérir des produits chinois.

La carte de la “Belt and Road Initiative” – (CC) MERICS

Le deuxième grand programme d’investissement chinois ne concerne pas directement les technologies de pointe mais il pourrait avoir un retentissement majeur sur leurs acteurs chinois et occidentaux.

Le projet “Belt and Road Initiative” a trait à la couverture, avec des infrastructures financées par la Chine, de territoires, répartis dans 68 pays, représentant 60% du PIB mondial. Ce programme, qui constitue certainement la plus grande initiative commerciale de l’histoire mondiale, risque de créer un vecteur permettant à la Chine d’imposer ses lois commerciales et standards technologiques à une partie du monde, menaçant de fait directement les entreprises occidentales.

Depuis les deux guerres de l’opium, les relations commerciales entre la Chine et le reste du monde ont souvent été tumultueuses et ont recouvert des enjeux géopolitiques bien plus vastes. Il semble que l’avenir ne doive pas démentir cette épineuse tradition.

La dimension du marché chinois aveugle parfois les Occidentaux quant à la grandeur de l’ambition du pays. A l’avenir, le concurrent chinois sera toujours plus important à observer que le client chinois.

1 Au mois d’avril dernier, les Etats-Unis ont interdit à ZTE tout accès aux exportations américaines pour sept ans. Or, par exemple, les processeurs réalisés par Qualcomm jouent un rôle central dans les smartphones produits par ZTE. Cette décision fait suite à la vente d’équipements de télécommunications par l’entreprise chinoise à l’Iran et la Corée du Nord. ZTE avait plaidé coupable dans ce dossier et payé une amende de 1,2 milliard de dollars. Ce qui a motivé la nouvelle sanction à son endroit est la conviction américaine que l’Entreprise aurait menti et n’aurait pas pris à l’égard de ses dirigeants les mesures auxquelles elle s’était engagée.

2 Parmi celles-ci, l’intelligence artificielle et les logiciels, la robotique, la biotechnologie, les véhicules électriques, les équipements de télécommunications, l’aéronautique, les systèmes de transport ferroviaire et la construction navale.

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