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Toute vérité n'est que perception

Les trois leçons de management de Michael Jordan

Si vous ambitionnez d’être un leader ou que vous managez des leaders, la vision du plus grand sportif de tous les temps quant à son rôle au sein de son équipe peut vous être utile.

Le documentaire “The Last Dance” diffusé sur Netflix en dix épisodes de presque une heure chacun propose une plongée fascinante dans la carrière de Michael Jordan.

Le plus grand sportif de tous les temps

Il détient un palmarès royal au sommet duquel figure un triptyque irréel : six finales de NBA jouées, six championnats gagnés et six titres de meilleur joueur des finales remportés. Aucun autre sportif ne présente un tel bilan collectif et individuel sans faute à un tel niveau de compétition.

Ses performances durant ces six finales furent sans équivalent (points-rebonds-passes décisives) :

  • 1991 : 31-7-11.
  • 1992 : 36-5-6.
  • 1993 : 41-9-6.
  • 1996 : 27-5-4.
  • 1997 : 32-7-6.
  • 1998 : 34-4-2.

Soit, au total, sur 35 matches (les séries de playoffs et les finales de la NBA se jouent en quatre matches gagnants) : 34 points, 6 rebonds et 6 passes décisives.

Entre ces deux séries de trois titres consécutifs, il fit sensiblement évoluer son jeu, moins explosif et aérien en 1996-1998 qu’en 1991-1993. Cela ne l’empêcha cependant pas d’être dix fois le meilleur marqueur annuel de la NBA, dont sept fois consécutivement. John Salley, qui l’avait affronté avec les Detroit Pistons dans la première partie de sa carrière, disait de Jordan : “Vous devez l’arrêter avant qu’il ne s’envole. Parce que, vous savez, il n’est pas humain“. Dans la deuxième partie de sa carrière, il fut peut-être plus humain à cet égard mais compensa en ayant recours à son adresse au tir, son intelligence de jeu, son esprit de compétition et son expérience, comme le montre son dernier match avec les Bulls, le sixième affrontement de la finale 1998 contre les Utah Jazz.

Scottie Pippen était très diminué par une blessure au dos et Dennis Rodman admettra ensuite avoir été épuisé. Alors âgé de 35 ans et au terme d’une troisième saison d’affilée à 100 matches, Jordan dut gérer son effort. Pourtant, il gagna la rencontre presque à lui tout seul. Il marqua 45 points et prit les choses en main lorsque les Bulls furent menés de trois points à 40 secondes de la fin : iI marqua un panier, revint défendre, vola le ballon au meilleur joueur des Utah Jazz, Karl Malone, et traversa le terrain pour enchaîner avec un second panier après un dribble imparable. Aucun de ses coéquipiers ne toucha le ballon durant ces trois dernières actions devenues la séquence la plus légendaire de l’histoire de ce sport. Une célèbre photo prise juste au moment du dernier shoot de Jordan montre d’ailleurs les supporters des Utah Jazz désespérés (le match se jouait à Salt Lake City) et un fan des Bulls extatique : tous savaient déjà que Jordan allait marquer.

En huit ans, “Air Jordan” éteignit huit équipes, pourtant remarquables, qui ne s’en remirent pas : les Detroit Pistons d’Isiah Thomas (1991), les Los Angeles Lakers de Magic Johnson (1991), les New York Knicks de Patrick Ewing (1991-1992), les Portland Trail Blazers de Clyde Drexler (1992), les Phoenix Suns de Charles Barkley (1993), les Orlando Magic de Shaquille O’Neal (1996), les Utah Jazz de Karl Malone (1997-1998) et les Indiana Pacers de Reggie Miller (1998).

