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Communication.Management.Marketing

Toute vérité n'est que perception

Un cracheur de feu qui a vraiment fait des étincelles

Le prochain numéro de FORTUNE s’intéresse à la phénoménale histoire du Cirque du Soleil – l’une de mes dix marques préférées – créé par Guy Laliberté, lequel débuta comme cracheur de feu dans les rues de Québec. Une magnifique leçon d’optimisme et de management.

Laliberté, aujourd’hui âgé de 52 ans et milliardaire, apprit en effet son métier en organisant des festivals de rue dans la Belle Province. Ses parents voulaient qu’il devienne avocat ou médecin et furent désemparés lorsqu’il leur apprit qu’il préférait embrasser la carrière de saltimbanque.

En 1984, le gouvernement canadien demanda aux artistes de rue de participer à la célébration du 450ème anniversaire de la découverte du Canada par Jacques Cartier en créant un concept artistique qui voyagerait à travers le Québec. Guy Laliberté devint le producteur de cette création et reçut un contrat d’un million de dollars du gouvernement.

Le Cirque du Soleil – baptisé ainsi en raison de l’amour de Guy Laliberté pour les couchers de soleil et de la signification symbolique du soleil comme synonyme d’énergie – fut le succès de l’été québécois. Au terme de cette première aventure durant laquelle il faisait son numéro de cracheur de feu tout en s’acquittant des tâches de management et de marketing, Laliberté était convaincu que le Cirque du Soleil pouvait connaître le succès à condition de trouver des débouchés hors du Canada pour les six mois d’hiver.

En 1985, le Cirque fut sauvé par une banque québécoise qui accepta de prendre un risque de 350 000 dollars à ses côtés. Il fut ensuite invité au Festival des Arts de Los Angeles durant lequel il se produisit devant un parterre de célébrités et de producteurs d’Hollywood. Ce fut un grand succès et le Cirque commença à être bénéficiaire en 1987. L’année suivante, il lança sa première tournée aux Etats-Unis.

Laliberté voulut alors développer davantage encore l’Entreprise en produisant deux spectacles qui tourneraient en parallèle. Les anciens artistes de rue qui constituaient l’équipe de direction du Cirque furent très réticents, préférant engranger immédiatement le pécule résultant de leur dur labeur des dernières années plutôt que de l’investir. Finalement, certains d’entre eux quittèrent le Cirque et les autres se réunirent autour de la stratégie prônée par Laliberté.

Le Cirque commença à se produire en Europe puis au Japon en 1990. Il vendit 120 000 billets cette année-là pour un prix moyen de 23 dollars En 1992, Steve Wynn, le développeur d’hôtels qui révolutionna Las Vegas pour en faire un territoire de loisirs familiaux dans lequel le jeu ne tenait plus forcément la place principale pour tous les visiteurs, assista à un spectacle du Cirque et appela Guy Laliberté pour produire Mystère à l’hôtel Treasure Island. La première année, Mystère donna lieu à 480 représentations avec un taux de remplissage de la salle de 92%. Dès lors, le Cirque connut une croissance exponentielle à Las Vegas et autour du monde.

L’Entreprise opère aujourd’hui 22 spectacles en représentation à travers la planète. En 2010, elle a vendu 10 millions de billets pour un prix moyen de 75 dollars. Elle compte plus de 5 000 collaborateurs de 57 nationalités. Elle a peu de dettes et engrange des revenus grâce à ses tournées en Europe lorsque le dollar est faible. Elle est toujours parvenue à financer son développement sans recours au marché – Laliberté n’est pas partisan d’une cotation du Cirque en bourse. En 2007, Laliberté donna 100 millions de dollars de sa fortune personnelle pour contribuer à résoudre le problème du déficit d’eau potable dans le monde et créa la One Drop Foundation.

Dans l’article de FORTUNE à paraître, Guy Laliberté donne les trois conseils de management suivants :

  • intégrer une composante humanitaire dans le business model. Il souligne en effet qu’il y a de plus en plus de produits en concurrence sur le marché mondial mais de moins en moins de gens capables de les consommer. Les entreprises doivent donc aider les pays et régions qui n’ont pas la stabilité économique suffisante pour croître ou, sinon, il y aura très peu de consommateurs à même d’acheter ce qui est mis sur le marché. C’est pourquoi une partie des gains du Cirque a toujours été investie dans des actions charitables ;
  • faire confiance aux jeunes. Ceux qui exercent le pouvoir ont trop tendance à le protéger, au lieu d’apprendre aux autres comment l’exercer, alors que les jeunes ont tant à contribuer ;
  • faire partie de la communauté au sein de laquelle on réalise son activité. Le Cirque a ainsi installé son Siège au coeur de l’un des quartiers les plus pauvres de Montréal. Aux yeux de Laliberté, les gouvernements ne peuvent pas tout faire et les entreprises privées doivent contribuer au bien-être de la Société. Le Cirque produit ainsi des fruits et légumes autour de son Siège qu’il utilise pour les repas de ses artistes et athlètes et qu’il distribue également aux pauvres qui l’entourent.

J’ajouterai une quatrième leçon de management à celles mises en exergue par Guy Laliberté, une leçon qui doit lui paraître tellement naturelle qu’il ne la mentionne même pas alors qu’elle est pourtant au coeur du succès du Cirque. J’ai en effet eu la chance infinie de travailler avec le Cirque du Soleil début 2007 – nous l’avions enrôlé pour donner un spectacle privé lors du lancement français B2B de Windows Vista et Office 2007 alors qu’il ne travaillait jamais à l’époque pour ce genre d’événements corporate. Ce fut l’une de mes expériences professionnelles les plus marquantes. Je découvris alors de l’intérieur les méthodes de travail des membres du Cirque en observant leur travail quotidien et leurs répétitions.

L’un des numéros du spectacle conçu par Le Cirque du Soleil pour le lancement français de Windows Vista et Office 2007

Ce qui me frappa fut l’exigence et la rigueur incroyables dont fait preuve chaque collaborateur, depuis la maquilleuse jusqu’à l’artiste en passant par le producteur du petit spectacle qu’ils avaient développé pour nous. Durant les répétitions par exemple, les numéros étaient rejoués inlassablement jusqu’à ce qu’ils soient réalisés au centimètre près comme le directeur artistique les avait conçus, et ce alors que même une différence de quelques décimètres aurait été imperceptible pour le public.

C’est grâce à cette discipline – et à une créativité jamais prise en défaut – que le Cirque du Soleil est devenu non seulement une entreprise très profitable mais qu’elle a remis une discipline artistique moribonde au centre de l’industrie mondiale du spectacle et qu’elle a créé une culture de marque reconnaissable entre mille.

2 commentaires sur “Un cracheur de feu qui a vraiment fait des étincelles”

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Très intéressant et j’admire egalement à la fois le personnage et les spectacles….seul petit bémol: le prix des places qui est élevés ( en moy sup à 80euros – estimation personnelle) ce qui ne permet pas à tout le monde de voir ce magnifique spectacle et se trouve à mon avis un peu en contradiction avec le point un de l’article de FORTUNE .

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