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Toute vérité n'est que perception

La tête dans la bannière étoilée

Où doit se situer la limite du patriotisme des médias ?

Dans sa biography d’Alan Shepard (Light This Candle: The Life and Times of Alan Shepard) que je suis en train de lire (critique à paraître prochainement sur Superception), Neal Thompson raconte une anecdote très éclairante sur l’évolution des relations des pouvoirs publics avec les médias.

Au début des années 1960, les sept pilotes de chasse (“Mercury Seven”) sélectionnés par la NASA s’entraînaient d’arrache-pied pour être retenus comme premier astronaute américain. Les deux favoris étaient Alan Shepard, un franc-tireur qui gagnerait cette compétition, et John Glenn, un modèle de discipline qui serait le troisième américain dans l’espace et le premier à effectuer le tour de la Terre.

Un soir, un astronaute marié (dont on suppose qu’il s’agissait de Shepard) fut pris en photo dans une situation compromettante avec une jeune femme rencontrée dans un bar. Le lendemain, un grand quotidien de la Côté Ouest appela le porte-parole de la NASA pour lui demander un commentaire afin de finaliser l’article qu’il s’apprêtait à publier.

Alan Shepard – (CC) NASA

Le responsable de la communication de la NASA appela alors John Glenn, le chouchou des journalistes aux besoins desquels il était très attentif afin de promouvoir son profil d’astronaute idéal. Glenn téléphona aussitôt au directeur de la publication du journal et le supplia de tuer le projet d’article dans l’oeuf.

L’argument qu’il utilisa était lié à la situation géopolitique de l’époque : les Américains étaient en retard dans leur course à l’espace avec les Soviétiques – lesquels avaient remporté plusieurs succès – et la parution d’un tel reportage ne pouvait que porter atteinte à l’image de la NASA et, partant, diminuer les financements publics dont elle bénéficiait ainsi que le moral de la Nation.

Bien que les “Mercury Seven” fussent alors sous contrat avec le magazine Life qui avait acheté l’exclusivité de la narration “officielle” de leur préparation, le grand quotidien – qui avait entre ses mains un scoop d’une réelle valeur marchande – répondit positivement à la supplique de John Glenn et l’article ne parut pas.

On est naturellement à des années-lumière du paysage médiatique actuel où la compétition acharnée entre les médias traditionnels, les médias Internet et les sites tels que Wikileaks rendrait un tel scénario des plus improbables. La question qui se pose est de savoir ce qui est préférable : le patriotisme du quotidien qui défendit la quête spatiale du pays à la bannière étoilée ou la transparence absolue dans laquelle nous opérons aujourd’hui ?

Je considère qu’aucune des deux situations n’est idéale. Certes, l’infidélité d’un astronaute n’était pas un fait d’une importance majeure par rapport à la mission qui lui avait été confiée. Cependant, son intérêt journalistique reposait sur le fait que cet adultère venait contredire l’image d’Epinal de sept parfaits héros américains que la NASA voulait “vendre” au grand public pour gagner son soutien. Cette entaille au contrat de mariage dudit astronaute et au contrat de confiance de la NASA avec les contribuables qui la finançaient posait donc la question de la véracité du reste de son histoire.

Aujourd’hui, la transparence absolue qui tient lieu de morale médiatique comporte également ses excès – les lecteurs de Superception connaissent par exemple mes réserves à l’égard de la démarche de Wikileaks.

Cependant, à choisir entre deux extrêmes, il me semble que l’excès de transparence est le plus démocratique. Le sentiment d’impunité qui peut naître chez les acteurs publics d’un mensonge véniel demeuré insoupçonné est en effet porteur d’un venin contre le peuple souverain.

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