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Toute vérité n'est que perception

Obama et les Républicains ajoutent un déficit (d’image) au problème de la dette

Alors que, à deux jours de la date butoir, les dirigeants – je n’ose les qualifier de “responsables” – politiques américains n’ont toujours pas trouvé d’accord sur le relèvement du plafond de la dette, Obama et les Républicains sont au moins en phase sur un point : la grande incohérence dont ils font preuve vis-à-vis de leurs “marques” respectives.

Mais revenons quelques instants au fond du problème : jusqu’à présent, le relèvement du plafond de la dette américaine était une affaire aussi routinière que le creusement du déficit fédéral. Ledit plafond a ainsi été relevé 38 fois (dont 10 fois depuis 2001) et, si un accord est trouvé, ce sera la quatrième fois qu’il sera rehaussé depuis l’élection d’Obama à la Maison-Blanche.

Ces chiffres indiquent clairement que le combat salvateur des Républicains est une passion récente – le plafond de la dette a par exemple été relevé 7 fois alors que George W. Bush était Président*. Ce virage républicain s’explique par la montée en puissance du mouvement Tea Party dont l’un des chevaux de bataille – pour faire simple – est la lutte contre l’influence et les dépenses de l’Etat fédéral. Poussé par une frange de leur électorat, les Républicains font donc de ce nécessaire relèvement une affaire politique et soumettent leur pays à un chantage au défaut de paiement.

Ce faisant, ils vont à l’encontre de trois principes qui sont au coeur de ce qui définit leur marque :

  • le premier est l’esprit de responsabilité financière qu’ils incarneraient censément face aux Démocrates dépensiers. Sans même rappeler qu’une majorité de la dette fédérale actuelle a été creusée sous la présidence du républicain Bush Jr., on peut s’étonner que cet esprit de responsabilité soit soudainement compatible avec un chantage au défaut de paiement et avec l’exposition à la planète entière – et en premier lieu aux créanciers chinois et aux agences de notation – de la discorde américaine alors qu’une partie de la crédibilité financière du pays est en jeu ;
  • le deuxième principe cardinal que les Républicains foulent aux pieds, pour les mêmes raisons développées ci-dessus, est leur patriotisme. Ils sapent la position des Etats-Unis dans le combat économique que le pays mène actuellement sur l’échiquier mondial ;
  • last but not least, les Républicains font fi d’un troisième principe qui leur est d’habitude si cher : le respect de la Constitution. En effet, les Républicains ne contrôlent ni la Maison-Blanche ni le Sénat. Or, dans le système politique américain, il est impossible de gouverner en ne dominant que la Chambre des Représentants. Ainsi, alors même que les Républicains en général et le mouvement Tea Party en particulier veulent incarner un respect sourcilleux de la Constitution et des méthodes des Pères Fondateurs, ils sont en train de nier – en voulant transformer une minorité de blocage en capacité de gouvernement – l’un des principes constitutionnels les plus fondamentaux : la séparation et l’équilibre de pouvoirs qui se limitent respectivement (checks and balance).

Au fond, le débat qui agite aujourd’hui le gouvernement américain est des plus essentiels qui soient car, de sa conclusion, dépendra en grande partie la place de l’Amérique dans le monde. Ce débat concerne la dépense publique fédérale et, notamment, la place et la taille du gouvernement, l’avenir de l’Etat-providence et la politique de défense et de sécurité. Les visions des deux grands partis américains à cet égard deviennent de plus en plus irréconciliables et ont imprégné tous les délibérations qui ont marqué la première partie du mandat de Barack Obama : le plan de relance économique, le sauvetage des constructeurs automobiles, la réforme du système d’assurance-maladie, la réglementation financière et le dernier relèvement du plafond de la dette.

Le problème est que ce débat est de nature présidentielle au sens où il engage un choix de société pour les Etats-Unis. Obama a gagné la présidentielle de novembre 2008 avec un mandat pour réformer la société américaine – mandat, incidemment, moins fort que ce qu’il a cru sur le moment. Puis il a perdu les élections de novembre 2010, abandonnant la Chambre des Représentants aux Républicains. Mais ces derniers n’ont pas pour autant conquis à cette occasion un mandat de gouvernement. Cette opportunité leur sera offerte lors de la prochaine présidentielle de novembre 2012.

En attendant cette élection, c’est donc Obama qui dirige le pays et qui doit agir en leader. Ce qu’il a manifestement du mal à faire. Il s’avère ainsi que tout accord qui pourrait être conclu dans les prochaines heures entre la Maison-Blanche et les Républicains ne comprendrait ni augmentation d’impôts ni nouvelle relance de l’économie, les deux mesures emblématiques pourtant promues par Obama et les Démocrates depuis le début des négociations. Les Démocrates contrôlent la Maison-Blanche et le Sénat mais ils sont prêts à parapher un deal totalement contradictoire avec leur position politique.

De manière plus anecdotique, le dernier exemple en date des carences de leadership d’Obama réside dans l’appel qu’il a lancé hier sur Twitter pour que ses partisans appellent, écrivent et envoient des tweets de protestation contre le comportement des Républicains à leurs élus au Congrès. Il est d’ailleurs intéressant de noter qu’il n’a pas inclus Facebook dans les méthodes de communication suggérées à ses concitoyens – une victoire pour Twitter même si elle intervient dans un mauvais contexte.

Même si l’adresse directe aux élus fait partie de la culture politique américaine, on peut en effet penser que la demande d’Obama n’est pas à la hauteur de sa position et de l’enjeu. Et, surtout, elle constitue un constat d’échec pour le Président qui avait promis de réformer la manière dont Washington – c’est-à-dire le gouvernement américain – fonctionne. Si la seule manière d’obtenir cette réforme est que les électeurs envoient des tweets aux élus, un grand nombre de discours de campagne de Barack Obama doivent être récrits. Les Américains n’ont d’ailleurs pas été abusés par cet appel au civisme d’un nouveau genre : le nombre d’entre eux (plus de 40 000 au dernier décompte) qui ont arrêté de suivre le compte d’Obama sur Twitter est supérieur à celui des Américains qui ont retweeté son appel à l’aide. C’est la première fois que le compte d’Obama sur Twitter – qui compte plus de 9 millions de membres – perd autant d’audience d’un coup.

In fine, c’est Obama qui semble le perdant – à court terme, soulignons-le – du comportement irresponsable et incohérent de la classe dirigeante américaine qui se livre à une sorte de qui perd gagne de la perception. Le dernier sondage (Gallup) paru aux Etats-Unis indique qu’il “bénéficie” désormais d’un taux d’approbation de 40% – contre 46% en juin et durant la première moitié de juillet.

Ce sondage a été effectué cette semaine, une période décisive pour le pays durant laquelle Obama a été muet publiquement entre lundi soir et vendredi matin, une nouvelle illustration de son problème de leadership : un leader ne se cache pas dans les moments les plus difficiles. Plus inquiétant politiquement pour lui, son taux d’approbation n’était que de 34% chez les indépendants qui seront décisifs lors du scrutin de 2012.

Obama pourra toujours leur envoyer un tweet pour les appeler à voter pour lui.

 

* En 2006, alors Sénateur, Barack Obama vota d’ailleurs contre le relèvement du plafond de la dette proposé par George W. Bush.

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