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Toute vérité n'est que perception

Présidentielle américaine : J-100

Les deux conventions républicaine et démocrate qui se sont tenues ces deux dernières semaines ont mis en exergue la principale différence entre Hillary Clinton et Donald Trump.

Si elle manque de souffle, il ne produit que du vent.

Au-delà de ses problèmes d’image (la majorité des Américains la jugent malhonnête et indigne de leur confiance) que j’ai régulièrement évoqués sur Superception (lire notamment ici, ici et ici), Hillary Clinton pâtit d’un manque de charisme et de vision. Elle est une pragmatique au pays des grands desseins et des défis impossibles. Si elle n’avait que le centième du charisme et de la faculté de donner du sens de Bill Clinton ou Barack Obama, elle pourrait plus facilement convaincre les Américains, ces pionniers dans l’âme.

Mario Cuomo, l’une des figures tutélaires du Parti démocrate américain, expliquait que les dirigeants politiques font campagne en poésie et gouvernent en prose. Hillary Clinton, elle, ne connaît que la prose. On pourrait considérer que c’est tout à son honneur de ne pas verser dans l’hyperbole. Ce serait occulter la différence entre un leader qui guide et entraîne ses concitoyens et un technocrate qui se contente de les administrer.

Hier soir (heure américaine), Hillary Clinton a prononcé un discours très efficace et professionnel, certainement le plus réussi de sa vie politique. Comme les grands sportifs, elle a été à son meilleur lors de son plus grand rendez-vous, ce qui n’est pas une mince performance étant donnée la pression qui pesait sur elle1. Elle a plaidé sa cause avec autant de cran que d’arguments, a paru aussi présidentielle qu’humaine et a fustigé son adversaire avec le juste équilibre de gravité et d’humour (voir la vidéo ci-dessous).

Mais elle n’a pas offert une vision éclairante de l’Amérique et n’a pas illuminé les Américains par le rayonnement de sa personnalité, au contraire de Michelle Obama, Bill Clinton et Barack Obama les trois soirs précédents. Si Hillary est élue, c’est un double talent qui manquera à son pays, surtout lorsque celui-ci affrontera des crises.

Les crises, justement, Donald Trump semble s’en repaître. Lorsqu’il n’est pas rassasié de les décrire, en présentant un portrait apocalyptique de l’Amérique, il les crée en appelant par exemple ouvertement la Russie à pirater Hillary Clinton pour mettre au jour les emails officiels qu’elle a supprimés de son serveur personnel.

Son discours en conclusion de la convention républicaine, il y a dix jours, fut médiocre sur la forme (très peu habitué à l’usage d’un télé-prompteur, il lut son texte en ayant en permanence la mauvaise intonation). Sur le fond, il s’avéra en complet décalage avec l’optimisme reaganien, le libéralisme économique, le messianisme géopolitique et les principes moraux du parti dont il acceptait la nomination pour la course à la Maison-Blanche. De fait, aux yeux des conservateurs, Washington vaut bien une bassesse.

Si Hillary Clinton ne prend pas assez de hauteur, Donald Trump, lui, ne s’embarrasse pas de la réalité2. Il ne produit que du vent, sur Twitter comme dans ses allocutions, présentant un constat catastrophiste de l’état de l’Amérique sans proposer la moindre solution concrète. Personne n’attend que l’agent des pompes funèbres ressuscite les morts.

Son discours de colère et de repli sur soi ne fait d’ailleurs pas florès qu’outre-Atlantique (voyez notamment le Brexit, la Hongrie et la Pologne). Dans le cas de Trump, il est aussi vain que vaniteux. La satisfaction de son ego semble être de plus en plus sa seule boussole, le conduisant à commettre des fautes sans précédent : par exemple, accorder une interview en direct à la télévision et détourner ainsi l’attention des accusations portées au même moment en prime-time contre Hillary Clinton sur la scène de la convention républicaine par la mère d’un soldat tué dans l’assaut terroriste du consulat américain de Benghazi ou appeler la Russie à l’aide (cf. supra) lors d’une conférence de presse organisée pour tenter de se remettre au centre du jeu médiatique alors que la convention démocrate le phagocyte.

Il n’empêche, la probabilité que Trump l’emporte est loin d’être nulle, malgré ses faiblesses électorales structurelles, parce que l’Amérique se croit plus désorientée que jamais depuis les années 1960, époque à laquelle la télévision d’opinion et les réseaux sociaux ne dévoyaient pas la formation des opinions politiques.

Mais, sans même évoquer ses conséquences politiques, l’élection d’un candidat qui fait de l’exclusion religieuse et ethnique son fonds de commerce et est capable de se moquer des handicapés (voir la vidéo ci-dessous) constituerait pour l’Amérique une défaite morale incommensurable.

Certes, Hillary Clinton ne donne pas grand sens à sa candidature. Mais son manque de souffle va de pair avec une passion pour le réel. La campagne de Trump, elle, fait souffler un vent de haine à partir d’une vision factice de l’Amérique. Elle est porteuse d’un sens qui devrait rebuter les humanistes de tous bords.

1 Seuls signes de son stress, ses bras gardés le long de son corps pendant la quasi totalité du discours.

2 Il ne faut d’ailleurs pas exclure l’hypothèse que Donald Trump trouve une excuse vaseuse pour éviter de participer aux trois débats télévisés qui doivent l’opposer, à partir du 26 septembre, à Hillary Clinton. Il commet en effet tellement d’erreurs factuelles et fait preuve de tant d’incompétence en répondant aux questions élémentaires des journalistes, en particulier en politique internationale, que ces débats représentent pour lui des événements à haut risque.

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