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Communication.Management.Marketing

Toute vérité n'est que perception

Le pouvoir consiste (aussi) à imposer son tempo aux autres

Leçons de six livres lus ces derniers temps.

Il s’agit de :

Une partie du pouvoir exercé par les protagonistes de ces six ouvrages repose sur la capacité de priver les autres de la maîtrise de leur propre temps. A cet égard, vitesse et tempo sont deux notions différentes. Imposer son tempo n’induit pas forcément d’aller plus vite que les autres : Magic Johnson accélère, Shaq ralentit, Donald Trump sature, Rupert Murdoch déplace l’attention, Elon Musk raccourcit les cycles. Ce qui les unit n’est donc pas la vitesse, mais l’asymétrie temporelle qu’ils imposent afin que leurs adversaires ne puissent plus choisir leur vitesse.

La théorie de la boucle OODA (Observer-Orienter-Décider-Agir) conceptualise ce phénomène. Formulée par le colonel américain John Boyd, elle souligne que, dans son approche du combat, l’avantage résulte du fonctionnement à un tempo qui perturbe le cycle de décision ennemi, quel que soit le rythme employé pour ce faire. Dès lors, l’adversaire est en mode réactif et perd progressivement sa capacité d’initiative.

On le constate d’ailleurs au sein des entreprises : certains considèrent que, plus ils ont de pouvoir, plus ils peuvent appréhender le temps d’autrui comme une variable d’ajustement de leurs propres priorités… et cuistrerie. Ils se croient plus efficaces individuellement, alors qu’ils génèrent une efficacité collective au final plus coûteuse : ils optimisent leur propre temps en désoptimisant celui des autres.

Magic Johnson, Shaquille O’Neal, Elon Musk, Donald Trump et Rupert Murdoch – Image créée avec ChatGPT – (CC) Christophe Lachnitt

Mes six lectures fournissent trois cadres d’interprétation complémentaires à cette dynamique de pouvoir temporel :

  • Magic Johnson et Shaquille O’Neal imposent le tempo de l’action par des moyens opposés. Magic prenait possession du temps en accélérant, tandis que Shaq le faisait en obligeant les autres à s’organiser autour de sa présence.
  • Donald Trump et Rupert Murdoch, eux, imposent le rythme de l’attention. Et les fidèles lecteurs de Superception ont certainement en mémoire la phrase prononcée par Steve Bannon, son stratège en chef durant son premier mandat, pour définir la stratégique médiatique (et politique) de Donald Trump consistant à “submerger l’espace médiatique de merde” (sic) afin de noyer les médias, qui ne savent pas sur quoi se concentrer ni comment hiérarchiser les informations, et, partant, de désorienter le peuple américain. Rupert Murdoch est l’autre versant de l’imposition du rythme médiatique et généralement le complice de l’apprenti-dictateur à cet égard.
  • Jon McNeill et Geoff Woods, enfin, montrent comme des capitaines d’industrie peuvent imposer le tempo de l’organisation. Le quatrième élément de “l’algorithme” présenté par le premier réside dans l’accélération du temps de cycle en questionnant les exigences, supprimant des étapes et simplifiant les processus afférents. Aux yeux d’Elon Musk en effet, bâtir une organisation rapide n’équivaut pas à accélérer une organisation trop lente. Sa démarche constitue en quelque sorte l’aboutissement le plus ultime de la stratégie du “time-based competition”, théorisée par le Boston Consulting Group à la fin des années 1980, qui faisait du temps un critère concurrentiel. Geoff Woods ajoute une nouvelle dimension à ces principes : au-delà des cycles industriels, l’intelligence artificielle compresse les cycles cognitifs en réduisant notamment le temps entre le recueil d’informations et la prise de décision.

Pour conclure, je reviendrai à la fascinante analyse qu’Anthropic a publié de son propre fonctionnement. Il en ressort notamment que, lors des sessions interactives, les agents Claude passent environ 80% de leur temps à attendre une réponse humaine : les collaborateurs deviennent le principal facteur limitant de la productivité des agents.

Demain, l’enjeu sera de définir qui – des humains ou des machines – fixera le tempo auquel les organisations fonctionneront. Les organisations qui sauront exploiter la vitesse de la machine sans confondre temps du calcul algorithmique et temps du jugement humain disposeront certainement de l’asymétrie temporelle la plus décisive.

Superception est un média consacré aux enjeux de perception à travers la communication, le management et le marketing dans le contexte de l'intelligence artificielle. Il comprend un blog, une newsletter et un podcast. Il a été créé et est édité par Christophe Lachnitt.

www.superception.fr

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