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Toute vérité n'est que perception

La double faute du tennis français

Depuis leur cuisante défaite en finale de Coupe Davis contre la Suisse, les joueurs de tennis français s’enfoncent dans une crise de perception que leur maladresse ne fait qu’approfondir.

L’échec contre Roger Federer et Stanislas Wawrinka fut à la fois le révélateur et le déclencheur de cette crise.

Révélateur car il mit en exergue les écarts abyssaux entre les compétiteurs Suisses et Français d’une part et entre les attentes placées dans nos joueurs par eux-mêmes et leur public et la réalité de leur engagement d’autre part.

Déclencheur car la gestion catastrophique de la finale en général*, et de la blessure de Jo-Wilfried Tsonga en particulier**, plongea la France dans un abîme de perplexité à l’égard du professionnalisme de son équipe.

Cette déception se manifesta dans plusieurs commentaires de personnalités du tennis français.

Yannick Noah mérite à cet égard une mention spéciale. Il tenta une OPA sur le capitanat de l’équipe de France de Coupe Davis en endossant son rôle préféré, celui de donneur de leçons, avec l’arrogance qui le caractérise :

Je suis le mec qui a le plus grand palmarès depuis 50 ans en France et les mecs t’appellent jamais. Et je ne parle pas que des joueurs. (…)

Si, demain, j’ai les cinq joueurs devant moi qui me disent ‘Yann on y va‘, là c’est chaud (…) mais, s’il y en a un qui hésite, même pas en rêve, ça ne m’intéresse même pas”.

Faut-il rappeler à la suffisante icône que “le plus grand palmarès depuis 50 ans en France” – un Grand Chelem et 22 tournois remportés – le place dans la même catégorie qu’Andrés Gomez, Michael Stich, Richard Krajicek, Carlos Moya et Goran Ivanisevic, des joueurs qui ne marqueront pas l’histoire mondiale du jeu ?

De même qu’il surjouait parfois son coup droit sur les courts, Noah surjoue son palmarès tennistique en profitant du vide de notre pays dans ce domaine. Yannick Noah n’est ni David Douillet ni Laura Flessel ni Bernard Hinault ni Jean-Claude Killy ni Jeannie Longo ni Laure Manaudou ni Marie-José Pérec ni Michel Platini ni Alain Prost ni Teddy Riner ni Zinédine Zidane, tous sportifs qui ont dominé la planète dans leurs disciplines respectives et ne se sont pas contentés d’être les meilleurs français.

Jo-Wilfried Tsonga - (CC) Yann Caradec

Jo-Wilfried Tsonga – (CC) Yann Caradec

Les critiques – de Noah et d’autres*** – dont firent l’objet les trois principaux acteurs de la déroute suisse (Arnaud Clément, Richard Gasquet et Jo-Wilfried Tsonga) déclenchèrent de la part de ces derniers un tir de barrages outragés dans lequel ils firent preuve, dans une belle harmonie, d’une triple attitude : une absence de remise en cause****, une tentative de décrédibiliser leurs contempteurs et une affirmation de leurs qualités individuelles.

A une mauvaise performance sur le court de tennis, ils ajoutèrent donc une piètre prestation devant la cour de l’opinion publique. Telle est la double faute du tennis français.

Le problème majeur de nos joueurs, en termes de perception, est qu’ils exigent un respect du public qu’ils ne donnent pas l’impression de mériter.

Ainsi Tsonga se sépara-t-il à l’été 2013 de Roger Rasheed, l’un des coaches les plus respectés et les plus exigeants du circuit mondial, pour travailler avec Nicolas Escudé et Thierry Ascione, dont les palmarès de joueurs et de coaches sont pour le moins peu étoffés et donc peu révélateurs d’une ambition importante.

Ainsi le même Tsonga ne put-il pas jouer deux des trois matches de la finale de Coupe Davis mais s’illustra dans la foulée lors d’une exhibition de plusieurs jours en échange d’un énorme chèque avant de déclarer forfait pour l’Open d’Australie et pour le premier tour de la Coupe Davis.

Ainsi Gasquet s’entraîna-t-il en décembre durant une semaine avec Nadal, qu’il concurrençait dans les catégories de jeunes, et se déclara-t-il admiratif devant la qualité et la quantité du travail accompli par le Majorquin, lequel affirma pourtant, après sa défaite à l’Open d’Australie, qu’il devait travailler davantage encore.

Et je pourrais continuer la liste…

Ces exemples accréditent une perception incompatible avec le respect dont les tennismen français sont demandeurs : celle de joueurs très doués – dont le monde du tennis s’accorde à dire qu’ils peuvent battre n’importe quel adversaire, ce qu’ils ont d’ailleurs démontré – mais qui ne travaillent pas suffisamment.

Ils correspondraient en cela à ce que disait le sympathique Joey Barton de nos footballeurs :

Les joueurs français, ils n’aiment pas bosser ! Ils n’aiment pas se salir. Si tu te fais mal à l’entraînement, pour eux, ça veut dire que tu n’as pas de talent. Mais si tu as du talent et qu’en plus, tu bosses dur, tu deviendras encore meilleur, non ?“.

Dans beaucoup de disciplines, certains sportifs sont très populaires sans obtenir des résultats de premier plan mondial. L’attitude des talentueux tennismen français crée la polémique car ils affirment de grandes ambitions et attendent une admiration publique sans rapport avec leur investissement personnel. C’est d’ailleurs leur désir de reconnaissance qui donne le droit au public – et à votre serviteur – de les jauger. Sinon leurs choix de carrière relèveraient de leurs seules prérogatives.

A l’instar de Novak Djokovic au terme de son match contre Stanislas Wawrinka ce matin en demi-finale de l’Open d’Australie, les meilleurs joueurs du monde se trouvent souvent des défauts après une victoire. Les joueurs français, eux, se cherchent plus souvent qu’à leur tour des excuses après une défaite.

De fait, Gaël Monfils, un joueur au potentiel peu commun, restera quelque temps dans les mémoires pour ses plongeons, ses sauts et quelques coups dignes d’un jeu vidéo mais pas pour son palmarès. A contrario, il me semble que Gilles Simon, dont les qualités naturelles (tennistiques et physiques) sont beaucoup moins importantes, est le joueur français actuel qui mérite le plus de respect pour ses résultats. Et, sans surprise, c’est aussi le plus modeste dans sa communication.

In fine, le discrédit – espérons temporaire – dont souffrent les tennismen français s’explique par l’écart entre l’exigence qu’ils ont à l’égard du public et le manque d’exigence qu’ils semblent avoir vis-à-vis d’eux-mêmes. On ne peut pas se comporter comme des joueurs ordinaires et vouloir être aimé comme Roger Federer.

Le respect se mérite.

* Qui, mieux managée, aurait pu donner lieu à une défaite nette mais honorable étant donné le niveau des deux joueurs suisses.

** Qui contrasta avec la gestion par les Suisses de la blessure de Roger Fererer.

*** Dont le remarquable Patrick Mouratoglou rejeté pour des raisons ineptes.

**** Arnaud Clément alla même jusqu’à refuser de parler aux journalistes lors de l’Open d’Australie.

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