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Déplateformisation de Donald Trump : faites attention à ce que vous souhaitez

L’arbitraire est dangereux même lorsqu’il prétend défendre la démocratie.

La décision de plusieurs médias sociaux (Facebook, Instagram, Snapchat, Twitch, Twitter et YouTube) de bannir Donald Trump1 de leurs plates-formes respectives, le plus souvent définitivement, en raison de son rôle dans l’assaut de ses partisans sur le Capitole américain le 6 janvier dernier fut quasi unanimement applaudie.

Cette exclusion produisit des résultats tangibles : selon Zignal Labs, la désinformation en ligne sur la fraude électorale, propagée pendant plusieurs mois par l’ancien Président, diminua de 73% outre-Atlantique dans la semaine qui suivit l’application de cette mesure. Le nombre de mentions du mot-clic #FightforTrump (“se battre pour Trump”) chuta, lui, de 95%.

Ces données illustrent la capacité du milliardaire rouge2 de générer une viralité sans égale sur le web social, alimentée aussi bien par ses dizaines de millions d’abonnés que par des auxiliaires logiciels. A cet égard, une analyse réalisée juste avant l’élection présidentielle par des chercheurs en désinformation montra que seulement 20 comptes de supporters de Donald Trump sur Twitter (y compris son propre canal @realDonaldTrump désormais fermé) étaient à l’origine de 20% des retweets diffusant des désinformations sur le scrutin.

Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes – du moins en apparence. En réalité, si la décision des champions du numérique peut être appréciée (au double sens du terme) dans le contexte d’urgence civique dans lequel elle fut prise, il convient de la mettre en perspective à plus long terme. C’est ce que je vais tenter de faire dans cet article en complément des premiers arguments que j’avais présentés à chaud il y a trois semaines.

Les médias asociaux

Ainsi que je l’explique dans mon dernier livre en date, Prêt-à-penser et post-vérité, consacré à la menace que fait peser le numérique sur nos démocraties, l’absence d’éthique des plates-formes sociales est confondante :

Depuis qu’elles ont cherché à monétiser leurs activités, elles ont tenté de décrocher le graal de l’engagement des internautes, c’est-à-dire du temps passé par ces derniers sur leurs services respectifs. Cet impératif a régi leur développement au-delà de toute raison. Les enjeux éthiques ont été mis de côté pour ne surtout pas risquer d’enrayer une mécanique de rentabilité si bien huilée. Les dirigeants de Facebook (également propriétaire d’Instagram et WhatsApp), Alphabet (propriétaire de Google et YouTube) et Twitter, en particulier, agissent comme des patrons de constructeurs automobiles qui vendraient délibérément des voitures sans ceinture de sécurité pour réaliser des économies en faisant fi des conséquences sur leurs clients et qui, bien qu’alertés en interne sur les risques posés par leur attitude, n’y changeraient rien pour ne pas risquer de tuer la poule aux œufs d’or. […]

Dans aucune autre industrie ne tolérerait-on qu’une entreprise s’adjuge les profits liés à son activité sans assumer les conséquences de celle-ci. C’est pourtant ce que la Société accepte de la part de Facebook, YouTube et leurs concurrents dans un pacte faustien funeste. L’indulgence dont bénéficient les champions du numérique est aberrante : ils sont comptables de leurs profits mais pas de leurs responsabilités. Or celles-ci sont écrasantes : Mark Zuckerberg et Sheryl Sandberg attendirent par exemple que Facebook fût pointé du doigt dans un rapport des Nations unies, en raison de son rôle dans le génocide perpétré par l’armée birmane, pour fermer les comptes de dirigeants militaires qui y attisaient la haine contre la minorité religieuse3 qu’ils décimaient.

De fait, le débat sur l’imputabilité aux réseaux sociaux des répercussions de leurs actes est faussé car il part (presque) toujours du présupposé que leur modèle d’activité et de monétisation est immuable, ce qui représente la plus grande victoire, en matière de gestion de crise, de Mark Zuckerberg, Larry Page, Jack Dorsey et leurs confrères. Si la modération des contenus mis en ligne sur les plates-formes numériques est humainement et techniquement impossible dans le cadre de leur fonctionnement actuel et que cette absence de modération menace notre vie en commun, faut-il privilégier la survie de nos Sociétés ou la prospérité des entreprises qui la mettent en péril ?”.

