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Communication.Management.Marketing

Toute vérité n'est que perception

Ce que j’ai appris sur le management en lisant la biographie de Steve Jobs

Cet ouvrage est une véritable mine d’enseignements en matière de management. A cet égard, il révèle involontairement la dernière contradiction de Steve Jobs qui pourrait handicaper Apple à l’avenir.

Le livre de Walter Isaacson est assez riche en leçons de management pour alimenter Superception en articles quotidiens durant au moins un mois. Mais la richesse et la diversité de l’actualité sont telles qu’il serait dommage de passer plusieurs semaines sur le même sujet. Je vais donc tenter de synthétiser ces leçons en quatre points :

  • même les plus grands génies apprennent : Steve Jobs apprit beaucoup au début de sa carrière de quelques mentors – il sera par exemple étonnamment fidèle aux leçons de marketing que lui prodigua Mike Markkula, le deuxième PDG d’Apple (Jobs, à ses débuts, était conscient qu’il n’avait pas encore les qualités pour diriger l’entreprise qu’il avait créée). Plus tard, il apprendra de ses débordements créatifs à la tête de NeXT et lors de la conception du G4 Cube. Comme le souligne d’ailleurs Arthur Rock (membre du Conseil d’Administration d’Apple) dans le livre d’Isaacson, ce qui prépara Jobs au phénoménal succès qu’il connut quand il revint à la tête d’Apple en 1997 ne fut pas tant son éviction de sa propre entreprise en 1985 que les échecs répétés qu’il subit avec NeXT lorsqu’il développa des produits très innovants mais qui ne correspondaient pas à la demande du marché ;
  • même dans un monde aussi rationnel que l’informatique, l’intuition a un potentiel extraordinaire. Jobs fut ainsi largement influencé par son séjour en Inde sur la manière dont il pouvait exploiter au mieux son cerveau en combinant intelligence rationnelle et intuition. A ses yeux, l’intelligence rationnelle était acquise alors que l’intuition était innée et celle-ci était beaucoup plus puissante que celle-là. Or, dans toutes les disciplines qui concernent la relation à autrui et qui, donc, gèrent des émotions – au premier rang desquelles les activités traitées par Superception (communication, management et marketing) – l’intuition constitue un apport indispensable à la prise de décisions ;

(CC) nobihaya

  • le volontarisme – probablement l’un des traits les plus saillants de la personnalité de Steve Jobs qui considérait que la réalité était soumise à son bon vouloir – est un formidable vecteur de progrès : elle conduisit Apple et ses partenaires à réaliser nombre de performances que tout le monde, à l’exception de Jobs, pensait impossibles. Mais, comme toute qualité, elle a son revers : ce volontarisme amena en effet Jobs à refuser certaines réalités qui finiraient par s’imposer à lui de manière très douloureuse : c’est ainsi qu’il connut ses plus cuisants échecs professionnels (cf. supra), qu’il ne sut pas gérer émotionnellement des pans entiers de sa vie personnelle (à l’instar de sa relation avec sa première fille) et qu’il refusa de traiter son cancer pendant neuf mois. Cela confirme de manière extrême l’une de mes convictions profondes : il n’y a pas de qualité ou de défaut absolu. Toutes les caractéristiques humaines peuvent être positives dans un certain contexte et négatives dans un autre. C’est ce qui rend l’être humain aussi complexe et passionnant ;
  • la maxime favorite de Steve Jobs était : “le voyage est la récompense”. Elle se traduisit notamment par sa focalisation sur les produits conçus par Apple et non sur les résultats financiers de l’Entreprise. Les profits d’Apple lui permettaient d’investir dans le développement de nouveaux produits mais ils ne constituaient pas une fin en soi. La motivation de Jobs résidait dans les produits et il considérait que c’est l’inversion des priorités de la marque à la pomme sous John Sculley qui conduisit Apple au bord du gouffre. Aucune entreprise ne vibre en interne et ne fait vibrer ses clients pour des zéros alignés en bas d’un bilan. A cet égard, Jobs mit au service des produits une organisation presque unique dans l’univers des grandes entreprises avec un seul P&L (compte de résultat) en lieu et place des traditionnelles divisions qui, comme leur nom l’indique, morcèlent plus souvent une entreprise qu’elle ne l’unissent au service d’une vision commune. C’est la cohésion interne imposée par Jobs qui permit par exemple à Apple de créer un écosystème musical cohérent pour le consommateur (Mac + iTunes + iTunes Stores + iPod) alors que Sony, qui disposait au départ d’autant d’atouts, voire plus, pour ce faire ne fut jamais à même de faire coopérer ses entités internes et perdit le leadership acquis sur ce marché avec le Walkman.

La primauté accordée aux produits par Steve Jobs m’amène à ma dernière réflexion. A la fin de son livre, Walter Isaacson laisse Steve Jobs détailler les quelques grands principes qui ont guidé son parcours. Jobs souligne alors notamment que le déclin de certains grands leaders technologiques s’explique par la moindre importance accordée aux produits lors de la transition entre un PDG qui comprend et est attaché aux produits et un PDG centré sur d’autres aspects (ventes, profit…). Or qui a-t-il proposé au Conseil d’Administration pour lui succéder ? Tim Cook, celui-là même dont il dit dans un autre chapitre du livre d’Isaacson que son seul défaut est… de ne pas être un homme de produits.

C’est la dernière contradiction d’un dirigeant et d’un homme qui aura, sa vie durant, semblé conjugué les contraires.

2 commentaires sur “Ce que j’ai appris sur le management en lisant la biographie de Steve Jobs”

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Très intéressant …et donc la conclusion est en ligne avec la vision du PDG d’IBM ….l’innovation et la culture d’entreprise qui sont les plus importants ..pas les produits au final ….

Comme je l’ai commencé hier soir (période avant Apple II) je ne vais pas lire ce post en entier mais je confirme que cette première partie donne le ton du personnage et de ces contradictions (en pleine période 70s) … à suivre

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