Ce faisant, il vainquit tous les joueurs qui lui furent opposés et priva notamment de titres NBA durant son ère : Charles Barkley (0 titre NBA), Clyde Drexler (1 titre NBA durant l’absence de 21 mois de Jordan, parti jouer au baseball), Patrick Ewing (0 titre NBA), Karl Malone (0 titre NBA), Reggie Miller (0 titre NBA), Gary Payton (1 titre NBA après la retraite de Jordan), Mitch Richmond (1 titre NBA après la retraite de Jordan) et John Stockton (0 titre NBA).

“MJ” incarne aussi l’axiome selon lequel les plus grands joueurs brillent dans les plus grands moments1. Plus les matches étaient importants, meilleur il était, ainsi qu’en témoignent ses statistiques de points marqués :

  • 30,1 en moyenne par match durant sa carrière (il détient toujours le record de la NBA à cet égard).
  • 33,4 en moyenne par match de playoff durant sa carrière.
  • 33,6 points en moyenne par match de finale NBA durant sa carrière.

En outre, il créa plus de moments iconiques que n’importe quel autre sportif : le match à 63 points contre les Boston Celtics, le concours de dunks de 1987, “The Shot” (le tir) en playoff contre les Cleveland Cavaliers en 1989, le changement de main en plein “vol” durant la finale de 1991, les six tirs à trois points dans le premier match de la finale de 1992 et la moue qui les accompagna, la moyenne de 41 points durant les matches des finales de 1993, les 72 victoires (sur 82 matches) dans la saison régulière 1996, “The Flu Game” (match joué alors qu’il souffrait d’une intoxication alimentaire et au cours duquel il inscrit 38 points) dans les finales de 1997, ainsi que l’interception et le dernier panier des finales de 1998.

Enfin, il transforma le basketball pour toujours, le faisant passer d’un sport reposant sur la taille et la force des joueurs à un jeu fondé sur leur agilité et leur vitesse.

Michael Jordan – (CC) Walter Iooss, Jr.

Au final, Michael Jordan, ce sont ses rivaux pour le titre de plus grand joueur de tous les temps – qu’il ne revendique d’ailleurs jamais, faisant toujours référence aux champions qui l’ont précédé – qui en parlent le mieux.

Ainsi de Kobe Bryant dans “The Last Dance” :

Je déteste vraiment débattre de qui, entre Michael et moi, gagnerait un duel en un contre un. Il y a des fans qui me disent : ‘Kobe, tu battrais Michael’. Mais, en réalité, ce que vous me voyez faire provient de lui. Je n’aurais pas gagné cinq titres NBA sans lui. Il m’a tant guidé et donné des conseils si précieux“.

Ainsi de Lebron James dans une interview sur ESPN après la diffusion de “The Last Dance” :

J’ai grandi dans des conditions très difficiles et sans père. Enfant, je cherchais toutes les formes d’inspiration que je pouvais trouver. Les sportifs et les musiciens vous donnent cette conviction que vous pouvez devenir ce que vous rêvez d’être, quelle que soit votre aspiration.

Michael Jordan était cet ange tombé du ciel que j’ai utilisé pour traverser certaines des périodes les plus difficiles que j’ai connues dans mon enfance. Regarder jouer Michael me donnait un surplus de vie, me faisait ressentir que je pouvais m’extraire de la situation dans laquelle j’étais.

Quand il s’est arrêté une première fois, je me suis demandé qui allait m’inspirer. Et j’ai pleuré. J’avais neuf ans à l’époque et j’avais besoin d’être inspiré par quelqu’un. Il était devenu le père dont j’avais besoin, mon frère, mon coéquipier, mon pasteur et mon super-héros. J’avais deux super-héros en grandissant : Batman et Michael Jordan.

Deux personnes que j’ai rencontrées ont changé ma vie : mon épouse en 2002 et Michael Jordan en 2001. Lorsque je l’ai vu pour la première fois, je ne pouvais littéralement pas croire que c’était lui. Il était ‘Black Jesus’ pour moi [cf. infra]. Je ne pensais pas qu’il était réel. Je pensais qu’il vivait seulement dans la télévision, dans les matches, les publicités et les films qu’il faisait. Lorsque je l’ai vu, je me suis dit que j’aurais pu mourir heureux ce jour-là“.

