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Communication.Management.Marketing

Toute vérité n'est que perception

Le meilleur communicant actuel du sport américain

Je vous propose un week-end spécial Super Bowl sur Superception.

L’une des stars de la finale du championnat de football américain qui va se dérouler demain soir à Phoenix (Arizona) sera probablement Richard Sherman*. Défenseur (“cornerback” ou demi de coin) des Seattle Seahawks, il a un parcours peu commun.

Fils d’un éboueur et d’une institutrice auprès d’enfants handicapés, il a tout fait pour briller à l’école – accumulant par exemple les cours en option – et aider ses camarades à y réussir. Ainsi, alors que la plupart des futurs champions sont intégrés dans les meilleures universités américaines grâce à des bourses obtenues en vertu de leurs seuls résultats athlétiques, Sherman fut le premier étudiant depuis 20 ans à être admis au sein de la célébrissime Université de Stanford, la deuxième meilleure université de la planète selon le classement de Shanghai, sur le double fondement de ses performances sportives et scolaires.

L'université de Stanford (Californie) - (CC) Christophe Lachnitt

L’université de Stanford (Californie) – (CC) Christophe Lachnitt

Il se distinguait alors déjà en football américain mais aussi en athlétisme (il était l’un des meilleurs espoirs américains en triple saut). Il obtint à Stanford un diplôme de communication – un présage de ce qui allait suivre – avec une moyenne équivalente à 18 sur 20 et fut dans la foulée sélectionné par l’équipe des Seattle Seahawks pour rejoindre la NFL.

Même s’il n’était pas considéré lors de ce recrutement comme l’une des futures stars de la Ligue, il s’est imposé en trois ans comme l’un de ses meilleurs défenseurs, à tel point que certaines équipes évitent même de lancer des attaques sur son côté du terrain par peur de perdre le ballon.

En octobre 2012, lors de la deuxième saison seulement de Sherman en NFL, les New England Patriots**, l’équipe la plus couronnée des quinze dernières années, perdirent un match contre les novices Seahawks après avoir largement mené au score. Selon le récit qu’en fit Sherman, le quarterback (“quart arrière”, meneur de jeu) star Tom Brady, alors l’un des joueurs rois de la NFL et déjà l’époux du mannequin Gisele Bundchen, prit les joueurs de Seattle de haut avant et pendant le match. C’est pourquoi, au terme de celui-ci, Sherman alla voir Brady et lui cria “U Mad Bro?” (“T’es furieux, mec ?“), mettant en ligne une photo légendée de la scène (voir ci-dessous) sur son compte Twitter.

You Mad Bro?

Sherman exprima en une phrase et une photo le rejet d’une partie de l’Amérique pour une équipe et un joueur considérés – à tort ou à raison – comme élitistes et arrogants. Le jeune défenseur inconnu fit ainsi irruption sur la scène médiatique – qu’il n’allait plus quitter – aussi rapidement que son “U Mad Bro?” entra dans la culture populaire américaine.

La puissance médiatique de Sherman fut depuis lors nourrie par sa capacité à conjuguer des performances exceptionnelles sur les terrains (où il est considéré comme le meilleur de la Ligue à son poste) et des prises de parole médiatiques alternant provocation et réflexion. Ses bravades verbales lui assurent d’être remarqué, l’intelligence de ses observations leur garantissent d’être retenues.

L’an dernier, Sherman joua un rôle décisif dans l’accès de son équipe au Super Bowl et la première victoire de l’histoire du club dans cette finale. Il gratifia le public américain d’un autre feu d’artifice médiatique (voir la vidéo ci-dessous) après la demi-finale dont il réalisa l’action décisive. Cette auto-proclamation lui valut peut-être autant d’ennemis que de fans. Mais elle en fit une star nationale car elle confirma que, avec Sherman, on ne s’ennuie jamais.

S’il n’était qu’une grande gueule égocentrique, Richard Sherman n’aurait aucun intérêt. Il est devenu un phénomène parce qu’il utilise sa surface médiatique pour se faire la conscience de la NFL et animer le débat outre-Atlantique. Ces derniers temps, il s’en est pris avec courage et justesse au patron de la NFL, Roger Goodell, dont je vous ai déjà entretenu des dérapages.

La NFL n’est pas du tout organisée sur le même mode de fonctionnement que les fédérations sportives auxquelles nous sommes habitués en Europe. Elle vise un contrôle absolu de l’activité et de l’expression publique de ses joueurs et n’est pas avare de sanctions en tout genre pour exercer cette emprise. Pourtant, comme l’a relevé Bloomberg, Sherman est peut-être le sportif le plus franc outre-Atlantique et il challenge davantage la NFL que ne le font les médias.

Dans ce cadre, Sherman a récemment signé un éditorial dans le plus grand magazine de sport américain, Sports Illustrated, dont il a d’ailleurs refusé de faire la couverture seul, préférant apparaître avec ses coéquipiers de la défense des Seahawks. Dans ce texte remarquable, il mène une réflexion sur son évolution personnelle et exprime avec force des valeurs (esprit d’équipe, éthique, travail, respect, éducation et instruction) rares dans son milieu.

Richard Sherman cette semaine lors du traditionnel "Media Day" qui précède le Super Bowl - (CC) WEBN-TV

Richard Sherman cette semaine lors du traditionnel “Media Day” qui précède le Super Bowl – (CC) WEBN-TV

Ces valeurs, il les pratique dans le cadre de sa Fondation Blanket Coverage dont la mission est de transmettre aux enfants des quartiers difficiles l’importance d’étudier et de leur donner les moyens matériels (livres, fournitures…) de ce faire. Cette fondation “est considérée comme l’une des plus influentes et altruistes du sport américain” (Bloomberg).

* S’il joue la finale car il est possible que sa compagne accouche pendant le match.

** L’équipe que les Seahawks vont rencontrer demain soir lors du Super Bowl.

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