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Communication.Management.Marketing

Toute vérité n'est que perception

Le point commun entre OpenAI et WeWork

L’ambition n’est pas toujours une qualité pour une start-up.

Adam Neumann, co-fondateur et premier patron de WeWork, et Sam Altman, co-fondateur et premier patron d’OpenAI1, ont en commun un respect relatif pour la vérité et une capacité de persuasion peu commune, un alliage qui les rend mêmement aussi charismatiques que dangereux.

Une autre gémellité entre eux est leur inextinguible ambition pour leur entreprise, qui procède en partie de leur ego et qui les motive à ambitionner des diversifications toujours plus imprudentes car toujours plus impudentes.

Ainsi Adam Neumann ancra-t-il WeWork dans un nombre d’activités de plus en plus présomptueuses, voire farfelues, au-delà des espaces de co-working, ce qui participa de sa perte :

  • WeLive, des espaces résidentiels de cohabitation proposant des appartements communs et des équipements partagés.
  • WeWork Labs, un programme d’incubation et d’accélération de startups.
  • Meetup, un réseau social acquis par WeWork afin de censément intégrer sa communauté en ligne au sein des espaces physiques de WeWork.
  • Rise by We, des clubs de remise en forme et des centres de fitness haut de gamme.
  • WeGrow, une école privée visant à offrir aux enfants une éducation axée sur l’entrepreneuriat et la conscience.
  • Wawegarden, des parcs aquatiques de surf2.

Il faut rendre à Sam Altman ce qui lui revient à cet égard : l’élève a dépassé le maître, peut-être en raison de son expérience à la tête de l’incubateur Y Combinator qui a pu aiguiser sa curiosité pour un grand nombre de secteurs technologiques.

Ainsi mène-t-il à la barre d’OpenAI une stratégie de croissance attrape-tout.

L’Entreprise doit :

  • Construire des centres de données.
  • Concevoir sa propre puce.
  • Inventer l’appareil physique susceptible de concurrencer l’iPhone.
  • Développer des logiciels et des matériels pour des robots.
  • Faire de ChatGPT un outil de shopping, voire le transformer en “superapp”.
  • Créer un navigateur Internet et un moteur de recherche.
  • Et investir dans la société de capital-investissement Thrive Holdings.

Le dernier exemple en date de l’approche de Sam Altman a trait à Stoke Space, une entreprise spécialisée dans les fusées dont il a envisagé qu’OpenAI prenne le contrôle.

Sam Altman et Adam Neumann – Image créée avec ChatGPT et Midjourney – (CC) Christophe Lachnitt

Cette stratégie de diversification va donc bien au-delà de l’intégration verticale portée à son paroxysme des grands modèles de langage GPT et de l’assistant ChatGPT dans leurs chaînes de valeur respectives. Elle pourrait être considérée avec ménagement si OpenAI avait les ressources humaines et financières de Google ou de Microsoft. Mais il se trouve que la start-up doit déjà trouver le moyen de financer les 1 400 milliards (ou 1,4 trillion) de dollars d’engagements qu’elle a pris pour constituer la capacité de calcul nécessaire au fonctionnement de ChatGPT.

De manière plus inconséquente encore, Sam Altman agit de la sorte en se moquant comme une guigne de la génération de revenus, ainsi que l’illustre son retard coupable dans le développement d’une offre publicitaire, alors que, au contraire d’Anthropic, l’habitat naturel de ChatGPT est le marché des consommateurs et non celui des entreprises. Si Google finance le développement de Gemini, de Nano Banana et de Veo – entre autres – avec sa vache à lait publicitaire, OpenAI se fonde, elle, sur des sables mouvants spéculatifs.

A cet égard, le moindre paradoxe de l’alerte rouge déclenchée par Sam Altman au sein d’OpenAI il y a quelques jours à la suite des progrès de Google en matière de technologie et de popularité n’est pas que le développement de l’offre publicitaire de l’Entreprise soit décalé pour la focaliser sur les progrès de ses modèles d’intelligence artificielle. Cela revient à admettre que, dans son cœur d’activité, ce qui devrait être sa priorité absolue, Sam Altman a laissé OpenAI prendre du retard sur Google, son concurrent le plus dangereux car il bénéficie à la fois des compétences en intelligence artificielle, des infrastructures et des données nécessaires à la valorisation desdites compétences, des canaux de distribution pour les applications afférentes et des moyens financiers pour subventionner sa stratégie dans ce domaine.

Au final, OpenAI semble aujourd’hui perdre l’avance qu’elle avait prise sur Google, mais aussi, et c’est encore plus révélateur, sur Anthropic. Le créateur de Claude, co-fondé et dirigé par Dario Amodei, est infiniment plus discipliné qu’OpenAI et joue jusqu’à présent sa carte sur le marché corporate3 avec beaucoup plus de pragmatisme. Anthropic compte devenir rentable dès 2027, générant 3 milliards de dollars de liquidités cette année-là et jusqu’à 17 milliards l’année suivante.

De son côté, OpenAI se prend, sous le leadership de Sam Altman, pour Google avec ses activités expérimentales (“other bets”), mais sans avoir d’abord généré les revenus permettant de les financer.

En matière d’écart entre réalité et chimères, il s’avère donc qu’Adam Neumann est un amateur à côté de Sam Altman.

1 Sam Altman fut le premier CEO d’OpenAI à partir de 2019, sachant que, entre 2015 et 2019, OpenAI était une structure à but non lucratif et n’avait pas de CEO. Sam Altman et Elon Musk étaient alors co-présidents de son Conseil d’Administration.

2 Il se peut que cette liste soit incomplète si mes recherches ont ignoré d’autres diversifications de WeWork sous Adam Neumann.

3 Un segment où il ne doit pas financer une importante base de clients non-payants comme OpenAI avec ChatGPT.

Superception est un média consacré aux enjeux de perception à travers la communication, le management et le marketing dans le contexte de l'intelligence artificielle. Il comprend un blog, une newsletter et un podcast. Il a été créé et est édité par Christophe Lachnitt.

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