Un autre témoignage dans “The Last Dance” rend compte de l’influence de Michael Jordan au-delà du sport. Il émane de l’ancien Président Barack Obama :

Il y a de grands champions qui n’ont pas d’impact au-delà de leur sport. Et puis il y a quelques figures du sport qui représentent une force culturelle au-delà de leur discipline. Michael Jordan aida à créer une manière différente de voir les athlètes Afro-Américains et une manière différente de voir le sport comme partie intégrante du business du divertissement. Il devint un extraordinaire ambassadeur, non seulement pour le basketball mais aussi pour les Etats-Unis à l’étranger et la diffusion de la culture américaine à travers le monde. Michael Jordan et les Bulls ont changé la culture“.

“MJ” combinait à un niveau sans précédent le talent gestuel, les aptitudes physiques, la force mentale, l’intelligence, l’éthique de travail, l’esthétique et le charisme magnétique. Ce documentaire confirme que sa réalité correspond à sa mythologie. Il révèle aussi trois leçons de management que l’on peut apprendre de Michael Jordan si l’on ambitionne d’être un leader au sein de son entreprise ou que l’on manage des leaders.

Première leçon : un leader se distingue par sa capacité à s’auto-motiver

La clé du succès des leaders est de s’auto-motiver. Ils ne travaillent pas pour recueillir l’assentiment de tel ou tel mais pour dépasser leurs propres limites et réaliser le meilleur dont ils sont capables.

La faculté de Michael Jordan dans ce domaine est incompréhensible pour le commun des mortels. Comme le souligne le journaliste sportif Michael Wilbon dans “The Last Dance“, “il était prêt à tout pour se mettre dans l’état qui lui permettrait de vous battre“.

Il faut dire que “MJ” ne manquait jamais un match, et ce même sur la fin de sa carrière : durant ses trois dernières saisons avec les Bulls, alors qu’il avait 33, 34 et 35 ans respectivement, il joua les 304 matches que l’équipe disputa. Or il voulait donner son meilleur à chaque sortie pour ne pas décevoir le public qui avait payé pour le voir. Il jouait donc chaque match comme si c’était son dernier.

Comment rester motivé quand on domine tous les autres joueurs comme Michael Jordan ? En se créant des challenges, parfois à partir de presque rien. Quelques anecdotes parmi tant d’autres illustrent cette approche du sportif le plus compétitif qui ait jamais vécu :

