24 juin 2025 | Blog, Blog 2025, Communication, Management, Marketing | Par Christophe Lachnitt
Votre cerveau est détérioré par le recours à l’IA générative… si vous lui demandez de vous remplacer et non de vous compléter
Avec cette technologie, le septième pêché capital devient le premier.
Les conclusions d’une recherche | du Massachusetts Institute of Technology (MIT) alertent sur les risques pour ceux qui se reposent excessivement sur l’intelligence artificielle générative.
Les chercheurs équipèrent 54 personnes d’un casque d’électro-encephalographie et leur demandèrent, sur quatre mois, d’écrire des textes. Un groupe de volontaires utilisa ChatGPT, un autre employa Google Search et un troisième se contenta d’utiliser leur cerveau.
Au terme de l’expérimentation, les utilisateurs de ChatGPT présentèrent une activité cérébrale nettement plus faible et, lorsqu’ils essayèrent ensuite d’écrire par eux-mêmes, leur cerveau ressembla à celui de novices. Pire, 83% des volontaires ayant utilisé ChatGPT ne purent pas citer une seule phrase des textes qu’ils avaient rédigés quelques minutes auparavant (contre 11% pour ceux qui n’avaient disposé que de leur cerveau).
En clair, dans ce cas, l’intelligence artificielle générative simule notre cerveau, mais ne le stimule pas.
Les chercheurs du MIT ont défini un terme pour décrire ce phénomène : la “dette cognitive”. Cette expression souligne que nous empruntons sur nos capacités cognitives futures en voulant gagner du temps ou faire moins d’efforts à court terme. Le MIT recommande une pratique qui se trouve être la mienne lorsque j’écris des textes importants en anglais : ne pas utiliser l’intelligence artificielle générative pour rédiger à notre place, mais pour vérifier ce que nous écrivons.
En effet, leur recherche montra que les personnes qui commencèrent un travail seules et le finirent avec ChatGPT manifestèrent une bien meilleure activité cérébrale que celles qui commencèrent une tâche avec ChatGPT et l’achevèrent seules. Comme je l’explique dans les formations sur l’intelligence artificielle générative que je donne, les assistants tels que ChatGPT doivent être un support et non un substitut à notre activité intellectuelle. A l’instar d’un bon professeur, ils nous aident le plus lorsqu’ils ne nous donnent pas la solution d’un travail, mais lorsqu’ils attestent de notre pertinence dans son identification.
Le pire vice, avec l’intelligence artificielle générative, est donc la paresse.

La plupart des participants à l’étude du MIT n’avaient aucune idée que leur cerveau était affecté de cette manière : il s’agit en quelque sorte de l’effet Google Maps, mais pour nos capacités réflexives et pas seulement notre faculté d’orientation. Il en va de même avec la délégation croissante de notre mémoire aux équipements technologiques : la théorie du cerveau étendu énoncée par les philosophes David Chalmers et Andy Clark en 1998 explique que, en externalisant un pan de nos facultés cognitives à nos smartphones, ceux-ci deviennent une partie de notre esprit.
Ce n’est d’ailleurs pas nouveau : David Chalmers et Andy Clark soulignent que le cerveau se développe en partant du principe que nous utiliserons des outils et que nous interagirons avec notre environnement, ce dont le langage écrit est un excellent exemple. La lecture n’est pas codée dans notre génome, comme l’est la capacité à parler. Lorsque les enfants apprennent à lire et à écrire, les voies neuronales qui traitent les informations visuelles provenant des yeux se réorganisent, créant une zone visuelle spécialisée dans le traitement des mots, laquelle réagit davantage aux lettres qu’aux autres images. Ce processus remodèle physiquement le cerveau.
De tout temps, les humains ont cherché à solliciter leur cerveau le moins possible. Mais le recours à l’intelligence artificielle générative représente à cet égard un changement de degré qui induit un changement de nature : jamais auparavant, notre cerveau n’a risqué d’être aussi dégradé par le recours à une technologie et, jamais auparavant, une technologie ne nous a autant donné l’illusion trompeuse d’être intelligents, alors que, mal employée, elle nous abêtit.
Si nous voulons éviter d’accumuler une “dette cognitive” rédhibitoire, il nous faut donc investir dans les efforts indispensables pour capitaliser sur nos facultés cognitives, quelles qu’elle soient.
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