La déplateformisation de Donald Trump confère à cette interrogation une acuité sans précédent : parce que des acteurs privés ne veulent pas faire le nécessaire pour maîtriser les effets pervers de leurs produits, ils commettent un acte antidémocratique supplémentaire en bannissant de leurs services un leader politique qui vient d’obtenir le deuxième plus grand nombre de voix (74 millions) jamais recueilli dans une élection américaine.

Que cette mesure ait un effet positif sur le débat public outre-Atlantique n’est qu’un enjeu immédiat. A plus long terme, la réelle question concerne les sacrifices que nos Sociétés démocratiques sont prêtes à consentir pour que quelques entreprises sans foi ni loi puissent continuer de s’enrichir sur leur dos, alors même que les mesures qui permettraient d’arrêter leur perversion de la démocratie sont connues. J’en ai par exemple proposé dix dans cet article.

Les dirigeants des principaux réseaux sociaux sont d’ailleurs tout à fait conscients des causes des dérives civiques qu’ils laissent se développer sur leurs services. Cela n’empêcha pas Sheryl Sandberg, la numéro 2 de Facebook qui n’est décidément plus à un mensonge près, d’affirmer après l’assaut contre le Capitole que “ces événements ont largement été organisés sur des plates-formes qui n’ont pas notre capacité de donner un coup d’arrêt à la haine, qui n’ont pas nos normes et qui ne font pas preuve de la même transparence que nous“. Elle fut immédiatement contredite par plusieurs analyses qui démontrèrent au contraire le rôle de sa plate-forme dans l’organisation de l’attaque du Congrès américain. Et les dernières révélations en date à ce sujet signalent que les patrons de Facebook avaient été alertés dès le mois d’août dernier, sans agir pour autant, sur la prolifération à un niveau inacceptable des appels à la violence dans 70 des 100 groupes relatifs à la vie politique américaine les plus populaires sur leur réseau.

Facebook, toujours lui, a même testé avec succès certaines mesures pour limiter ses effets nuisibles sur la démocratie mais ne les a pas déployées durablement. Ainsi, quelques semaines avant l’élection présidentielle américaine, l’Entreprise modifia-t-elle légèrement son algorithme afin de favoriser les sources d’information fiables et, partant, de réduire l’ampleur de la désinformation politique sur sa plate-forme. Ce changement eut un effet positif sur la qualité de l’information diffusée en son sein. Mais Mark Zuckerberg refusa de le pérenniser par peur qu’il ne freine la croissance du Groupe. Il faut dire que celui-ci est vraiment dans le besoin : il n’a engrangé, au cours du trimestre écoulé, “que” 13 milliards de dollars de résultat opérationnel pour un chiffre d’affaires de 28 milliards. Ce lamentable épisode confirme une nouvelle fois que la propagation d’informations malhonnêtes ou dégradantes sur les réseaux sociaux n’est pas inéluctable : elle est le résultat de décisions prises en toute connaissance de cause par leurs dirigeants. Ainsi, depuis l’attaque sur le Capitole, Facebook continue-t-il de laisser circuler sur sa plate-forme des appels à la violence politique. De fait, il est plus aisé et populaire de censurer Donald Trump que de cultiver un espace de discussion sain pour le débat public.

Donald Trump et Mark Zuckerberg – (CC) Business Insider

Dans ce contexte, la censure de Donald Trump par les réseaux sociaux s’apparente, pour prolonger ma métaphore automobile, à l’interdiction faite à tous les automobilistes de rouler au-delà de 60 kilomètres par heure parce que quelques constructeurs ne voudraient pas réaliser les efforts financiers requis pour sécuriser leurs voitures au-dessus de cette vitesse. Dans les deux cas, le profit de quelques-uns entrave la liberté de tous.

Car, soyons clairs, ce n’est pas la seule liberté de Donald Trump qui est bridée par l’interdiction qui lui est faite de s’exprimer sur six des plus grands médias sociaux : c’est aussi celle des citoyens américains, qu’ils le soutiennent ou pas, de savoir ce qu’il pense. De fait, les plates-formes qui ont exclu Donald Trump sont celles où il s’exprimait le plus librement, souvent nocturnement, sans le filtre imposé par son entourage à d’autres de ses prises de parole (conférences de presse, vidéos enregistrées…).