  • En 1986, pour ses premiers playoffs en NBA, Jordan rencontra les tout-puissants Boston Celtics, considérés comme l’une des plus fortes équipes de l’histoire du basket. Il revenait alors d’une absence de cinq mois en raison d’une fracture au pied. Il marqua pourtant 49 points dans le premier match de la série. La veille du deuxième match, Jordan joua au golf avec Danny Ainge, l’un des joueurs de Boston. Il perdit quelques paris et annonça qu’il se vengerait le lendemain : il marqua 63 points, établissant un record de points inscrits dans un match de playoff. C’est après ce match que Larry Bird, légende du jeu à l’époque, déclara qu’il n’avait jamais vu un joueur jouer ainsi et que celui qu’il venait d’affronter sur le parquet était “Dieu déguisé en Michael Jordan“.
  • Au cours de la présaison 1988, lors du premier match de sa carrière contre les Bulls, le futur Hall-of-Famer Reggie Miller commença très fort alors que Michael Jordan prit un départ plus lent. A la mi-temps, Miller avait marqué 10 points et Jordan 4. Celui-là provoqua alors verbalement celui-ci. Conséquence, dans la deuxième mi-temps, Miller marqua 2 points et Jordan 40. A la mi-temps, Miller avait dit à Jordan : “Alors, c’est vraiment toi qui marche sur l’eau ?“. A la fin du match, Jordan lui répondit sur le même ton : “On n’invective pas le Jésus noir“. Ce surnom de Black Jesus fut adopté par Miller, puis beaucoup d’autres joueurs de la NBA, pour qualifier Michael Jordan.
  • Dans le premier match des finales 1992, après que les médias eurent tout fait pour promouvoir une supposée rivalité entre Michael Jordan et Clyde Drexler et après que Portland eut annoncé sa stratégie de forcer les Bulls à marquer à trois points, Michael Jordan marqua 39 points contre 16 pour Drexler et battit le record du nombre de paniers à trois points inscrits dans une mi-temps de match de playoff.
  • Avant la série des finales 1996 contre les Seattle Supersonics, les Bulls et George Karl, l’entraîneur des Supersonics, se retrouvèrent par hasard dans le même restaurant. Karl passa devant la table de Jordan sans le saluer alors qu’ils se connaissaient bien. “MJ” venait de trouver sa source de sur-motivation.
  • Après qu’il eut quitté la NBA pour se consacrer au baseball (cf. infra), Jordan rencontra les joueurs de l’équipe des Utah Jazz qui s’entraînaient dans le même complexe que lui. Il alla leur dire bonjour et fut titillé par Bryon Russell, l’un de leurs “rookies” (joueurs de première année) : “Pourquoi as-tu quitté la NBA ? Tu savais que je pouvais défendre contre toi, donc tu es parti“. Quelques années plus tard, en 1997, lorsqu’ils se retrouvèrent en finale, Jordan n’avait pas oublié Bryon Russell. Il lui fit vivre une mauvaise série, le dribblant notamment pour inscrire le panier gagnant du premier match à la dernière seconde de celui-ci. Et c’est de nouveau lui qu’il éliminera pour inscrire les deux paniers décisifs du dernier match de la finale de 1998.

Michael Jordan – (CC) Andrew D. Bernstein/NBA/ESPN

Le plus étonnant est que Michael Jordan ne limitait pas cette pratique au seul basketball, comme en témoigne une scène avec Brooks Koepka, un an avant que celui-ci ne devienne numéro mondial de golf. A la quasi fin d’un parcours de 18 trous dans lequel le golfeur avait logiquement dominé le basketteur, Koepka provoqua verbalement Jordan. Celui-ci lui répondit en pariant avec lui qu’il remporterait les deux derniers trous… et gagna son pari.

Plus étonnant encore, “MJ” ne se contentait pas d’utiliser la moindre anicroche pour se motiver. Lorsqu’il n’en trouvait pas, il les inventait comme l’illustre l’un des plus fameux épisodes à cet égard. En 1993, les Wizards battirent les Bulls chez eux à Chicago. LaBradford Smith, un “rookie”, réalisa une performance jordanesque avec 37 points alors que le vrai Jordan ne marquait “que” 25 points. Jordan raconta ensuite que Smith, en sortant du terrain, l’avait félicité en lui disant : “Bon match”. Il annonça à ses coéquipiers que, le lendemain, à Washington, il marquerait autant de points en première mi-temps que Smith durant tout le match à Chicago. Chose promise, chose due : il marqua 36 points dans la première mi-temps. Quelques décennies plus tard, Jordan révélera que Smith ne l’avait jamais félicité ainsi. Il avait inventé cette histoire pour se motiver.

La pratique de Michael Jordan était si redoutable que les entraîneurs des autres équipes de la NBA ordonnèrent à leurs joueurs de ne surtout le provoquer en aucune manière afin de ne pas déclencher ce surplus de motivation synonyme de défaite pour eux. C’était aller à l’encontre de la culture de la ligue qui est l’une des organisations sportives où la provocation verbale est la plus répandue et la plus féroce.

