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Toute vérité n'est que perception

Les journalistes américains enivrés par la justesse de leur cause

Quand on veut donner des leçons d’objectivité, il est préférable d’être irréprochable dans ce domaine.

Ces derniers temps, les initiatives visant à vérifier l’exactitude des affirmations des hommes politiques se sont multipliées aux Etats-Unis, au premier rang desquelles PolitiFact, Factcheck.org et The Fact Checker (du Washington Post). Je l’ai déjà écrit ici, je considère que ces démarches sont extrêmement positives et utiles à la démocratie.

Mais, pour être crédible et légitime, le juge doit être irréprochable. En l’occurrence, lorsque des journalistes s’instituent arbitres des bonnes moeurs politiques, il faut que leurs propres jugements soient exempts de tout reproche. Or cela n’a pas toujours été le cas ces derniers jours.

Ainsi PolitiFact vient-il de décerner son prix du “mensonge de l’année” 2011 aux assertions démocrates selon lesquelles le Parti républicain aurait voulu mettre fin à Medicare, le système fédéral d’assurance-maladie pour les personnes âgées, dans une proposition de réforme portée par Paul Ryan à la Chambre des Représentants.

Paul Ryan, le représentant républicain qui a proposé la réforme à l'origine du commentaire des Démocrates - (CC) Gage Skidmore

Paul Ryan, le représentant républicain qui a proposé la réforme à l’origine du commentaire des Démocrates – (CC) Gage Skidmore

Ce prix présente cependant un double problème :

  • le fait de décerner un prix du “mensonge de l’année” est en soi une idée stupide lorsqu’on veut être considéré comme l’organe de presse le plus objectif pour faire le tri du vrai et du faux dans les déclarations politiques. Un tel prix dénature le rôle citoyen joué par PolitiFact et porte atteinte à sa crédibilité – son actif le plus important – en le mettant au niveau d’un vulgaire tabloïd ;
  • le choix fait cette année pour le prix en question est tout aussi stupide. Il ne concerne en effet pas un mensonge factuel – ce qui est censément l’objet des réprimandes faites aux politiques par PolitiFact et ses concurrents – mais l’interprétation par les Démocrates des conséquences d’une position républicaine. Ce faisant, PolitiFact a donc commis le pêché même qu’il reproche aux politiques : il a été insuffisamment précis.

Ce prix illustre la dérive globale de ces initiatives de contrôle de la véracité des déclarations politiques : leur recherche du sensationnel qui s’exprime par exemple dans l’attribution de notes (les “Pinocchio” dans le cas du Fact Checker), dans l’utilisation d’expressions spectaculaires pour qualifier les inexactitudes politiques les plus flagrantes (“pants on fire” ou “pantalon en feu”, reprise d’une rime enfantine américaine dans le cas de PolitiFact) et dans la définition de classements ou de prix des plus gros mensonges de l’année.

Ces méthodes visent davantage à générer de l’audience qu’à exprimer la supposée et indispensable objectivité de leurs auteurs. Ce faisant, elles dénaturent la démarche journalistique qui devrait être la plus objective et la plus neutre du paysage médiatique américain. En donnant un caractère inutilement émotionnel au compte-rendu de leur travail, ces journalistes encouragent une perception politique de leurs évaluations : les conservateurs se réjouissent des “Pinocchio” décernés aux Démocrates et vice-versa. A chercher le sensationnel, ils suscitent des réactions inutilement passionnelles.

In fine, le débat politique ne progresse pas réellement et ceux-là mêmes qui voudraient le rationaliser participent en fait de sa radicalisation.

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