La raison longtemps invoquée par les patrons de Facebook, Twitter et consorts pour ne pas effacer les messages de l’ancien Président américain tenait d’ailleurs à leur valeur politique pour l’information du peuple américain. Il semble que cette valeur ait disparu dès lors que les dirigeants de la Silicon Valley craignaient les mesures réglementaires que pourrait prendre à leur endroit le Président Joe Biden nouvellement élu.

Cette démarche est d’autant plus fallacieuse que Donald Trump fut expulsé de ces plates-formes pour une offense qui ne fut pas la pire de ses manquements à leurs règles. De même, lorsque Steve Bannon, l’ancien conseiller stratégique du leader républicain, appela dans une vidéo diffusée sur Facebook à la décapitation du Docteur Anthony Fauci, conseiller immunologique des Présidents américains, son message fut certes retiré (après dix heures d’exposition et plus de 200 000 vues !) mais Mark Zuckerberg expliqua à ses troupes qu’un appel à la décapitation n’était pas suffisant pour justifier un bannissement définitif de sa plate-forme.

Cette absence de cohérence, qui traduit un fonctionnement arbitraire, ne concerne d’ailleurs pas la seule Amérique : Ali Khamenei, le “leader suprême” de l’Iran, peut nier la réalité de l’Holocauste et appeler à la destruction d’Israël sur Facebook et Twitter sans y être inquiété. Incidemment, l’hypocrisie suprême de Mark Zuckerberg et Jack Dorsey à ce sujet réside dans le fait que Facebook et Twitter sont interdits en Iran : ils laissent donc le persécuteur d’un pays corrompre moralement le reste de la planète sans exiger que, pour pouvoir s’exprimer sur leurs services, ils les rendent accessibles à sa population.

Quelle que soit la future décision de la Cour suprême de Facebook à propos du bannissement de Donald Trump, la bruyante approbation dont la décision des réseaux sociaux de bannir Donald Trump bénéficia signale aux dirigeants de ceux-ci qu’il n’y a aucune limite à ce qu’il leur est permis d’accomplir pour faire triompher leurs profits individuels sur l’intérêt général.

Jusqu’à présent, ils étaient hors-la-loi. Désormais, ils font la loi.

La fascisation du Parti républicain

La carte blanche donnée aux réseaux sociaux est d’autant plus dangereuse que le système politique américain est en pleine commotion. En réalité, blâmer les seuls réseaux sociaux serait aussi spécieux qu’inefficace. Le fait qu’ils n’aient aucun sens de l’intérêt général n’absout pas ceux dont l’intérêt général devrait être la boussole.

A cet égard, le processus de fascisation du Parti républicain ne s’est pas arrêté avec l’élection de Joe Biden, ainsi que beaucoup d’observateurs le prédisaient.

Comme je l’écrivais il y a trois semaines dans la foulée de l’attaque sur le Capitole :

Le siège du Congrès ne représente pas la fin d’un processus, le baroud de déshonneur des partisans de Donald Trump avant l’élection formelle de Joe Biden. Cette attaque consacre plutôt la division durable de l’Amérique. […]

On peut compter sur Donald Trump, sur ceux qui veulent le remplacer demain dans le coeur des Républicains (tels que Ted Cruz et Josh Hawley, principaux artisans des objections présentées au Congrès mercredi) et sur l’appareil de propagande dont la prospérité repose sur la colère de son public pour alimenter le ressentiment et la mobilisation de ce bloc aujourd’hui infrangible de l’opinion américaine. […]

La double question qui se pose est celle de la durée et de l’intensité de cette poussée antidémocratique. Ma grille d’analyse est qu’il s’agit d’une crise de croissance démocratique, des convulsions engendrées par le refus de la future minorité blanche d’accepter son déclassement démographique dans l’Amérique de demain, qui s’accompagne d’un rééquilibrage politique. Le problème est que ce déclassement identitaire va de pair avec un déclassement économique et social dont la Présidence Obama s’est insuffisamment saisie. Dans ce contexte, la poussée antidémocratique qui en résulte durera-t-elle quelques années ou plus ? Ira-t-elle jusqu’à la prise de pouvoir par un leader fascisant plus compétent et discipliné que Donald Trump ? […]

Une évolution à l’irlandaise, dans laquelle des critères ethniques remplaceraient l’opposition religieuse, le terrorisme s’installerait durablement et le nationalisme blanc s’institutionnaliserait politiquement et militairement, n’est pas à écarter. […] Ce qui rend la montée de l’autoritarisme si inquiétante aujourd’hui outre-Atlantique, et beaucoup plus dangereuse par exemple que le mouvement animé par le père Charles Coughlin dans les années 1930, est qu’elle est conduite par l’un des deux grands partis du système politique et institutionnel“.