Pourtant, en 2001, alors qu’il envisageait un deuxième retour en NBA au sein de l’équipe des Washington Wizards dans le capital de laquelle il avait pris une participation, Michael Jordan fut provoqué par Paul Pierce, une jeune star qui n’avait manifestement pas reçu les instructions concernant l’icône : “Tu ferais mieux de ne pas revenir, c’est notre ligue désormais. On ne voudrait pas te ridiculiser“. Entendant l’échange, Jim O’Brien, l’entraîneur de Pierce, vint l’écarter de Jordan et le morigéna : “Ne lui parle jamais. Tu m’entends ? C’est LA personne que tu ne provoques pas“. Avant cette intervention, Jordan avait eu le temps de rétorquer à, Pierce : “Quand est notre premier match contre vous ? Je mettrai un point d’honneur à vous marquer 40 points“. La crainte qu’inspirait Jordan était donc si forte qu’elle animait encore le coach de l’une des plus grandes équipes de la NBA alors que “MJ” avait 38 ans et n’avait pas joué au basket depuis plus de trois ans. Cette peur, cependant, n’était pas infondée. Dans seulement son cinquième match après son retour, Jordan tint (presque) sa promesse : il marqua 32 points à Boston face aux Celtics de Paul Pierce.

L’esprit de compétition de “MJ” ne concernait d’ailleurs pas que le basket : un jour, il perdit au ping pong dans une partie jouée pour se distraire contre l’un de ses coéquipiers. Il acheta alors une table de ping pong et devint le meilleur pongiste des Chicago Bulls.

Dans “The Last Dance“, Jordan explique ce caractère par le besoin, enfant, de recueillir l’assentiment de son père, alors qu’il était le plus jeune de ses trois fils :

Je ne pense pas, d’un point de vue compétitif, je serais ce que je suis devenu sans les confrontations sportives avec mon frère. Lorsque vous affrontez quelqu’un que vous adorez, cela met le feu en vous. Et je pensais toujours que je luttais avec Larry pour l’attention de notre père. C’était extrêmement important parce que je voulais cette approbation et la confiance qu’elle procure. De ce fait, ma détermination à être aussi bon, voire meilleur, que mon frère fut sans limite“.

C’est ainsi que, devenu basketteur, Jordan mit tout en oeuvre pour gagner. Tous les joueurs voulaient gagner mais aucun ne consentait autant d’efforts et de sacrifices que lui pour parvenir à ses fins, et ce alors même qu’il était de loin le plus doué de tous. C’est ainsi que, en trouvant des sources de motivation dérisoires ou même imaginaires, il parvenait à produire des performances exceptionnelles dans des matches pourtant sans enjeu particulier dans la saison des Bulls.

Michael Jordan est le plus grand tueur de l’histoire du sport, pas un vrai assassin comme O.J. Simpson, mais un tueur de parquet, capable d’anéantir un joueur ou d’achever une équipe lorsqu’il le décidait. C’est d’ailleurs le plus étonnant dans sa pratique du jeu : comme le montrent les épisodes relatés ci-dessus, il était capable de tourner un interrupteur, à volonté, et de se transformer, tel l’incroyable Hulk, en force invincible. Il trouva même cet interrupteur dans le fameux “Flu Game”, le cinquième match des finales 1997 (cf. infra), au cours duquel il marqua 38 points, y compris le panier décisif à quelques secondes de la fin du match.

La détermination de Michael Jordan était telle que ses coéquipiers le voyaient presque comme un androïde, comme en atteste le témoignage de Will Perdue au sujet des pleurs que “MJ” partagea avec son père après le gain de son premier championnat NBA :

Tout le monde connaît l’image de Michel Jordan marquant le panier décisif pour battre Cleveland [dans les playoffs 1989] et célébrant de manière très combative [voir ci-dessous]. C’est celui que nous connaissions. Le Michael Jordan compétitif, celui qui veut gagner à tout prix. Parfois, nous nous demandions s’il était humain, s’il ressentait des émotions. Il était entièrement focalisé sur une seule chose. La seule émotion que nous avions observée chez lui était la colère ou la frustration. Nous fûmes sidérés lorsque nous le vîmes montrer autant d’émotions [avec son père]“.

