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Toute vérité n'est que perception

L’irresponsabilité est-elle consubstantielle au journalisme ?

Alors que le journalisme est menacé économiquement et déontologiquement par les effets de la révolution numérique, la propension d’une partie de ses praticiens à refuser d’assumer leurs erreurs est de plus en plus dangereuse pour l’ensemble de la profession.

J’évoquais il y a deux mois sur Superception le cas de Brian Williams, le présentateur du journal télévisé du soir le plus regardé outre-Atlantique, qui a menti à l’antenne sur sa couverture de l’actualité afin de se faire mousser.

J’écrivais alors :

La mission des journalistes est de rendre compte des faits. Plus complexes ceux-ci sont, plus important le rôle des journalistes est. Leur capacité à relater l’actualité de manière fiable constitue l’un des piliers de toute démocratie car elle assure que les citoyens connaissent la vérité quand ils votent. C’est pourquoi les médias sont désignés comme le quatrième pouvoir.

Or le pouvoir donne des responsabilités.

Les journalistes doivent rendre des comptes lorsqu’il est prouvé qu’ils ont déformé la vérité. C’est généralement ce qui arrive dans les médias sérieux car ces derniers sont conscients que leur crédibilité est alors en jeu“.

A cet égard, j’estimais que Williams devrait être démis de ses fonctions. Il ne fut finalement suspendu que pour six mois par la direction de la chaîne NBC.

Un autre méfait journalistique a fait cette semaine la Une de l’actualité médiatique aux Etats-Unis : il concerne l’article publié le 19 novembre dernier par le magazine Rolling Stone (“A Rape On Campus“) sur un viol collectif censément commis au sein de l’Université de Virginie. The Columbia Journalism Review – émanation de l’Ecole de journalisme de l’Université Columbia (New York) – vient en effet de rendre publique son enquête à ce sujet.

(CC) Rolling Stone via CNN

(CC) Rolling Stone via CNN

Cette investigation montre la faillite journalistique constituée par le reportage de Rolling Stone, et ce alors que celui-ci généra plus de 2,7 millions de vues sur le web, le record pour un article du magazine qui n’est pas consacré à une célébrité.

Incidemment, Rolling Stone, contrairement à ce que son nom pourrait laisser accroire, dispose d’une longue tradition de journalisme d’investigation dans les domaines sociétaux et politiques.

Mais l’auteure de l’article et la direction éditoriale du magazine ont lourdement failli. Ils furent d’ailleurs eux-mêmes assez prompts à s’en rendre compte suite aux vérifications élémentaires menées par d’autres médias et récusèrent leur propre article dès le 4 décembre (le retirant également de leur site web). Au mois de mars dernier, la police locale conclut une enquête de quatre mois en affirmant que le viol relaté dans Rolling Stone n’avait pas eu lieu.

L’investigation menée par The Columbia Journalism Review démontre combien cette déroute journalistique n’est pas liée à un manque de ressources et aurait pu être évitée si Rolling Stone avait appliqué le B-A-BA de la profession.

Au lieu de cela, le magazine fonda l’ensemble de son reportage sur le seul témoignage de la victime supposée et ne chercha pas réellement à rencontrer les autres acteurs du drame imaginaire, au premier rang desquels les prétendus accusés et témoins. S’il l’avait fait, comme ses confrères et les membres de l’Ecole de journalisme de l’Université Columbia, il aurait très vite réalisé la supercherie.

Aujourd’hui, la direction de Rolling Stone affirme que cet épisode ne lui impose ni sanctions disciplinaires contre les personnes impliquées dans ce fiasco ni révision de ses méthodes éditoriales.

Outre le fait que cette assertion constitue la plus mauvaise manière de recouvrer sa crédibilité, elle constitue une double offense :

  • contre le journalisme dans son ensemble qui, alors qu’il est menacé par le développement du journalisme citoyen et par la gratuité de l’information sur les supports numériques, doit toujours davantage prouver sa valeur ajoutée ;
  • contre les vraies victimes de viol dont le faux témoignage paresseusement promu par Rolling Stone affaiblit la crédibilité. Or, selon les études, seulement entre 2 et 8% des témoignages de victimes de viol sont sans fondement.

Victor Hugo a écrit que

Tout ce qui augmente la liberté augmente la responsabilité“.

Il n’est que temps que la presse, qui représente l’un des principaux piliers de la liberté démocratique, revienne à ce principe fondateur.

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