11 mars 2026 | Blog, Blog 2026, Management | Par Christophe Lachnitt
La passion est la plus belle des énergies renouvelables
Le rapport entre passion et excellence n’est pas celui que l’on croit.
Michael Jordan possédait une clause exceptionnelle dans son contrat avec les Chicago Bulls : dénommée “love of the game” (amour du jeu), elle lui permettait de jouer au basket n’importe où et n’importe quand, y compris dans des matchs improvisés dans la rue, au risque d’être blessé par un joueur de quartier surmotivé à l’idée d’affronter le GOAT (greatest of all time). S’il était accidenté lors de sa pratique amateure du basket, son contrat et son salaire lui étaient garantis.
“His Airness” incarne ainsi parfaitement l’étymologie du mot “amateur”, qui provient du terme latin “amare”, lequel signifie aimer. A l’origine, un amateur est un individu qui pratique son activité par amour de celle-ci et non pour l’argent.
La clause du contrat de Michael Jordan procédait du fait qu’il considérait qu’on ne peut devenir le meilleur que si l’on aime profondément ce que l’on fait et que si l’on pratique cette discipline constamment. Il estimait progresser pas seulement dans les entraînements et les matches professionnels, mais aussi en jouant par plaisir sans contrainte.
Or beaucoup d’organisations abordent passion et excellence à l’envers de “MJ” : elles recherchent la performance avant la motivation. En réalité, les meilleurs, souvent, travaillent plus et mieux que les autres parce qu’ils aiment davantage ce qu’ils font. Je conclus d’ailleurs mon premier livre en écrivant que “la passion est la plus belle des énergies renouvelables“. C’est ce que nous démontre Michael Jordan. Il n’est de plus belle motivation que l’amour de son métier.
Dès lors, l’enjeu, pour les managers, est de créer les conditions pour que leurs collaborateurs aient envie de se donner à fond. Naturellement, leur capacité à ce faire dépend largement de la nature des emplois exercés par les membres de leurs équipes.

Le second enseignement du contrat de Michael Jordan est que, comme en amour, il n’y a que des preuves de confiance. Les Chicago Bulls accordèrent à leur star une liberté dont les conséquences auraient pu leur coûter plusieurs dizaines de millions de dollars. Chaque manager, à son échelle, peut aussi donner à ses collaborateurs une confiance susceptible de se traduire de diverses manières selon le rôle concerné et le contexte dans lequel il est exercé.
Nourrir la passion de ses équipes va de pair avec le fait d’entretenir une confiance mutuelle avec eux : la confiance se donne avant de se recevoir. En effet, la motivation de ses équipes se mérite ; elle ne se décrète pas. Et, dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres, les managers doivent savoir prendre des risques : ce n’est pas hasard s’il est convenu de dire qu’on “libère” un potentiel.
Dans le monde de l’entreprise, un acteur a incarné cette motivation par la passion et la confiance : Google a longtemps encouragé ses ingénieurs à consacrer 20% de leur temps à des projets personnels pouvant bénéficier au Groupe. Avec le temps, cette pratique s’est diluée, mais elle a montré qu’une entreprise peut obtenir davantage de résultats en libérant la passion qu’en cherchant à optimiser chaque minute de travail. De fait, AdSense, Gmail, Google News et Google Transit (précurseur de Google Maps) furent initialement développés sur ce temps personnel par des collaborateurs du Groupe.
Comme l’avait compris Michael Jordan, la confiance précède la performance.
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