Michael Jordan – (CC) Ed Wagner Jr./Chicago Tribune/Getty Images

Deuxième leçon : un leader élève les membres de son équipe

Jordan comprit assez rapidement avec l’aide de l’entraîneur Phil Jackson que ses dispositions uniques ne lui suffiraient pas à gagner seul des championnats, même si, dans certains moments décisifs, il donnerait parfois l’impression de se suffire à lui-même (cf. la finale de 1998). En 1988, par exemple, il réalisa une saison phénoménale en remportant les titres de meilleur joueur de la saison régulière (MVP), meilleur marqueur (c’est-à-dire meilleur attaquant), meilleur défenseur, meilleur joueur du All-Star Game (MVP) et lauréat du concours de dunks. Mais les Chicago Bulls furent éliminés au deuxième tour des playoffs. Or il lui importait de gagner plus que tout.

Il était également convaincu que le talent ne sert à rien sans travail et était plus exigeant avec lui-même encore qu’avec les autres. Comme le souligne Doug Collins, l’un de ses premiers entraîneurs au sein des Chicago Bulls, dans “The Last Dance” : “Il considérait que le plus grand respect dont vous puissiez faire preuve à l’égard d’un grand joueur est de le coacher et d’être très dur avec lui“.

De leader-soliste de son équipe, il se transforma ainsi en leader-chef d’orchestre au service d’un objectif collectif plus grand que chacun des membres de celui-ci. Ce faisant, il se mit au service de l’équipe et de ses coéquipiers, s’évertuant à faire grandir chacun d’eux. C’est une démarche opposée de celle adoptée par certaines stars du sport qui se croient plus important que le collectif. On peut citer à cet égard l’exemple de Lionel Messi, qui s’évertue, depuis qu’il a pris l’ascendant sur les équipes du FC Barcelone et de l’Argentine, à en écarter les joueurs susceptibles de lui faire de l’ombre.

Jordan, loin de se protéger, voulait au contraire que ses coéquipiers lui résistent le plus possible, qu’ils s’endurcissent et s’améliorent à ses côtés pour pouvoir affronter leurs adversaires les plus coriaces sur les parquets de la NBA. Et il s’investissait au quotidien pour les aider à donner leur meilleur dans un chaperonnage qui fut souvent loin d’être facile à vivre pour eux, tant il était perfectionniste. Plusieurs d’entre eux ont témoigné à ce sujet dans “The Last Dance” ou après la diffusion du documentaire2.

Scottie Pippen :

Michael n’autorisait presque aucune erreur. Il m’apprit à être plus constant en salle d’entraînement et il passa beaucoup de son temps à m’aider à bâtir la confiance en moi dont j’avais besoin“.

B.J. Armstrong :

Scottie Pippen bénéficia de jouer avec Michael Jordan davantage qu’aucun autre joueur. Scottie avait des capacités athlétiques hors du commun. Mais il n’avait pas ce que Michael nous apportait chaque jour : la détermination à être le meilleur possible chaque jour, la focalisation mentale sur la compétition. Fréquenter Michael tous les jours fit émerger ces qualités en nous“.

Michael Jordan – (CC) Nathaniel S. Butler/NBAE/Getty Images

Scott Burrell :

Il fit de moi un joueur meilleur. Il me challengea comme personne ne l’avait fait auparavant. Il me poussa à être le meilleur joueur que je pouvais devenir. Personne ne l’avait jamais fait avec moi.

Lorsque je rejoignis les Bulls, il voulut me préparer à affronter les adversaires que nous allions rencontrer au cours de la saison et dans les playoffs. Les matches étaient plus faciles pour nous parce que nous savions que Michael ne pouvait pas nous pousser autant que durant l’entraînement.

Certaines personnes considèrent que Michael nous maltraitait. Je pense qu’il nous challengeait juste à être la meilleure version possible de nous-mêmes“.

