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Toute vérité n'est que perception

Une grave crise de crédibilité est-elle curable ?

Alors que le Super Bowl, la finale du championnat de football américain, pourrait battre ce soir des records d’audience télévisée, la ligue professionnelle (NFL) traverse une crise d’image probablement sans précédent.

Le football américain est encore de très loin le sport le plus populaire outre-Atlantique. En fait, comme le montrent les résultats – reproduits ci-dessous – du sondage annuel réalisé par Harris*, le football, dans ses versions professionnelle et universitaire, truste même deux des trois premières places du classement des disciplines les plus appréciées par les Américains. Malgré son propre déclin ces dernières années, il distance largement un baseball qui déchoit encore plus rapidement.

(CC) Harris Poll via ESPN

(CC) Harris Poll via ESPN

Pourtant, l’image de la NFL est à son plus bas.

Selon l’étude menée chaque semaine par YouGov, le niveau de perception positive du public à son égard a été divisé par deux en un an (voir le graphe ci-dessous) après être tombé bien plus bas encore au plus fort des scandales. La très mauvaise gestion de plusieurs affaires – lire ici l’analyse que j’avais publiée sur Superception à ce sujet – par le patron de la Ligue, Roger Goodell, a eu des conséquences délétères.

Même cette semaine, qui devait être dédiée à la célébration du Super Bowl, a été marquée par la réaction jugée inepte de Goodell aux accusations étayées qui ont été portées contre l’équipe des New England Patriots, dont il est très proche du propriétaire. L’équipe de Boston aurait volontairement dégonflé les ballons de sa demi-finale contre les Green Bay Packers pour avantager son quarterback (“quart arrière”, meneur de jeu) star Tom Brady.

(CC) YouGov

(CC) YouGov

Cette détérioration est conforme à ce que j’annonçais il y a quelques mois lorsque je regrettais la stratégie de la NFL de privilégier une approche uniquement focalisée sur ses gains financiers à court terme** sans se préoccuper de son image de marque – c’est-à-dire de sa capacité à séduire son public – sur la durée.

Conséquence, la réputation de Roger Goodell, le patron et ambassadeur de la NFL, est ruinée auprès du public mais aussi des joueurs (lire mon article d’hier à propos du combat mené contre lui par le meilleur communicant du sport américain actuel). La conférence de presse que Goodell a tenu cette semaine n’a rien fait pour arranger son image, le dirigeant faisant preuve de son manque habituel de lucidité et d’empathie.

(CC) Gerald Nino/CBP - US Customs and Border Protection archives

The University of Phoenix Stadium où se déroulera le Super Bowl – (CC) Gerald Nino/CBP – US Customs and Border Protection archives

Une grave crise de crédibilité est-elle curable ?

Les plus profondes affections de ce genre donnent toujours le sentiment d’être inguérissables. Ainsi Roger Goodell est-il entré dans la zone de la mort de la perception au sein de laquelle la crédibilité d’une figure publique (personnalité ou organisation) semble condamnée : même lorsqu’elle prend une bonne décision, elle n’en tire aucun crédit.

La NFL peut cependant nourrir un espoir pour deux raisons.

La première est que des circonstances exceptionnelles*** peuvent toujours sauver une figure publique d’une perte de crédibilité qui semblait irrémédiable. Or, dans un sport aussi volatil que le football américain, les situations hors du commun peuvent survenir presque chaque semaine, le plus souvent sous la forme d’une crise. Tant qu’il est en poste, Roger Goodell peut donc toujours stopper sa chute aux enfers en se montrant à la hauteur des défis qu’il aura immanquablement à relever dans les prochains mois.

La seconde raison d’espérer pour la NFL tient au fait que, pour l’instant, l’aversion ressentie par les Américains pour la Ligue n’affecte pas encore dramatiquement l’image du sport dont elle a la charge. Alors que la saison de football américain aura été définie par des scandales plus que par l’actualité sportive, 28 des 30 premières audiences télévisées de l’année 2014 outre-Atlantique auront été des matches de la NFL.

Ce soir, le Super Bowl devrait réunir plus de 100 millions d’Américains devant leurs écrans**** et générer 10 milliards de dollars de paris. 70 spots de publicité ont été vendus à un prix unitaire de 4,5 millions de dollars pour 30 secondes (contre 4 millions l’an dernier et 3,5 millions il y a deux ans).

