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Toute vérité n'est que perception

La morale journalistique a-t-elle un prix ?

La grande chaîne de télévision américaine ABC vient de décider d’arrêter de payer les personnes qui sont au coeur de l’actualité pour qu’elles passent en primeur sur ses écrans. Est-ce vraiment une sage décision ou nage-t-on en pleine hypocrisie ?

C’est le type même de la résolution qui paraît bonne car morale. Après tout, quelle peut être la justification, par exemple, de verser 200 000 dollars à Casey Anthony, juste avant son inculpation pour le meurtre de sa petite fille, en échange d’une série de photos exclusives comme ABC l’a fait en 2008 ?

Le porte-parole d’ABC a expliqué hier que la chaîne pouvait obtenir n’importe quelle exclusivité grâce à la puissance de son journalisme, l’excellence de ses équipes et la taille de son audience. On se demande pourquoi ils n’avaient pas cette émouvante confiance en eux-mêmes jusqu’à présent…

A mon sens, l’explication de ce revirement porte un nom : News of the World. Le scandale du quotidien dominical britannique a pour conséquence que les médias veulent se moraliser à marche forcée par peur de l’amalgame qui pourrait les frapper si leurs pratiques semblaient même de loin comparables à celles du défunt journal de Rupert Murdoch.

Mais payer une personne qui est au coeur de l’actualité pour qu’elle passe sur votre chaîne plutôt que sur une concurrente n’est en rien assimilable au fait d’écouter illégalement d’autres personnes qui sont elles aussi au centre de l’actualité. Il y a naturellement deux bémols à cette assertion : (i) quand les personnes payées font la Une des médias pour des actes, même présumés, répréhensibles comme dans le cas de Casey Anthony et (ii) quand elles fabriquent des histoires pour intéresser les médias et gagner de l’argent comme cela avait été le cas d’une femme qui avait inventé avoir injecté du Botox à sa fille de huit ans et avait été payée pour passer dans l’émission vedette d’ABC, Good Morning America. Mais, si l’on exclut ces deux cas de figure – ce qui est assez facile à faire pour un média -, je ne suis pas choqué qu’un média paie un individu pour s’assurer une exclusivité avec lui.

(CC) Wally Gobetz

En effet, les médias rémunèrent de toute manière par des biais non financiers les vedettes de l’actualité dont ils veulent gagner la confiance. L’une de ces gratifications non imposables est la place accordée aux sujets portés par ces personnes. Tous les communicants savent que, lorsqu’ils discutent avec des médias d’une interview de leur PDG, ils choisiront, à médias comparables, celui qui leur accordera la plus grande visibilité – par exemple un appel en Une ou un article plus long. C’est la compétition qui a assurément eu lieu ces derniers jours entre grands médias américains pour convaincre l’accusatrice de Dominique Strauss-Kahn de s’exprimer dans leurs colonnes et sur leurs ondes plutôt que chez leurs concurrents. Ladite accusatrice a ainsi fait la couverture de Newsweek et a eu l’honneur d’un long segment dans… Good Morning America. Elle n’a apparemment pas été rémunérée pour ces deux premières interviews exclusives.

Aussi, si l’on craint qu’une rémunération altère l’objectivité du traitement de l’actualité, par exemple en conduisant ses acteurs à faire les déclarations les plus fracassantes – mais pas les plus honnêtes – chez le plus offrant, faut-il aussi éliminer tous les autres bénéfices utilisés par les médias pour conquérir les bonnes grâces de celles et ceux qui ont une valeur journalistique. Mais, alors là, bon courage !

Dans le cas contraire, on en restera à de bonnes intentions hypocrites. C’est d’autant plus vrai pour ABC que, alors même que la chaîne expliquait que sa nouvelle politique vise à préserver sa crédibilité journalistique auprès du grand public, ses dirigeants précisaient que leur décision ne représentait pas une interdiction absolue et que de tels paiements pourraient encore être versés dans des cas exceptionnels, peut-être une fois tous les deux ans.

Tu parles d’un principe moral !

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