Will Perdue :

Hors du terrain, il était chaleureux et gentil. Mais, en tant que coéquipier, il avait certaines attentes. […] A l’entraînement, il se comportait comme un connard et il exagérait souvent mais, avec le temps qui passe, vous repensez à ce qu’il essayait d’accomplir et vous vous dites qu’il était un coéquipier extraordinaire. […] Les gens disent qu’il était un tyran. Je n’ai jamais envisagé les choses de cette manière. Je considérais qu’il essayait de motiver ses coéquipiers. Vous deviez vous adapter à son style. […] Je pense à ce qu’il m’a appris en tant que personne et compétiteur : il était la définition du mot ‘intensité’. Sa détermination à gagner à tout prix était sans concession. Beaucoup de gens disent qu’ils veulent gagner mais ne consentent pas les sacrifices pour ce faire. Lui donnait tout”.

Dans “The Last Dance“, un Michael Jordan très ému reconnaît la difficulté de son mode de leadership :

Gagner a un coût. Le leadership a un coût. J’ai pressé mes coéquipiers quand il n’en avait pas envie. Je les ai challengés quand il ne voulait pas l’être. Et j’ai gagné ce droit parce qu’ils arrivaient après moi au centre d’entraînement. Ils n’enduraient pas ce que je m’imposais.

Une fois que vous rejoigniez l’équipe, vous deviez jouer au niveau d’exigence qui était le mien et je n’allais pas me contenter de quelque chose d’inférieur. Si cela signifiait que je devais vous pousser dans vos retranchements, je le faisais. Mais vous pouvez demander à tous mes coéquipiers de l’époque : je ne leur demandais jamais de faire quoi que ce soit que je ne faisais pas moi-même.

Certaines personnes, en regardant cet entretien, vont se dire que je n’étais pas sympathique et que j’étais même peut-être un tyran. Mais elles n’ont rien gagné. Je voulais gagner mais je voulais embarquer mes coéquipiers avec moi pour qu’ils gagnent. C’est ainsi que je jouais. C’était ma mentalité. Si vous ne voulez pas jouer de cette manière, ne le faites pas”.

A cet égard, l’exemple le plus célèbre de la sévérité de Jordan avec ses coéquipiers a trait à un incident avec Steve Kerr au cours duquel il le provoqua verbalement et physiquement lors d’un entraînement pour l’endurcir. La séquence se termina par un échange de coups et un oeil au beurre noir pour Kerr. Jordan l’appela pour s’excuser après l’entraînement et la relation entre les deux franchit un palier suite à cet incident : en lui tenant tête, Kerr avait montré à Jordan qu’il se ferait respecter de leurs adversaires et gagné son estime. Il avait passé son test avec succès. Lors des finales de 1997, Jordan confiera à Kerr le soin de marquer le panier décisif du dernier match.

Troisième leçon : un leader est d’autant plus influent qu’il est humain

Ces caractéristiques de Michael Jordan étaient largement connues du public. La principale surprise du documentaire “The Last Dance“, pour ceux qui ne sont pas des aficionados de “MJ”, réside dans l’humanité du personnage qu’il révèle.

Elle concerne notamment sa relation avec son père et l’influence que celle-ci eut sur sa carrière. James Jordan accompagnait souvent son fils qui vivait en reclus chez lui à Chicago et dans les hôtels pour les matches à l’extérieur, tant sa popularité était grande. Il était par exemple obligé de payer les employés d’une supérette pour pouvoir aller faire ses courses après qu’elle eut fermé et devait prévenir la police locale lorsqu’il voulait se rendre au restaurant. Il passait sa vie avec ses gardes du corps et pariait avec eux sur tout et rien.

