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Toute vérité n'est que perception

#stopkony

Les réseaux sociaux contribueront-ils à l’arrestation d’un criminel de guerre en le rendant célèbre ?

Joseph Kony est le fondateur et leader du mouvement LRA (Lord’s Resistance Army) qui commet des atrocités en Ouganda, au Congo, en République centrafricaine et au sud du Soudan (voyez cette série de photos, âmes sensibles s’abstenir). La LRA a notamment kidnappé plus de 30 000 enfants pour en faire des soldats et esclaves sexuels.

Invisible Children, l’organisation qui est à l’origine de la campagne “Stop Kony” (hashtag/mot-clic #stopkony sur Twitter), s’attire certes quelques critiques (résumées sur cette page Tumblr) mais sa raison d’être est soutenue par Human Rights Watch et l’Administration Obama. Quoi qu’il en soit, Invisible Children est devenue l’incarnation de ce que l’on appelle aux Etats-Unis le “slacktivism” (fusion des termes “paresseux” et “activisme” traduit le plus souvent en français par “activisme mou”). Cet activisme se caractérise par des mesures qui donnent bonne conscience à leurs auteurs sans que ceux-ci aient d’autre effort à faire que, par exemple, regarder une vidéo ou parler de leur cause sur les réseaux sociaux. Au-delà du jugement de valeur contenu dans le terme “slacktivism”, la vraie question concerne l’efficacité de telles méthodes en comparaison des activismes plus traditionnels.

L’originalité d’Invisible Children, en effet, est de ne pas être une ONG classique. Son initiateur, Jason Russel, est un réalisateur de films. C’est d’ailleurs lui qui a créé la vidéo visible ci-dessous pour promouvoir sa cause. Mise en ligne le 5 mars, elle a déjà été vue plus de 65 millions de fois sur YouTube et promue sur Twitter par des personnalités telles que Bill Gates, Justin Bieber et Rihanna auprès de leurs millions d’abonnés.

Au-delà du débat sur Invisible Children, ce qui m’intéresse dans cette opération est qu’elle représente une campagne de marketing humanitaire inédite.

En premier lieu, l’extraordinaire succès de la vidéo “Kony 2012” sur YouTube, malgré son sujet repoussant, s’explique par sa puissance émotionnelle. Au lieu de décrire les crimes de Kony de manière clinique comme le font la plupart des vidéos du même genre, elle opère un lien très personnel entre le héros du film (le fils du réalisateur) et une jeune victime de Kony. Or rien n’égale l’émotion pour convaincre des gens de s’engager et rien n’est plus efficace qu’une histoire individuelle pour raconter un drame. C’est pourquoi les reportages journalistiques sur les catastrophes naturelles se concentrent toujours sur l’histoire d’une personne ou d’une famille incarnant le drame subi par une collectivité plus large. Le fait que la réalisation de la vidéo soit très efficace ajoute à son impact.

Ensuite, la campagne Stop Kony utilise les réseaux sociaux dans un but sans précédent : rendre célèbre un criminel de guerre. Internet, qui sert si souvent à créer la notoriété de faux héros et d’écervelés en mal de reconnaissance, voit ici son extraordinaire caisse de résonance mise à contribution pour essayer de faire arrêter un monstre qui, bien que recherché par la Cour pénale internationale, profite de l’indifférence générale pour perpétrer ses crimes.

Invisible Children démontre que le lobbying moderne est social. Sa campagne a en effet été beaucoup plus rapide qu’une opération de lobbying classique en convainquant quelques personnalités de la soutenir publiquement sur les réseaux sociaux. Et même si elle recherche aussi des contributions financières, la principale action qu’elle demande à ses supporters est de parler de sa campagne, y compris en inondant les comptes des leaders d’opinion qui furent littéralement ciblés sur les réseaux sociaux. La charge émotionnelle et la simplicité extrême du message et de l’action de la campagne font son succès.

On critique souvent Internet parce que le réseau (et ses principaux acteurs) n’oublient rien – mettez en ligne une photo dégradante de vous sur un réseau social et un employeur potentiel la retrouvera dans dix ans. Mais, dans le cas présent, il est heureux qu’Internet nous aide à ne pas oublier Joseph Kony et ses innombrables victimes.

 

DERNIERE MINUTE (13 MARS 2012)

“Kony 2012“ est la vidéo de l’histoire ayant atteint le plus rapidement (6 jours) 100 millions de vues sur Internet, juste devant Susan Boyle (9 jours) et Lady GaGa (18 jours). C’est donc la vidéo la plus virale de tous les temps.

En outre, Invisible Children a mis en ligne une nouvelle vidéo (voir ci-dessous) qui, malgré son titre (“Merci aux supporters de Kony 2012“), attaque frontalement ses critiques.

2 commentaires sur “#stopkony”

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Ravie que vous ayez publié une analyse aussi objective que pertinente, tout le monde juge le contenu (ce que je ne reproche pas chacun est libre d’aimer ou pas le mélodramz) mais ce qu’on ne peut leur reprocher c’est leur indéniable efficacité! Je dis CHAPEAU ! Pourquoi tant de convoitises et jalousies, ils se sont creusés la tête et on su – enfin – utiliser les réseaux sociaux à des fins utiles, je dis tant mieux et que çà ouvre la voie à d’autres !

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