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Toute vérité n'est que perception

Le Qatar va-t-il révolutionner l’information télévisée américaine ?

La chaîne d’information continue Al Jazeera America a commencé à émettre la nuit dernière outre-Atlantique.

Al Jazeera America (AJAM) a remplacé Current TV sur le canal vendu par Al Gore à l’émir du Qatar. Elle est accessible dans 45 millions de foyers américains, un peu moins de la moitié du nombre de foyers abordables par ses concurrentes CNN, Fox News et MSNBC.

Ce lancement est très ambitieux. C’est en effet la première fois depuis la création de Fox News en 1996 – incidemment, l’année de la fondation d’Al Jazeera – qu’une nouvelle chaîne d’information est constituée aux Etats-Unis. Et cette création n’est pas réalisée avec des moyens limités : Al Jazeera America a recruté plusieurs centaines de collaborateurs (y compris des talents journalistiques reconnus) et va ouvrir des bureaux dans des villes où ses concurrentes ne comptent aucun journaliste (e.g. Nashville, New Orleans, Seattle). AJMA compte 900 employés, dont 400 journalistes, et des moyens financiers quasi illimités.

Mais la plus grande ambition d’AJAM réside certainement dans son positionnement, illustré par la publicité reproduite ci-dessous : une information dénuée de prise de position (lire ici la vision, les missions et les valeurs d’AJAM).

Si cette promesse était tenue, la stratégie éditoriale d’AJAM représenterait une rupture majeure avec les chaînes d’information continue – au premier rang desquelles la conservatrice Fox News et la libérale (au sens américain) MSNBC – qui noient l’information sous un tsunami de commentaires, d’éditoriaux et de polémiques en tout genre.

(CC) Al Jazeera America, @DanMing

(CC) Al Jazeera America, @DanMing

Pour réaliser son ambition, Al Jazeera America devra cependant régler un problème de perception considérable : depuis les attentats du 11 septembre 2001, sa maison-mère est considérée par les Américains comme un porte-voix d’Al Qaeda. Comme le rappelait il y a quelques mois le Pew Reserach Center sur son blog, cette perception avait freiné le développement outre-Atlantique de la chaîne d’information Al Jazeera English il y a sept ans : les opérateurs de câble et satellite américains avaient refusé de la diffuser et elle n’avait finalement été accessible que sur Internet.

C’est certainement la raison pour laquelle l’émir du Qatar a acquis la chaîne câblée Current TV pour environ 500 millions de dollars afin de disposer d’un tuyau pour diffuser ses contenus. C’est aussi l’explication du positionnement “neutre” d’Al Jazeera America dans son traitement de l’actualité : toute autre approche n’aurait pu que stimuler l’image pro-Al Qaeda dont la marque Al Jazeera pâtit outre-Atlantique. Même si ce positionnement suscite beaucoup de commentaires étonnés depuis quelques jours, l’entreprise qatarie n’avait en fait pas d’autre choix.

Au-delà des défis propres à son initiatrice, le lancement d’Al Jazeera America représente un enjeu majeur pour le journalisme et le civisme américains : une tentative (certainement pas désintéressée) de remettre en cause la polarisation des médias numériques (chaînes de télévision et sites Internet principalement), laquelle porte en germe la radicalisation de deux Amériques politiquement opposées car jamais réunies – et encore moins rassemblées – médiatiquement (lire ici). L’espace commun créé dans le passé par les grands rendez-vous médiatiques est en passe de désertification.

S’il y a une révolution qu’Al Jazeera America doit mener, c’est celle de le repeupler.

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