Son coéquipier Will Perdue raconte :

J’espère que ce documentaire aura aidé le public à comprendre combien il était difficile d’être Michael Jordan le joueur de basket et Michael Jordan l’individu. Le joueur parce qu’il était toujours à fond et je ne sais pas comment il pouvait le faire presque tous les soirs en match et le lendemain à l’entraînement. L’individu parce qu’il était cloîtré dans sa chambre d’hôtel. Vous pouvez envier Jordan le joueur et Jordan la star mais n’enviez pas la vie qu’il avait et le cirque que représentait pour lui le simple fait de sortir de sa chambre d’hôtel”.

James et Michael Jordan – (CC) Sports Illustrated

En 1993, James Jordan fut assassiné dans son véhicule par deux voleurs de voitures. Cet événement contribua largement à motiver Michael à se retirer de la NBA, ce qu’il annonça quelques semaines après le drame, pour se consacrer au baseball. Il s’agissait de l’autre passion qu’il partageait avec son père, lequel avait toujours voulu que son fils pratique ce sport. L’escapade de celui-ci dans le baseball fut sa manière de faire son deuil.

Pour ce faire, il abandonna ses ambitions dans le sport qu’il dominait alors totalement et changea complètement de style de vie, redevenant un joueur débutant dans une ligue secondaire. Il refusa d’intégrer directement une équipe de la MLB (l’équivalent de la NBA pour le baseball), pour laquelle il ne se jugeait pas légitime.

Cette période fut rendue d’autant plus difficile pour lui qu’il fut accusé par les médias, sans la moindre preuve ni même la moindre information crédible, d’avoir causé la mort de son père en raison de ses pratiques de jeux d’argent (l’addiction de Michael Jordan à la compétition se traduit aussi par des paris de toutes sortes).

A cet égard, les images les plus émouvantes de “The Last Dance” sont celles montrant Michael Jordan, couché sur le sol des vestiaires, secoué de sanglots intenses après avoir gagné les finales de 1996, le premier titre qu’il remporta sans son père. On n’avait vu que des photos de cette scène et les images vidéo révèlent le son des pleurs de celui que beaucoup considéraient alors comme un mutant et qui n’avait d’autre épaule pour le consoler que celle d’un ballon de basket. La personne dont il devint le plus proche, après la mort de son père, fut d’ailleurs le chef de son équipe de sécurité, un ancien policier de Chicago qu’il adopta comme une figure paternelle.

Le dépassement pour seul horizon

Muhammad Ali, un autre géant du sport, expliqua :

Les champions ne sont pas fabriqués dans les salles d’entraînement. Les champions sont faits de quelque chose qu’ils ont au fond d’eux – un désir, un rêve, une vision. Ils doivent être endurants jusqu’à l’ultime minute, ils doivent être un peu plus rapides, ils doivent avoir le talent et la volonté. Mais la volonté doit être plus forte que le talent“.

On croirait lire un portrait de Michael Jordan.

Celui-ci nous enseigne que les leaders, qui ne sont d’ailleurs pas forcément ceux qui dirigent les équipes, ont trois qualités indéfectibles :

  • Ils s’auto-motivent pour se dépasser.
  • Ils élèvent leurs proches pour qu’ils se dépassent.
  • Ils valorisent leur humanité pour communiquer l’envie de se dépasser à ceux qu’ils inspirent.

Si vous ambitionnez être un leader dans votre entreprise, vous pouvez vous évaluer à l’égard de ces trois critères. Si vous managez des leaders, vous pouvez leur appliquer ces trois exigences vis-à-vis respectivement d’eux-mêmes, de leur entourage et de leur sphère d’influence et mesurer leur réponse à l’aune du conseil ultime donné par Michael Jordan :

Ne dites jamais ‘jamais’ car les limites, comme les peurs, ne sont souvent qu’une illusion“.

1 Comme l’affirme le dicton américain, “When the going gets tough, the tough get going“.

2 Un autre partenaire, Horace Grant, fait entendre un écho différent mais il a depuis longtemps un contentieux avec Michael Jordan au sujet d’un livre de révélations sur l’équipe des Chicago Bulls dont il est soupçonné d’être la source.

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