Le Parti républicain a promu le “grand mensonge” du trucage du scrutin présidentiel au profit de Joe Biden énoncé par Donald Trump depuis plusieurs mois pour excuser par anticipation puis justifier sa défaite. Depuis l’investiture du Démocrate, l’ancien parti d’Abraham Lincoln n’a pas rompu avec Donald Trump, comme l’illustre la visite que lui a rendue à Palm Beach Kevin McCarthy, leader de la minorité républicaine au sein la Chambre des Représentants, afin d’obtenir son soutien dans l’optique des élections de mi-mandat de novembre 2022. Il convient d’ailleurs de souligner que Kevin McCarthy avait d’abord imputé la responsabilité de l’assaut sur le Capitole à Donald Trump et avait appelé à ce qu’il soit publiquement réprimandé à travers une procédure de censure. Son voyage à Palm Beach-Canossa montre donc la domination persistante de Donald Trump sur le Parti républicain même après les événements du Capitole. Pis, c’est à une véritable purge des “résistants” conservateurs aux agissements anti-démocratiques de l’ancien Président que l’on assiste dans nombre d’Etats – l’exemple de l’Arizona est particulièrement répugnant à cet égard – et au niveau national.

Les manœuvres pour démettre Liz Cheney, fille de l’ancien Vice-Président de George W. Bush et talent émergent du Parti républicain, de sa fonction de numéro 3 de la minorité de la Chambre des Représentants illustrent l’isolement des conservateurs traditionnels au sein d’un parti noyauté par les partisans de Donald Trump. Il est reproché à Liz Cheney d’avoir été l’une des dix représentants républicains à avoir voté en faveur de la procédure d'”impeachment” contre Donald Trump. Elle déclara à ce sujet  : “Le Président a assemblé cette horde et allumé la flamme de cette attaque. Il n’y a jamais eu dans notre histoire une plus grande trahison par un Président des Etats-Unis de sa fonction et son serment à la Constitution“.

(CC) ABC News, The Washington Post

La doctrine officielle du Parti républicain est donc celle affirmée par Donald Trump d’une élection présidentielle volée par les Démocrates. Un tiers des Américains et deux tiers des Républicains croient à cette fable (voir le graphe reproduit ci-dessus). Or l’Histoire nous a appris que les conséquences des grands mensonges peuvent être décalées dans le temps : Hannah Arendt a expliqué comment l’idée que l’Allemagne avait censément perdu la Première guerre mondiale à cause de la trahison des Juifs mit une quinzaine d’années à porter Adolf Hitler au pouvoir. Il pourrait en être de même avec le fascisme américain4. En effet, affirmer que son adversaire politique a volé son élection revient à légitimer le fait de voler soi-même une élection – par la manipulation et/ou la violence – pour compenser le préjudice subi et se venger. Cette vengeance prendra-t-elle une quinzaine d’années ou, le numérique accélérant tout, interviendra-t-elle plus rapidement ?

Qui sera le prochain leader politique censuré arbitrairement ?

Dans ce cadre, l’incurie des garants du système politique américain rend la décision des champions du numérique encore plus déraisonnable et autocentrée : si Donald Trump était empêché, dans le cadre de la procédure d'”impeachment” en cours, de participer à la vie publique de son pays, son bannissement des réseaux sociaux serait pertinent. C’est ce qui se passa, au début des années 1940, pour le leader d’extrême-droite Charles Coughlin : il fut expurgé du système politique américain par les responsables de celui-ci et, partant, des ondes radiophoniques, son média de prédilection.

A partir du moment où Donald Trump n’a pas, lui, été exclu du système politique américain, loin s’en faut, la censure numérique dont il est victime met en exergue deux réalités : le pouvoir discrétionnaire des leaders de la Silicon Valley et leur absence de vergogne à l’utiliser pour se protéger (des foudres du régulateur) plutôt que pour protéger les démocraties (en réformant leur modèle).

