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Toute vérité n'est que perception

Jusqu’où les journalistes doivent-ils tenir compte de nos perceptions ?

ESPN The Magazine consacre un long et passionnant article à Alex Rodriguez, la superstar du baseball américain suspendue pour dopage.

L’auteur, J. R. Moehringer, prévient ses lecteurs au début de l’article qu’il n’utilisera aucune citation d’Alex Rodriguez, malgré les cent heures qu’il a passées avec lui, car il a tellement menti ces dernières années que ses propos n’ont plus aucune crédibilité aux yeux du grand public.

Moehringer a aussi expliqué au site Internet de l’école de journalisme Poynter qu’il craignait que des citations de Rodriguez ne captent l’attention des autres médias, les empêchant de s’intéresser à son travail journalistique et à la rédemption du joueur.

(CC) ESPN The Magazine

(CC) ESPN The Magazine

Je respecte J. R. Moehringer qui est notamment le co-auteur d’Open, la remarquable autobiographie d’Andre Agassi. Mais je suis déconcerté par la logique journalistique qu’il expose à l’occasion de la parution de cet article.

En effet, la mission d’un journaliste ne consiste ni à maximiser la crédibilité de son travail de manière artificielle (en s’interdisant de citer un protagoniste-clé de son enquête) ni d’assurer la crédibilité de son sujet malgré lui (en lui déniant le droit de s’exprimer) ni de rédiger son papier en fonction de la manière dont il croit qu’il sera reçu.

Le B-A-BA du journalisme est au contraire de donner la parole de manière équilibrée à toutes les parties concernées par le thème d’un reportage. On peut penser qu’Alex Rodriguez avait des explications à faire valoir sur sa descente aux enfers et son année de purgatoire. Ce n’est pas professionnel journalistiquement de ne pas le laisser s’exprimer.

Last but not least, si les journalistes doivent désormais s’interdire de citer les personnes dont la crédibilité est affaiblie, il va falloir réduire drastiquement le nombre de pages des quotidiens. Cette approche est d’autant plus erronée à mes yeux que :

  • personne n’est jamais décrédibilisé aux yeux d’une population entière. A partir de quel seuil un journaliste doit-il donc estimer qu’un individu n’a pas le droit d’être cité dans son article car il en entache le sérieux ? Cette logique ne peut qu’aggraver la radicalisation de la couverture de l’actualité politique par une presse de plus en plus polarisée ;
  • on peut connaître une crise de crédibilité et ne pas être coupable pour autant. Dans la méthode journalistique de J. R. Moehringer, l’accusé d’un crime que tout incrimine n’aurait donc pas le droit de s’exprimer car il n’est pas crédible, et ce alors même que sa prise de parole pourrait aider à démontrer son innocence ;
  • la méthode employée par le journaliste, même si elle vise à défendre Alex Rodriguez contre sa propre image, induit que les individus n’ont pas le droit à une deuxième chance une fois qu’ils ont traversé une crise.

J. R. Moehringer donne l’exemple aux jeunes journalistes par son formidable talent d’écriture. Il est dommage qu’il les aveugle par la méthode dont il fait la publicité à l’occasion de la parution de cet article.

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