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Toute vérité n'est que perception

“Shrinking”, une série qui nous regarde autant que nous la regardons

La troisième saison de la meilleure série du moment vient de débuter sur Apple TV+.

“Shrinking” traite d’un sujet délicat : le traumatisme lié à la mort sur les survivants et ceux qui les entourent, comme sur ceux qu’elle guette. Il est difficile de trouver sujet plus terrible et, pourtant, il n’est pas de série plus délicieuse que celle-ci.

Du moins est-ce mon avis totalement subjectif. Celui-ci est certainement orienté par le fait qu’il s’agit d’un sujet avec lequel je vis intimement depuis de nombreuses années et plus encore ces derniers temps. Si j’aime autant regarder “Shrinking”, c’est parce qu’elle me regarde. Elle m’ausculte, me confronte, me déstabilise. C’est pour cette raison que j’ai décidé d’écrire sur Superception ma première revue critique d’une œuvre de fiction.

“Shrinking” ne fait pas dans l’émotion facile : elle est sensible sans jamais verser dans la sensiblerie. Elle n’est pas donneuse de leçons. Et l’humour qui la porte lui confère une légèreté qui fait d’autant mieux passer sa mélancolie.

Un célèbre aphorisme africain signale qu’il faut un village pour élever un enfant. Dans “Shrinking”, nous observons qu’il faut mêmement un village pour ramener à la vie un veuf, qui a perdu son épouse dans un accident de voiture, et sa fille. Ce village est constitué de collègues, de voisins, d’amis. Il les aide à se réparer, c’est-à-dire à composer avec une nouvelle réalité.

Ce qui rend “Shrinking” extraordinaire est l’alchimie magique que forgent l’histoire, les personnages, les dialogues, les acteurs et la manière de mettre le tout en images. Il y a des séries dont on réalise rapidement qu’elles ne tournent pas rond, qu’elles ne sont pas crédibles, qu’elles sonnent faux. Il suffit de micro-détails pour ce faire. Dans “Shrinking”, tout est parfait. Elle est émouvante sans être pesante, souvent drôle sans jamais se moquer du traumatisme, vraie sans être complaisante. Et elle repose sur une chaleur humaine souvent bancale.

De fait, les personnages de “Shrinking” ne sont pas héroïques. Ils sont presque tous, à des titres divers, abîmés par la vie et maladroits. Et c’est pourquoi nous nous y attachons bien davantage qu’à des stéréotypes caricaturaux. Ils ne suivent pas un arc narratif comme on les apprend dans les écoles de storytelling. Ils tâtonnent, ils régressent, certains font du mal en voulant bien faire. Ils ne sont pas des versions idéalisées d’êtres exemplaires, même dans la douleur. Ils sont simplement humains.

Harrison Ford et Jason Segel dans “Shrinking” – Image créée avec ChatGPT et Midjourney – (CC) Christophe Lachnitt

Naturellement, “Shrinking” ne serait pas ce qu’elle est sans l’exceptionnelle qualité de ses acteurs. Ceux-ci ne cherchent pas à accomplir une performance. Ils sont seulement justes et c’est ce qui rend leurs prestations magnifiques.

Jason Segel est remarquable de retenue. Il joue la douleur sans l’exhiber, la colère sans l’ériger en posture, la culpabilité sans l’exploiter. Son personnage n’est jamais sympathique dans la tradition du héros de fiction. Et pourtant, il est immensément attachant.

Harrison Ford, dans un rôle à contre-emploi, est une révélation. Son personnage est bourru, fermé, parfois cruel, mais il lui confère une profondeur humaine et une vulnérabilité croissantes au fil des épisodes.

Jessica Williams, que nous avons déjà aimée chez Jon Stewart, apporte une énergie vitale à la série. Son personnage est vif, ironique, parfois frontal, mais jamais superficiel. Elle dit souvent, sans lourdeur, ce que les autres contournent.

Brett Goldstein, dont je ne veux pas révéler le rôle pour ne pas gâcher votre plaisir, est une autre révélation, dans un rôle opposé de celui qu’il tient dans “Ted Lasso”1. Il incarne à la fois l’origine de la douleur des autres et une manière différente de traiter la sienne propre. Il est confondant d’émotions.

Lukita Maxwell, dans le rôle de la fille de Jason Segel, est étonnante de précision et de maturité dans son jeu, sans la moindre exagération ou le moindre cliché. Comme son père, elle est dans un entre-deux instable permanent entre la destruction et la reconstruction.

Luke Tennie apporte une douceur presque fragile, alors qu’il déborde de puissance incontrôlée, à la série. Il met en exergue d’autres limites émotionnelles nées d’autres traumatismes.

Michael Urie joue un rôle clé dans l’équilibre de la série en lui offrant certaines scènes comiques d’anthologie qui apportent un répit aux téléspectateurs. Surtout, son personnage rappelle que l’amitié est l’une des formes les plus efficaces de résistance au chaos émotionnel.

Last but not least, les personnages secondaires, au premier rang desquels Christa Miller et le formidable Ted McGinley, existent pleinement, avec leurs propres blessures et leurs propres contradictions. La série leur donne de l’espace, ce qui est devenu rare.

“Shrinking” ne plaira pas à tout le monde. Son sujet, son ton, son rythme pourront rebuter. Mais elle me transporte parce qu’elle traite du sujet ultime avec une pertinence et une sincérité rares.

Et je me permets donc de vous la recommander, même si je n’ai aucun titre pour ce faire.

1 Qui compte des créateurs-producteurs en commun avec “Shrinking”.

Superception est un média consacré aux enjeux de perception à travers la communication, le management et le marketing dans le contexte de l'intelligence artificielle. Il comprend un blog, une newsletter et un podcast. Il a été créé et est édité par Christophe Lachnitt.

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