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Toute vérité n'est que perception

La bannière étiolée

Les cinq principes de management foulés aux pieds par l’encadrement de l’équipe de France.

La nouvelle pantalonnade de l’équipe de France au cours de l’Euro met en lumière la faillite managériale de son encadrement.

Il ne s’agit pas pour moi d’exonérer les joueurs de leur écrasante responsabilité (à laquelle j’ai consacré déjà plusieurs articles, en particulier ici et ici). A cet égard, les problèmes supposés d’intégration au sein de notre Société et/ou de notre équipe nationale des jeunes de banlieue est une fausse excuse : les mêmes jeunes de banlieue s’intègrent parfaitement dans beaucoup d’autres sports (athlétisme, basketball, judo, rugby…).

Cependant, les dérives comportementales des joueurs ne peuvent exister que grâce à l’effarante apathie de ceux qui sont supposés les diriger, au premier rang desquels leur sélectionneur Laurent Blanc et le Président de la Fédération française de football, Noël Le Graët.

Ces deux derniers ont violé cinq principes de management :

  • à mes yeux, l’un des principes fondamentaux du management est le courage. Un manager pleutre, en effet, n’est pas respecté par ses équipes et est de peu d’utilité à son patron qu’il ne remet pas suffisamment en cause. Dans le cas de l’équipe de France, Laurent Blanc avait tous les atouts pour être courageux : son aura de champion du monde, la bienveillance absolue des médias et une attente générale après le fiasco de Raymond Domenech. Il est irresponsable d’avoir autant d’atouts dans son jeu pour être fort et in fine d’être aussi faible vis-à-vis de ses joueurs. Ce qu’Aimé Jacquet a su accomplir avec Eric Cantona et David Ginola ou le sélectionneur allemand Joachim Löw avec Michael Ballack, Laurent Blanc ne pouvait-il pas le réaliser avec nos starlettes du ballon rond ?
  • certains m’objecteront que Noël Le Graët n’aurait peut-être pas soutenu Laurent Blanc s’il avait pris des mesures fortes à l’endroit des éléments les plus perturbateurs de son groupe. Mais, en n’agissant ni devant le refus par Ben Arfa de sa propre autorité ni devant le rejet par Ménez de l’autorité de son capitaine ni devant les insultes de Nasri à l’égard des médias, Blanc a transgressé un autre principe de management : le pouvoir ne s’attend pas, il se prend. Il faut peut-être aujourd’hui, pour purger définitivement ces crises à répétition, que l’équipe de France soit managée par un coach étranger dont l’autorité ne souffrira aucun accroc ;
  • le Cardinal de Retz a écrit dans ses Mémoires qu'”on ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment“. C’est une maxime certainement efficace en politique – à condition de n’être pas guidé par de fortes convictions – mais maléfique en matière de management. En effet, le premier rôle du manager est de fournir de la clarté à ses équipes : clarté des objectifs, clarté des moyens pour les atteindre et clarté des règles. En n’étant clairs que sur l’objectif (se qualifier pour les quarts de finale de l’Euro) mais ni sur les moyens ni sur les règles, Noël Le Graët et Laurent Blanc ont laissé le flou s’installer au moment où, après la bouffonnerie sud-africaine, l’équipe de France avait plus que jamais besoin de clarté. Ce faisant, ils n’ont pas joué leur rôle de managers-prescripteurs ;
Laurent Blanc - (CC) Илья Хохлов

Laurent Blanc – (CC) Илья Хохлов

  • au fond, la racine du mal remonte à 2006 et au coup de boule de Zinédine Zidane durant la finale de la Coupe du monde. Coup de boule qui, avec les choix de coaching discutables de Raymond Domenech, coûta probablement à l’équipe de France une deuxième victoire historique. Fut alors enfreint un autre principe de management : l’égalité de traitement entre les membres d’une organisation, quelle qu’elle soit et quels qu’ils soient. En l’occurrence, le concert de louanges et d’excuses qui s’abattit alors, jusque depuis l’Elysée, sur notre pays pour exonérer le mythe de toute responsabilité fut aussi lâche que délétère. Il instilla l’idée que tout est permis dans le football français pourvu qu’on ait du talent. En France, on confondait donc désormais valeur morale et valeur footballistique. Et, comme toujours dans de telles compromissions, on perdit sur les deux tableaux. Ben Arfa, Ménez, Nasri & Consorts retinrent en effet les mauvaises manières de Zidane sans avoir hérité – malgré ce qu’ils semblent croire – de son génie du jeu. Cette attitude vis-à-vis de Zidane illustre à mon sens une dérive typiquement française : le laxisme absolu à l’égard des élites. Dans notre nation au substrat monarchique indélébile, les élites peuvent (presque) tout se permettre. Elites politiques, économiques, culturelles, sportives, peu importe, la réaction est toujours la même : au pays de Rodin, on ne déboulonne pas les statues, même lorsque leur piédestal est manifestement rongé par les vers de l’amer. Zidane aurait dû être vilipendé en 2006 – il aurait toujours trouvé un promoteur pour lui construire une autre statue au Qatar -, les “mutins” de Knysna auraient dû être radiés de l’équipe de France et les fautifs de l’Euro devraient être sanctionnés à l’aune de la gravité de leurs actes respectifs ;
  • un dernier point pour conclure : je suis personnellement opposé – par conviction et par nature certainement aussi – en matière de management au principe selon lequel il faudrait donner du temps au temps. A mes yeux, lorsqu’une crise éclate, il faut la traiter au plus vite car, plus elle se développera, plus le coût de son traitement augmentera. C’est un autre principe violé par l’encadrement de l’équipe de France. Cela fait désormais six ans au moins que la situation se dégrade et que rien ne bouge. Et les propos lénifiants tenus par Laurent Blanc et Noël Le Graët après la pitoyable élimination contre l’Espagne démontrent malheureusement qu’ils n’ont pas changé de stratégie.

Or, comme le disait Albert Einstein, “la folie, c’est se comporter de la même manière et s’attendre à un résultat différent“.

Décidément, j’ai bien peur que le football français soit devenu fou.

3 commentaires sur “La bannière étiolée”

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Bonjour,
Le coup de boule de Zidane fut son dernier geste sportif, les commentaires suivants n’étaient plus qu’un bilan de sa carrière, et comment ne pas comprendre une forme d’indulgence avec celui qui a largement contribué à la victoire de 1998? On n’a pas toujours la volonté de brûler ce que l’on a adoré. Fin de carrière, pas de sanction possible, l’héritage laissé par Zidane était intenable. Mais il y a d’autres épisodes qui n’ont pas été en faveur du management de l’équipe de France : la main de Henry contre l’Irlande pour les qualifications de la Coupe du Monde 2010, et la satisfaction sans réserve affichée de tout l’encadrement, soudé autour de Domenech sans autorité depuis ses débuts dans les vestiaires. Cette absence d’autorité a mené à l’épisode anarchique en Afrique du Sud. Pas facile de sortir d’une anarchie encadrée !

Cher riphifhy,
Décidément, vous êtes très indulgents pour les dérapages de certains sportifs, qu’ils soient handballeurs ou footballeurs.
Mais je ne comprends pas pourquoi vous êtes indulgents avec Zidane et pas avec Henry. La qualité de la contribution passée exonère-t-elle de toute responsabilité ?
Pour une fois, notez-le bien, nous sommes d’accord sur le management par l’encadrement de l’équipe de France de la double main de l’ancien joueur d’Arsenal.
Xophe

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