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Toute vérité n'est que perception

Décapitation de James Foley : fallait-il censurer les images sur Twitter ?

Un terrible questionnement qui transcende trois dimensions.

Le journaliste américain James Foley a été assassiné par les terroristes de l’ISIS (prétendu État islamique en Irak et au Levant) qui ont mis une vidéo de son meurtre en ligne sur YouTube (où elle a rapidement été retirée). Des images de cette atrocité circulent cependant sur le web.

Evitez par exemple de rechercher “James Foley” dans Flickr car l’un des premiers clichés sur lesquels vous tomberez est un montage de plusieurs photos dont une montrant le corps du journaliste américain avec sa tête suppliciée posée sur le dos.

Twitter a pour sa part décidé de suspendre temporairement les comptes qui diffusent des images de l’assassinat de l’otage occidental. Cette décision provoque un débat sur les réseaux sociaux outre-Atlantique.

Je considère pour ma part que le questionnement légitime qui entoure l’annonce de Twitter doit être envisagé selon trois dimensions : humaine, politique et médiatique.

RIP James Foley

Humainement, le seul fait d’imaginer ce qu’a subi James Foley est déjà insoutenable. La vue d’images, même partielles, du massacre ne peut être qu’hantante. La sagesse, de ce point de vue, serait de respecter les proches du journaliste et d’épargner les êtres sensibles. La décision de Twitter se défend donc même si elle n’évite pas, comme la pratique de Flickr l’illustre, que des internautes soient exposés sans le vouloir à ces images sur d’autres plates-formes que le réseau de micro-blogging.

Politiquement, deux logiques s’opposent. D’un côté, il est évident que donner de l’écho à ces images servirait le double objectif de l’ISIS de montrer son pouvoir sur les territoires de son califat en cours de constitution et de terroriser les populations occidentales. De l’autre côté, on peut se dire que la circulation de ces images aiderait lesdites populations à prendre conscience de ce qui est en jeu en Irak et en Syrie (et potentiellement au-delà) et à soutenir leurs dirigeants politiques si ceux-ci venaient à prendre des décisions exigeantes.

Combat-on plus efficacement la barbarie en la montrant ou en l’occultant ? Il n’est pas besoin de remonter plusieurs décennies dans le temps pour comprendre la complexité – et l’importance – de cette interrogation. Le surplus de prise de conscience que pourrait générer le passage des mots (narration du carnage par la presse) aux images (on sait qu’une image vaut mille mots) justifierait-il le traumatisme et la transgression qui l’accompagneraient ?

Médiatiquement, enfin, le comportement de Twitter est beaucoup plus critiquable. Le réseau a en effet appliqué sa suspension des comptes contrevenant à son injonction de manière incohérente. En particulier, les deux tabloids new yorkais – The New York Post et The New York Daily News -, qui ont mis en ligne sur Twitter leurs couvertures respectives consacrées à l’assassinat de James Foley, n’ont pas été suspendus. Pourtant, toutes deux montrent des images de la vidéo qui, sans être sanguinolentes, sont plus explicites que la seule capture d’écran qui a circulé “officiellement”. Les explications données par Twitter pour justifier cette incohérence sont… incohérentes.

L’approche du réseau de micro-blogging ne fait que susciter un débat plus intense encore sur la censure à laquelle s’apparente son traitement des images du meurtre de James Foley. Nous sommes confrontés à des images d’extrême violence dans les médias – y compris sur Twitter – presque tous les jours (même si elles souvent loin de l’horreur constituée par la vidéo d’une décapitation). La logique devant présider au tri entre les photos et vidéos qui peuvent être diffusées par les médias et celles qui ne doivent pas l’être constitue un sujet très délicat.

Il convient inévitablement de s’interroger sur le rôle qu’a joué dans la décision de Twitter – et dans les multiples pressions que son patron a certainement subies – le fait que James Foley soit (i) occidental, (ii) américain et (iii) journaliste, une triple identité qui, précisément, a motivé l’ignoble action de propagande de l’ISIS.

Or le simple fait que l’on puisse (et doive) se poser cette question induit que toute censure ainsi imposée par un réseau social (qui ne peut être neutre) est problématique. En effet, qu’un journal ou une chaîne de télévision décide de ne pas diffuser ces images relève de son arbitrage éditorial car cela n’engage que sa liberté d’expression. Qu’un réseau social punisse ses membres qui diffusent ces images (mais pas ceux qui mettent en ligne ou relaient d’autres images choquantes) est éminemment différent.

Même si ce débat n’est pas résolu car il est trop complexe pour recevoir une réponse manichéenne, il est certain qu’il ne fait que commencer : on peut en effet s’attendre à ce que Twitter fasse l’objet dans le futur de demandes de toute nature pour mettre en œuvre de nouvelles mesures de censure sur le fondement de la “jurisprudence” qu’il a établie hier.

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