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Toute vérité n'est que perception

Qui de Newsweek ou de Michele Bachmann est le plus fou ?

La dernière couverture de l’hebdomadaire Newsweek fait débat aux Etats-Unis. On y voit une Michele Bachmann exaltée. Je ne sais pas si Newsweek a voulu transformer Michele Bachmann en folle mais il est certain que le magazine a réussi à affoler les supporters de la Représentante du Minnesota. Quoi qu’il en soit, cette couverture est un remarquable cas d’école en matière de perception.

Michele Bachmann est une candidate à la primaire présidentielle républicaine. Elle est aujourd’hui le dirigeant politique américain qui représente le mieux le mouvement Tea Party – lequel milite pour une réduction majeure du rôle et des dépenses de l’Etat fédéral. A ce titre, elle a éclipsé Sarah Palin de la course présidentielle et fait depuis quelques semaines une percée spectaculaire dans les intentions de vote (notamment grâce à sa très bonne performance dans le premier débat télévisé auquel elle a pris part). Ces intentions de vote ne veulent rien dire à ce stade de la campagne mais elles alimentent la couverture médiatique 24h/24. Dernier signe en date de son émergence au plan national, Michele Bachmann a récemment signé un contrat pour rédiger ses mémoires chez une grande maison d’édition, un traitement auquel Sarah Palin avait eu droit après sa campagne pour la vice-présidence.

Michele Bachmann donne l’impression de davantage travailler ses dossiers que Sarah Palin – ce n’est d’ailleurs pas là un défi d’une dimension surhumaine ! – mais elle partage avec l’ancienne gouverneure de l’Alaska (i) des vues très à droite sur l’échiquier politique américain (c’est-à-dire favorables à une limitation radicale du pouvoir du gouvernement fédéral) et (ii) des gaffes à répétition.

Cette semaine, Michele Bachmann fait donc la couverture de Newsweek et bénéficie également d’un long portrait dans The New Yorker, l’un des magazines américains les plus réputés. Ce n’est pas ce dernier article qui fait débat – même si c’est le plus mordant des deux – mais la couverture de Newsweek, laquelle a provoqué l’ire des groupes de pression conservateurs : ils accusent le magazine de faire passer Michele Bachmann pour une folle. Rien de moins.

Je vous laisse établir par vous-mêmes la perception que vous avez de la femme qui figure sur la photo ci-dessous.

On peut dire qu’elle est folle, interloquée, passionnée, impatiente, etc. Vous trouverez certainement d’autres adjectifs pour décrire plus précisément votre propre perception.

Il est certain en tout cas que (i) cette photo ne laisse pas indifférent – ce qui, incidemment, est l’objectif d’une couverture de magazine pour faire vendre – et (ii) elle s’inscrit dans une perception plus globale de Michele Bachmann.

Cette perception globale se fonde sur trois éléments principaux : la perception que le lecteur avait de la femme politique avant de poser ses yeux sur la couverture de Newsweek (et que, dans la majorité des cas, il conservera après avoir vu le magazine), la photo de couverture proprement dite et le titre qui est associé à cette photo (“La reine de la rage”). En effet, la photo et le titre fonctionnent de conserve. On peut même se demander – ce que ne font pas les groupes de pression républicains qui s’élèvent contre cette photo – si le plus violent élément de cette combinaison n’est pas le titre utilisé pour décrire Michele Bachmann.

La “reine de la rage” est en effet davantage un nom qu’on s’attendrait à voir attribuer à une catcheuse qu’à une prétendante au fort potentiel – à ce jour – pour l’investiture républicaine dans la prochaine course à la Maison-Blanche. Et c’est dans ce paradoxe, il me semble, qu’on trouve l’explication journalistique de cette photo : je pense que la rédaction de Newsweek a voulu illustrer l’exaltation sans limite de Michele Bachmann pour défendre ses causes extrêmes dans les domaines politique, économique, sociétal et religieux. Après tout, Michele Bachmann ne se comporte-t-elle pas comme une catcheuse politique depuis son élection à la Chambre des Représentants en 2006 ? Et n’est-elle pas devenue la porte-voix de la faction d’Américains enragés contre le gouvernement fédéral ?

C’est une nouvelle démonstration qu’il est très difficile de changer d’image. Michele Bachmann, aujourd’hui qu’elle s’infiltre dans le peloton des favoris pour la primaire républicaine et qu’elle bouscule le semblant de donne qui semblait établie, souhaiterait certainement projeter une image plus “présidentielle”. Mais son comportement et ses déclarations n’ont pas construit une telle perception depuis cinq ans et surtout depuis les quelques mois qu’elle a passés au premier plan à l’échelon national. La cohérence d’une image se construit sur le long terme, pas au dernier moment. Et, étant donnés les antécédents de Michele Bachmann, il est naturel que les médias s’interrogent sur sa légitimité à diriger la première puissance mondiale.

A ce titre, la couverture de Newsweek est logique sur les plans journalistique et marketing, les deux éléments qui président à la confection d’une couverture de magazine. L’article auquel la couverture renvoie est d’ailleurs un bon travail journalistique et donne abondamment la parole à Michele Bachmann.

Je doute donc que Newsweek ait voulu délibérément faire du tort à Michele Bachmann, notamment parce que la patronne du magazine, Tina Brown, dont j’ai déjà eu l’occasion de parler sur ce blog, est une très grande professionnelle.

Ce qui est sûr à mes yeux, en tout cas, c’est que, si telle avait été l’intention de Newsweek, leur couverture risque au contraire de servir trois objectifs favorables à Michele Bachmann : faire parler encore plus d’elle et l’imposer ainsi dans le débat public à un moment où la dizaine de candidats républicains à la primaire luttent pour être connus, la victimiser et rallier ses partisans à sa cause.

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