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Trois leçons du scandale “News of the World”

Au centre d’un scandale éthique sans précédent, le journal dominical britannique le plus lu (7,5 millions de lecteurs) a publié hier son dernier numéro après 168 ans d’existence. Les trois leçons que l’on peut tirer de cette affaire vont du plus déprimant au plus revigorant.

Rupert Murdoch, le patron de News Corporation, premier groupe de médias au monde, a décidé il y a quelques jours de fermer News of the World suite aux révélations sur les écoutes téléphoniques illégales de 4 000 personnes réalisées entre 2000 et 2006 par le journal pour trouver des scoops. Autre victime de ces révélations, Andy Coulson, rédacteur en chef de News of the World à l’époque des faits et aujourd’hui porte-parole du Premier ministre David Cameron, a dû démissionner. Il est piquant de voir un journal dont la raison de vivre était de révéler les scandales des stars de l’actualité être lui-même victime d’une telle affaire. Le nom “presse à scandales” n’a jamais été aussi bien porté.

Incidemment, la fermeture du journal pourrait n’être que tactique afin de ne pas gêner davantage l’objectif de Rupert Murdoch de racheter pour 9 milliards d’euros les 60% du bouquet satellite BSkyB qu’il ne détient pas encore. Des indiscrétions font ainsi état de la réouverture prochaine de News of the World sous une autre appellation – Sun on Sunday – du nom de l’autre tabloïd britannique détenu par News Corporation.

La dernière édition de News of the World

Au final, on peut, me semble-t-il, tirer trois leçons de la chute de News of the World :

  • la première est déprimante : elle tient à l’élasticité de notre exigence morale. En effet, le public britannique ne s’est vraiment indigné des écoutes téléphoniques menées par News of the World que lorsqu’il est apparu que celles-ci ne concernaient pas uniquement des célébrités mais aussi des gens ordinaires frappés par le malheur (victime d’un meurtre, familles de victimes des attentats de Londres et de soldats tués en Afghanistan et Irak…). Nous ne voyons – j’emploie un pronom collectif car il n’y a aucune raison que nous soyons différents du peuple britannique à cet égard – aucun inconvénient à ce que la presse viole la loi et la morale quand il s’agit de nous narrer la vie de célébrités dont les mésaventures nous distraient. Nous ne sommes vraiment choqués que si les sujets des écoutes téléphoniques sont des gens comme nous. Notre sens moral serait-il donc fondamentalement égoïste, nous alertant uniquement lorsque nous pouvons nous identifier aux victimes ?
  • la deuxième leçon est encourageante : elle concerne la relation de la presse écrite à Internet. J’ai à maintes reprises traité sur ce blog de la révolution engendrée dans l’univers de la presse écrite par la nouvelle concurrence des médias Internet qui n’ont pas la même équation économique que la presse traditionnelle et qui, parfois, n’appliquent pas les mêmes règles déontologiques qu’elle. La presse, comme toutes les industries, est fondée sur la libre concurrence. Dans notre société de la surinformation, l’emportent notamment les médias qui révèlent des scoops avant les autres. Rupert Murdoch était reconnu, ces dernières années, pour son combat contre certaines dérives parfois engendrées par Internet (gratuité, nivellement par le bas…), n’hésitant pas par exemple à faire payer l’accès des Internautes aux contenus de ses journaux (e.g. la stratégie marketing du site web du Wall Street Journal). Ce faisant, il plaçait la compétition avec Internet sur le terrain de la valeur ajoutée. Le scandale de News of the World souligne que, dans le même temps, il était prêt aux pires extrémités pour concurrencer le web. Cependant, in fine, la révélation des égarements de News of the World est encourageante car elle indique à tous les médias qui seraient tentés par de telles méthodes que le vice ne paie pas. Cette affaire démontre donc que la presse écrite doit concurrencer Internet avec ses propres armes et non en foulant aux pieds les principes qui la régissent depuis le 17ème siècle ;
  • la troisième leçon, enfin, est revigorante : elle a trait, précisément, au rôle salvateur que peut jouer la presse écrite lorsqu’elle respecte sa mission. La seule bonne nouvelle de ce scandale est en effet qu’il a été révélé par d’autres journaux : The Guardian joua le rôle principal, The New York Times et Vanity Fair apportant des informations complémentaires prouvant qu’il s’agissait d’un système industrialisé au sein du journal et non de dérapages isolés comme News Corporation le fit valoir au début. L’une des missions majeures du quatrième pouvoir est de surveiller les trois autres et le fait qu’il se surveille lui-même démontre une résistance aux effets pervers du corporatisme qui est rassurante. Cependant, ne soyons pas naïfs : l’impopularité dont jouit Rupert Murdoch dans le reste de la presse n’est certainement pas étrangère à l’exemplaire investigation journalistique dont News of the World a finalement été victime.

Je conclurai en citant Rupert Murdoch : “Notre réputation est plus importante que la dernière centaine de millions de dollars que nous avons gagnée”. News of the World n’avait probablement pas reçu ce mémo…

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