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Lecture : “Destiny And Power: The American Odyssey Of George Herbert Walker Bush” par Jon Meacham (2015, 864 pages)

Une lecture qui m’inspire plusieurs réflexions sur la politique américaine actuelle… et sur Donald Trump.

Jon Meacham est un journaliste et éditeur américain.

Cet ouvrage est la première biographie majeure de George H.W. Bush, quarante-et-unième Président des Etats-Unis et, accessoirement, père de George W. Bush.

George H.W. Bush, un parcours remarquable

La vie de George H.W. Bush épouse l’histoire moderne américaine : un jeune homme de bonne famille engagé volontaire dans l’Armée le jour de ses 18 ans au lendemain de Pearl Harbor alors que tout le portait à poursuivre ses études, plus jeune pilote de l’Amérique qui se sauva de justesse après que son avion eut été abattu par les Japonais lors de sa cinquante-huitième mission de combat, qui, après la guerre, partit travailler et créer une entreprise au fin fond du Texas au lieu d’accepter les ponts d’or que Wall Street lui proposait, puis qui s’engagea en politique où il assuma une série de responsabilités sans équivalent : député, ambassadeur aux Nations Unies, Président du Parti républicain, Représentant des Etats-Unis en Chine (où l’Amérique ne comptait pas à l’époque d’ambassadeur), Directeur de la CIA, Vice-Président (de Ronald Reagan) et, enfin, Président.

Au-delà de ce curriculum vitae remarquable, George H.W. Bush fut aussi et surtout un homme intègre, modeste et désintéressé. Son parcours ne fut pas exempt de quelques – très rares – dérives politiciennes mais il fut le plus souvent exemplaire.

C’est d’ailleurs Barack Obama, cité dans l’ouvrage de Jon Meacham, qui parle le mieux de son prédécesseur :

On estime le bilan d’un Président à sa capacité à placer l’intérêt du pays avant toute autre considération. 

Tout au long de sa vie, c’est ce que fit George H.W. Bush, avant d’être Président, pendant son mandat et depuis lors“.

Destiny and Power

George H.W. Bush, l’anti-Donald Trump

Naturellement, une telle vie est d’autant plus marquante qu’elle contraste avec la pratique politique actuelle.

On galvaude aujourd’hui la qualité de “serviteur de l’Etat” en l’attribuant trop souvent à des dirigeants politiques qui ne voient dans l’Etat que le moyen d’assouvir leur ambition.

C’est pourquoi je préfère personnellement le concept de serviteur de la Nation, qui fait référence aux bénéficiaires ultimes de l’action politique – les citoyens – et aux valeurs qui les rassemblent plutôt qu’à un instrument de pouvoir plus ou moins dévoyé.

A cet égard, George H.W Bush est l’anti-Donald Trump.

L’irruption de ce dernier au premier plan, que j’analyse depuis plusieurs mois déjà sur Superception, est le révélateur, comme d’autres poussées populistes à travers le monde, du rejet de l'”établissement” par le peuple (en partie ou en majorité).

Cette nouvelle forme de lutte des classes fait d’ailleurs fi, à l’égard de Donald Trump et de certains de ses homologues internationaux, de toute notion de classe sociale pour se concentrer sur celle de classe politique.

La répartition du pouvoir politique prédomine désormais sur celle du pouvoir économique dans les réflexions citoyennes. La représentation devient un sujet plus brûlant que la production. Hobbes a remplacé Marx au centre du débat.

L’appréhension de la vie de la Cité en est bouleversée. Les élites politiques et médiatiques courent derrière un peuple qu’elles ont tenu à distance de leurs préoccupations et qui a décidé de faire de cet éloignement un affranchissement.

Cette émancipation du corps électoral concerne à la fois son rapport aux dirigeants et parfois aussi celui à ses propres convictions. L’exemple américain est à cet égard éclairant : les sympathisants conservateurs privilégient désormais la colère sur la pureté idéologique portée par le mouvement Tea Party1 qui avait envahi le Parti républicain ces dernières années.

La doxa de Donald Trump n’est en effet rigoureusement républicaine, pour ne prendre que quelques exemples, ni sur le rôle du gouvernement ni sur Israël ni sur la politique commerciale ni sur le planning familial ni sur l’assurance maladie ni, peut-être, sur l’immigration (si le contenu des enregistrements du New York Times est avéré).

Dans un absolu paradoxe gaullien, c’est le système des primaires qui encadre, outre-Atlantique, la rencontre d’un homme et d’un peuple. Il permit il y a trente-cinq ans à George H.W. Bush de déjouer les pronostics pour devenir Vice-Président de Ronald Reagan. Il favorise aujourd’hui la prise de contrôle de Donald Trump sur un Parti républicain déboussolé.

Pour revenir au livre de Jon Meacham, il est, comme d’habitude avec l’auteur, extrêmement complet. Meacham eut d’ailleurs accès au journal personnel de George H.W. Bush, qui fournit un éclairage unique sur sa vie et sa Présidence.

Destiny and Power” m’a semblé plus abouti que la biographie que l’auteur avait consacrée à Thomas Jefferson (que j’avais commentée ici), même si le récit l’emporte une nouvelle fois sur l’analyse politique.

NOTE : B.

1 Qui milite pour une réduction majeure du rôle et des dépenses de l’Etat fédéral et des vues sociétales généralement extrêmement conservatrices. Il est très bien représenté par Ted Cruz, le Sénateur du Texas, candidat face à Donald Trump dans la primaire républicaine.

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