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Démocratie et médias, rapports de plus en plus impossibles ?

Les candidats à la présidentielle américaine évitent de plus en plus les questions des journalistes. La démocratie médiatique peut-elle fonctionner à sens unique ?

Comme le note Ezra Klein sur son blog du Washington Post, Barack Obama fut récemment interrompu, lors d’une conférence de presse sur l’immigration, par la question d’un journaliste d’un site Internet – The Daily Caller qui est en quelque sorte l’équivalent conservateur du Huffington Post. Il lui fit remarquer que les journalistes ne pouvaient pas poser de questions pendant qu’il discourait et qu’ils devraient attendre la fin de son introduction pour l’interroger. Ce qu’ils firent. Mais, au terme de son propos, Obama quitta la salle sans prendre de questions !

Comme le montre l’étude réalisée par Martha Kumar de l’Université de Towson (Maryland), le comportement d’Obama lors de cette conférence de presse, loin d’être un dérapage isolé, illustre son approche vis-à-vis des médias comme Président. Il n’a en effet donné que 17 conférences de presse en solo* depuis le début de son mandat (l’étude date du mois de février dernier) contre 21 pour Ronald Reagan, 31 pour Bill Clinton (qui traversait pourtant des crises médiatiques autrement plus graves) et 56 pour George H.W. Bush à la même époque de leurs mandats respectifs. Seul George W. Bush fut moins prolixe qu’Obama avec 11 conférences de presse.

Mais plus éclairante encore est la comparaison du nombre de fois où Obama s’est exposé aux questions des journalistes : 94 fois contre 120 fois pour Ronald Reagan, 263 fois pour George H.W. Bush, 307 fois pour George W. Bush… et 493 fois pour Bill Clinton ! En revanche, Obama a donné davantage d’interviews formelles que ses prédécesseurs : 408 contre 136 pour George W. Bush, 164 pour Ronald Reagan et 166 pour Bill Clinton.

Obama ne se distingue d’ailleurs pas de son adversaire républicain Mitt Romney dans cette prudence médiatique. Les conférences de presse de l’ancien gouverneur du Massachusetts se font au moins aussi rares que celles du Président et ses interviews avec d’autres chaînes de télévision que la conservatrice Fox News sont encore moins nombreuses.

Conférence de presse de Barack Obama… avec ses sempiternels prompteurs – (CC) The White House

Cette situation suggère un double questionnement : celui de l’avenir de la démocratie et celui de l’avenir des médias.

La démocratie ne peut s’épanouir si les dirigeants politiques ne se soumettent pas aux questions des médias. En effet, comme leur nom l’indique, ces derniers ne sont rien d’autre que des médiateurs entre citoyens et gouvernants ou candidats dans le temps qui sépare deux élections. A cet égard, la diminution du nombre de conférences de presse – l’exercice où le dirigeant est le moins en position de force vis-à-vis des journalistes – et du dialogue improvisé avec les journalistes et le remplacement de ces événements par des interviews plus contrôlées ne peut constituer qu’un recul. Nos dirigeants nous doivent des explications qu’ils rechignent de plus en plus à nous livrer. A cet égard, la distance qu’ils observent à l’égard du quatrième pouvoir est aussi grave que le serait la négation de n’importe quel autre contre-pouvoir.

Incidemment, je suis convaincu que cette distance est aussi le plus mauvais service que les dirigeants politiques se rendent à eux-mêmes. En ne se confrontant pas aux questions les plus franches des journalistes, ils se privent en effet de l’opportunité de faire valoir leur point de vue dans un contexte dans lequel les électeurs se reconnaissent. C’est en effet lorsque les journalistes expriment le plus directement les interrogations – voire les doutes – des citoyens qu’ils permettent aux dirigeants politiques de leur répondre le plus efficacement. C’est ce qu’avait parfaitement compris Bill Clinton et c’est pourquoi il se soumit aux feu nourri – et le plus hostile jamais connu par un Président américain – des questions des journalistes même s’il n’en avait pas envie. Lorsqu’il se cache, le dirigeant ne peut convaincre personne. En communication aussi, il faut aller au feu pour l’éteindre.

Cependant, l’imputabilité de la dérive dont nous sommes aujourd’hui les témoins ne réside pas seulement dans l’attitude des dirigeants politiques. Les médias ne les aident pas à faire montre de davantage de responsabilité. Et c’est pourquoi se pose également la question de l’avenir des médias. Pris dans une compétition pour l’audience de plus en plus violente, les médias affichent une tendance globale – mais heureusement pas encore généralisée – à privilégier le sensationnel sur l’essentiel. La gaffe connaît donc un succès médiatique supérieur à l’explication politique. Et il faut dire que ni Obama ni Romney n’ont été avares en matière de dérapages verbaux ces derniers temps.

Des dérapages qui les conduisent à vouloir de plus en plus encadrer leurs interventions, nourrissant ainsi le cercle vicieux de l’exclusion du public du débat public.

Or démocratie et médias ne peuvent pas fonctionner sainement l’un sans l’autre. Il serait temps qu’ils le comprennent et décident de s’entraider.

 

* L’étude considère les conférences de presse en solo car, dans les conférences de presse avec un autre leader politique, le Président américain se limite très généralement aux questions liées à la présence de son interlocuteur.

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