Parmi ces publicités, les Américains pourront voir un spot d’une association de défense des victimes de violence conjugale (voir ci-dessus) dont la production et le temps d’antenne ont été payés par la NFL et la création offerte par l’agence publicitaire de la Ligue (Grey).

Roger Goodell et la NFL ne guériront pas leur grave crise de crédibilité avec de telles mesures homéopathiques. Mais celles-ci sont encourageantes si elles constituent un premier pas sur le chemin d’un traitement chirurgical. Il est malheureusement peu probable que ce soit le cas.

* L’édition 2014 du sondage a été réalisée au mois de décembre et prend donc en compte la perception du public à l’égard des scandales qui ont marqué la NFL cette année.

** Roger Goodell est d’ailleurs le patron le plus performant de l’histoire de la NFL dans ce domaine. Les revenus de la Ligue ont augmenté de 65% depuis le début de son mandat.

*** On l’a encore constaté en France récemment.

**** La finale de l’an dernier entre les Seattle Seahawks et les Denvers Broncos a été regardée à la télévision par 112 millions d’Américains. L’audience du Super Bowl a ainsi augmenté de 30% depuis 2003, une croissance bien supérieure à celle du nombre de foyers équipés de postes de télévision.

5 commentaires sur “Une grave crise de crédibilité est-elle curable ?”

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Bonjour,
Cet événement sportif aurait été suivi par 114,5 millions de téléspectateurs américains, soit 2.3 millions de plus que l’an dernier. L’essentiel est bien là pour le milieu du football américain : les recettes. La perception qu’on peut avoir de ce dirigeant n’a donc aucun rapport avec le sport, c’est un peu comme le tour de France et ses scandales, cela n’a finalement que peu d’influence sur les résultats financiers. On est au-delà du sport, on est dans la culture, l’histoire, l’héritage. L’image de la NFL n’est pas l’image de son patron, et on aura depuis bien longtemps oublié son nom qu’on sera toujours à s’extasier devant les chiffres délirants de la finale du super bowl.

Sinon, puisque nous sommes dans le sport…Quid du 5e titre de champions du monde de nos handballeurs français? Comment allez-vous les qualifier, cette fois-ci : vulgaires…Déjà fait…Crépusculaires? délétères? adultères? temporaires? millionnaires? Fuseaux horaires? Ou bien à tomber par terre? Non, je sais : vous guettez le faux pas pour sortir un article! Alors bon courage cette nuit devant votre poste de télévision, partout où ces champions passeront.

Le cinquième titre de champion du monde des handballeurs ne change rien à mon point de vue sur le comportement d’une partie des membres et de l’entourage de l’équipe. Les résultats sportifs ne font pas des valeurs sportives et humaines. Quinze titres de champion du monde n’y changeraient rien car résultats et valeurs ne sont pas sur le même plan. La même distinction vaut dans tous les sports, à commencer par certains de nos footballeurs. Et les derniers rebondissements judiciaires ne m’incitent pas, tout en respectant la présomption d’innocence, à admirer sans réserve Karabatic & Co. Désolé.
Je respecte éminemment les qualités sportives des handballeurs français mais pas le comportement de certains d’entre eux.
Xophe

Karabatic, c’est manifestement lui qui vous pose problème : manque d’humilité prolongé, certes, mais sans aucun impact sur les résultats de l’équipe, contrairement à d’autres sportifs français.
Vous ne pouvez nier la qualité du management de cette équipe, ses valeurs humaines et sportives ne sont pas les mêmes que les vôtres, néanmoins la longévité des résultats démontre leur force et leur justesse. Le management a su pendant 20 années entretenir une cohésion, un engagement, la maîtrise, la remise en question. Je trouve cela remarquable. Tout n’est pas parfait comme vous le rêveriez, mais il règne dans cette organisation un équilibre efficace auquel beaucoup d’équipes (sportives et autres) ne parviendront jamais.

Nous sommes d’accord, Riphifhy. Leurs problèmes de comportement n’a pas d’impact sur leurs résultats, contrairement à ce que l’on observe dans d’autres sports (football, tennis…).
Je suis également d’accord avec vous sur la qualité du management sportif de cette équipe même si je n’en partage effectivement pas les valeurs, ce qui m’empêche de l’admirer sans réserve.
Xophe

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