En définitive, la situation actuelle présente un double paradoxe :

  • c’est aussi pour protéger les Républicains que Donald Trump devrait être condamné dans la procédure d'”impeachment” en cours et pas seulement pour satisfaire les Démocrates. De fait, un Démocrate pourrait demain profiter de l’absence de limites posées aux violations constitutionnelles de Donald Trump pour malhonnêtement s’adjuger ou conserver le pouvoir ;
  • c’est aussi pour défendre les partisans de la démocratie que son plus grand ennemi actuel outre-Atlantique ne devrait pas être censuré par les plates-formes numériques. De fait, une telle décision arbitraire pourrait demain être mise au service d’un adversaire de la liberté ou cibler un partisan de la démocratie.

Il ne faut jamais se réjouir de l’arbitraire, même lorsqu’il frappe un ennemi de la démocratie tel que Donald Trump.

1 Donald Trump ne fut pas le seul banni. Twitter supprima ainsi 70 000 comptes liés à la théorie conspirationniste QAnon.

2 Le rouge est la couleur du Parti républicain.

3 Les Rohingyas, de confession musulmane.

4 Qu’il ne s’agit pas ici de comparer au nazisme autrement que pour les mécanismes de son émergence et son accession au pouvoir.

2 commentaires sur “Déplateformisation de Donald Trump : faites attention à ce que vous souhaitez”

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Bonjour Mr Lachnitt,
Je suis abonné à votre newsletter depuis bien des années et j’apprécie quasiment toujours la pertinence et l’originalité de vos analyses. Les points que vous soulevez ici sont tous légitimes.
Pour autant, le sens de votre métaphore automobile m’échappe complètement. A mon sens, lorsqu’il y a un incendie, empêcher son auteur de rajouter de l’essence dessus est juste de bon sens. Cela a été fait, et le monde respire mieux sans la faculté de déverser un torrent quotidien d’insanités au monde entier, gratuitement offerte au millionnaire orange depuis 5 ans. Il a en partie assis son emprise sur ses dévots là dessus.
Alors on peut ergoter : trop peu, trop tard, pas comme ça, pourquoi lui, que va t’il se passer dans 15 ans, comment contrôler les rézosocios etc …OK, on peut.
On peut aussi se poser d’autres questions : se demander dans quelle mesure le monde se porterait mieux en le laissant continuer à proférer ses mensonges ignominieux aux millions de gens qu’il a chauffé à blanc depuis 5 ans ? En quoi exactement ? A qui les tweet de Mr T manquent ils ? Dans quelle mesure cette cure de désintoxication est elle salutaire pour eux ? Vers quoi Mr T aurait il pu mener ses partisans s’il avait gardé cet accès ? A quel point est il important pour les américains d’avoir un accès 24X7 au barnum qui se déroule sous ces cheveux oranges ?
Bien sûr que la question de fond n’est pas réglée, et que les républicains ne devraient pas laisser passer l’occasion de tuer la bête pendant qu’elle est à terre, bien sûr qu’il reste tapi à attendre sa revanche…mais il a fait suffisamment de dégâts pour ne pas le laisser continuer comme si de rien n’était. Et voir FB et Twitter assumer ne serait ce que 5% de responsabilité c’est déjà ça.
Bien cordialement,
Stephane

Bonjour Stéphane,

Merci beaucoup pour votre fidélité à Superception et votre message.

Nous ne disons pas des choses très différentes. J’ai écrit, dans mon article, apprécier la décision prise dans l’urgence par les réseaux sociaux à l’égard de Donald Trump. Nous nous rejoignons donc à ce sujet.

Parallèlement, mon alerte est double : (i) cette décision ne remet pas du tout en cause le modèle desdits réseaux et leur donne au contraire le pouvoir de censurer un leader politique qui, que nous l’aimions ou pas, représente aujourd’hui une très grande partie du peuple américain (comme le montrent encore les derniers événements internes au Parti républicain), et (ii) cet arbitraire pourrait, demain, être mis au service de décisions qui nous pourraient moins nous plaire que la censure numérique du fasciste en herbe Donald Trump.

Je me réjouis donc comme vous de ce qui a été fait mais considère que, si c’est satisfaisant dans l’immédiat, cela ne présage en rien d’un avenir formidablement radieux en ce qui concerne l’intersection des sphères numérique et civique.

D’où le besoin de régulation des plates-formes numériques que j’appelle de mes voeux depuis longtemps…

Merci encore pour votre participation à cet échange d’idées.

Bien à vous.

Xophe

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