10 septembre 2025 | Blog, Blog 2025, Communication | Par Christophe Lachnitt
La mise en scène de la prétendue question piège, piètre stratégie médiatique de victimisation
C’est peut-être l’actualité qui veut cela, mais il me semble que j’entends davantage de politiciens, ces temps-ci, accuser des journalistes de leur poser des questions piège.
Dans 99,99% des cas, ce reproche n’est rien d’autre qu’une échappatoire pour la personne interviewée qui tente de décrédibiliser, en attaquant les motivations de son interlocuteur, une question légitime à laquelle elle ne souhaite pas répondre. Il s’agit donc, en quelque sorte, au niveau rhétorique, de la dissuasion du faible au fort : je n’ai rien de convaincant à vous dire sur le fond, donc je vous agresse sur un plan différent.
En taxant le journaliste de vouloir le piéger, le politicien piège en fait le citoyen qui n’obtient pas de réponse à la question posée. C’est une approche plus abrupte qu’une habile langue de bois qui révèle le plus souvent la volonté du locuteur de faire un mini-esclandre pour se victimiser ou, au contraire, signaler une particulière combativité à ses soutiens. Elle peut aussi refléter le caractère émotionnel de la question pour l’interviewé ou son impréparation sur le sujet concerné.
Dans tous les cas, ce n’est pas glorieux.

Il ne faut cependant pas ignorer les vraies questions piège, dont nombre d’auteurs ont parlé depuis Aristote. La pétition de principe, énoncée et dénoncée par celui-ci, s’apparente à une erreur logique consistant à poser une question qui présuppose une information qui n’a pas été établie.
L’exemple le plus célèbre, en raisonnement logique, en droit et en relations presse, est la question : “avez-vous arrêté de battre votre femme ?”. Il s’agit, cette fois, d’une vraie question piège car elle présume la culpabilité de la personne interrogée et l’oblige à une réponse impossible (l’affirmative reconnaissant ses violences conjugales, la négative admettant que celles-ci continuent), à moins de dénoncer le postulat de l’interrogation, ce qui peut le faire passer pour plus suspect encore, surtout s’il est questionné dans un média audiovisuel et donc émotionnel.
Le légendaire intervieweur américain Larry King raconte d’ailleurs dans ses mémoires que Paul Newman avait partagé sa crainte à cet égard avec lui :
“Paul Newman m’avait dit : ‘Ils peuvent te demander si tu bats ton épouse. Si tu dis non, le journal titre NEWMAN NIE BATTRE SON EPOUSE'”.
S’il était encore parmi nous, Dominique Baudis pourrait témoigner de cette mécanique mortifère, lui qui fut vraiment victime de la vindicte injustifiée, par ordre d’ignominie décroissante, de La Dépêche du Midi, Canal+, TF1, France 2, Le Monde et France 3.
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