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Toute vérité n'est que perception

Le tweet qui valait 136 milliards

Il va falloir réapprendre la lenteur.

Internet en général et certains réseaux sociaux en particulier, au premier rang desquels Twitter, nous ont inoculé le virus de la précipitation.

Nous voulons tout savoir aussi vite que possible et souvent plus rapidement qu’il n’est raisonnable. Nous n’opérons plus de tri entre le vraisemblable et le vrai dans un monde où les évolutions sociétales et technologiques réduisent chaque jour le champ de l’invraisemblable. Nous ne nous soucions plus de comprendre mais seulement de prétendre.

Enivrés par notre quête de vitesse, les médias dérapent régulièrement, ainsi que nous avons encore pu le constater il y a quelques jours dans leur compte-rendu en direct des événements de Boston (lire ici). Peu importe désormais d’être pertinent, il leur faut être incontinent, c’est-à-dire donner en permanence des informations à leur public même lorsqu’il ne se passe rien. Avant, les médias prenaient le temps de mettre sous presse. Aujourd’hui, ils se pressent d’émettre.

Pire encore, dans certains domaines, une information vaut réellement de l’or, surtout si on la détient ne serait qu’une seconde plus tôt que ses concurrents. C’est le cas des places financières. C’est pourquoi, peut-être plus encore que tous les autres secteurs d’activités, elles seront sujettes aux dérapages informatifs. La liquidité extrême des marchés et l’accélération phénoménale des technologies qui les font fonctionner permettent désormais à des fortunes de se bâtir ou se détruire en moins de temps qu’il n’en faut pour réfléchir.

On en a eu une démonstration par l’absurde hier lorsque le compte Twitter de The Associated Press (AP) fut piraté et qu’un tweet y annonça qu’une explosion à la Maison-Blanche venait de blesser le Président Obama. Le tweet n’était pas rédigé dans le style habituel de l’agence de presse et l’information n’était pas reprise sur son fil officiel. Mais peu importa.

(CC) AP, Twitter

(CC) AP, Twitter

Le compte Twitter d’AP compte près de deux millions d’abonnés, parmi lesquels tous les principaux acteurs de Wall Street, et l’impact de ce tweet fut monumental : entre 13h08 et 13h10 (heure de New York), l’indice Dow Jones perdit plus de 100 points – soit 1% de sa valeur. En deux minutes, 136 milliards de dollars de valorisation boursière s’envolèrent en fumée numérique. Cependant, l’indice retrouva son niveau “normal” dès que la vérité fut rectifiée à 13h13.

(CC) Yahoo! Finance

(CC) Yahoo! Finance

Ce qui me semble le plus intéressant dans l’incident d’hier est qu’il n’est en rien imputable à une dérive journalistique d’un média. Il confirme de ce fait que le problème de fond réside davantage chez les consommateurs de médias que chez leurs producteurs, même si ceux-là aiment à critiquer ceux-ci. Les médias ne font, certes parfois lâchement, que répondre à notre demande de fast news, le traitement de l’actualité dans lequel la précipitation l’emporte sur la vérification.

Alors que le temps semble avoir été domestiqué par la technologie, notre libération proviendra donc de notre capacité à réapprendre à penser contre nous-mêmes.

Un commentaire sur “Le tweet qui valait 136 milliards”

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Article fin, mais cette précipitation rend également service. Notamment dans le monde financier comme vous le soulignez.
Par ailleurs, très peu de gens pensent par eux-mêmes et encore moins contre.

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