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Toute vérité n'est que perception

Clinton vs. Trump : un mandat pour rien dans les deux cas

Le duel entre Hillary Clinton et Donald Trump promet d’être le plus stérile de l’histoire américaine moderne.

Alors que s’ouvre demain la Convention républicaine, laquelle sera suivie la semaine prochaine par son homologue démocrate, la situation politique outre-Atlantique est plus alarmante que jamais.

Les résultats d’une enquête réalisée pour CBS News et The New York Times révèlent l’ampleur du désastre :

  • 36% des Républicains sont déçus ou fâchés que Donald Trump soit leur candidat et 35% affirment qu’il ne représente pas les valeurs de leur parti ;
  • côté démocrate, 31% des électeurs sont déçus ou fâchés par la candidature d’Hillary Clinton mais 73% considèrent cependant qu’elle incarne leurs valeurs, ce qui manifeste, paradoxalement, un désaveu personnel encore plus fort à son endroit ;
  • 54% des électeurs (toutes tendances confondues) ont une opinion défavorable des deux candidats et une majorité estime qu’ils ne sont pas dignes de confiance (47%/42% pour Clinton et 62%/32% pour Trump). En outre, seulement 50% et 30% des Américains jugent que Clinton et Trump sont respectivement prêts à assumer la Présidence. Ce niveau de défiance est sans précédent dans l’histoire présidentielle moderne outre-Atlantique ;
  • au niveau national, les deux candidats sont à égalité à 40% d’intentions de vote. Alors que les intentions de vote pour Trump sont stables à ce niveau depuis plusieurs mois, Clinton a perdu les dix points d’avance dont elle bénéficiait sur lui il y a quatre mois. Il faudra observer si les déclarations négatives du FBI – qui avait jugé Hillary “extrêmement imprudente” dans son recours à un serveur privé pour gérer ses emails lorsqu’elle était Secrétaire d’Etat – auront influencé les résultats de ce sondage et marqueront durablement les citoyens américains.

Certes, cette enquête d’opinion doit être relativisée par le double fait que les conventions peuvent rebattre les cartes dans une certaine mesure et que le scrutin se déroulera au niveau local et non à l’échelle nationale.

Cependant, elle signale une réalité incontournable quelle que soit l’issue de l’élection : le futur Président des Etats-Unis, qu’il s’appelle Hillary Clinton ou Donald Trump, ne fera qu’un mandat1, sauf circonstances exceptionnelles, et n’accomplira aucune réforme significative durant son passage à la Maison-Blanche. Il gérera peut-être des crises importantes mais il ne changera pas le pays. En effet, on a pu observer les difficultés que Barack Obama a rencontrées, malgré une adhésion populaire très forte au moment de son élection, lorsqu’il a voulu faire évoluer l’Amérique sur des enjeux importants.

De fait, ces difficultés, ainsi que je l’ai déjà souligné sur Superception, furent dues en partie à son incapacité, au contraire de Bill Clinton par exemple, à nouer une relation politique et contractuelle (donnant-donnant) avec les Républicains de Capitol Hill2. Or les faibles dispositions d’Hillary Clinton et Donald Trump dans ce domaine ne leur permettront pas de compenser leur manque de soutien populaire. Celle ou celui qui sera élu à la Maison-Blanche sera au mieux un pape de transition, au pire un syndic de faillite politique.

A ce stade, le plus grand espoir que l’on puisse nourrir à mon sens pour la démocratie américaine est que cette situation génère une prise de conscience salvatrice qui fasse émerger de véritables femmes et hommes d’Etat en lieu et place des dirigeants à courte vue dont la classe politique est aujourd’hui majoritairement constituée outre-Atlantique3.

(CC) Colleen P

(CC) Colleen P

Clinton et Trump sont à la fois les révélateurs et les incarnations de ce désert de leadership.

Lui valorise sa surface et son talent médiatiques pour exprimer une colère populiste sans proposer la moindre solution intelligible. Elle est l’une des plus mauvaises alternatives à sa candidature car elle représente tout ce que les fans de Trump – et une partie plus large de l’Amérique même si elle l’exprime moins violemment – exècrent : une dirigeante politique dont le bilan tient davantage à ce qu’elle a été qu’à ce qu’elle a fait, dont les préoccupations et l’éthique personnelles sont à mille lieues de celles imposées aux électeurs et dont la campagne, ainsi que je l’ai déjà relevé, ressemble au couronnement d’une souveraine et non à une conquête démocratique.

Incidemment, la principale discrimination, dans la vie politique outre-Atlantique (au moins au niveau présidentiel), est désormais la notoriété et non la prospérité comme on l’entend trop souvent dire. J’ai déjà démontré sur Superception qu’un important budget garantit très rarement, en Amérique, l’élection d’un candidat sans talent, sans message et sans crédibilité. D’ailleurs, Donald Trump a dépensé infiniment moins que ses concurrents depuis le début de sa campagne. Aujourd’hui, la vraie différence sépare les candidats célèbres des moins connus. Côtés démocrate et républicain, ce sont les deux candidats les plus renommés, mais pas les plus respectés, qui l’ont emporté.

Il me semble que c’est une différence notable par rapport à une époque encore récente. Le seul nom de “Clinton” éclaire cette évolution. En 1992, le jeune gouverneur de l’Arkansas, complètement inconnu du grand public américain, se lança dans la primaire démocrate puis dans la course à la Maison-Blanche parce qu’aucune grande figure du Parti démocrate ne considérait alors possible de défaire George H.W. Bush : celui-ci était auréolé par ses succès de politique internationale (première guerre du Golfe, gestion de l’effondrement du communisme…).

En 2016, Hillary Clinton ne fut pas confrontée à un double de son mari susceptible de l’emporter malgré un déficit de notoriété abyssal. Elle fut opposée à deux candidats sans réelle chance de succès, l’un en raison de la radicalité de ses positions (Bernie Sanders) et l’autre du fait de son manque de vision et de savoir-faire politiques (Martin O’Malley). Les vrais talents du Parti démocrate passèrent leur tour en attendant l’après-Clinton.

Le tournant quant à l’importance de la notoriété dans l’élection présidentielle américaine se situe en 2008. Ce n’est pas un hasard si ce fut la première campagne déployée sur les réseaux et médias sociaux (Facebook, Twitter et YouTube essentiellement). Hillary Clinton fut alors vaincue par un jeune sénateur, Barack Obama, qui s’affirma, en raison de son charisme et du symbole qu’il incarnait, comme une célébrité au moins autant qu’un leader politique. Cela lui permit de rattraper rapidement son déficit d’image sur Hillary Clinton lors de la primaire et John McCain dans l’élection générale. Ce dernier tenta d’ailleurs de tirer très maladroitement parti de ce phénomène dans un spot publicitaire où il apparenta Obama à Paris Hilton. A l’époque, le principal candidat à la Maison-Blanche était comparé à une star de télé-réalité. Aujourd’hui, avec Donald Trump, il en est une.

Pour conclure sur une note positive, je considère que le plus grand contraste, en matière de communication, entre Hillary Clinton et Donald Trump pourrait être à l’origine de la seule influence positive de ce dernier sur la démocratie américaine. En effet, il est le candidat le plus disponible pour les médias de toute l’histoire présidentielle américaine4 alors qu’elle est, à l’inverse, la moins accessible aux journalistes5. Elle déteste se soumettre à leurs questions et être ainsi remise en cause ou devoir prendre un risque politique en s’écartant de ses éléments de langage.

Or, tandis que les réseaux sociaux permettent aux candidats de s’exprimer directement à l’endroit des citoyens et fourvoient la formation des perceptions sur l’actualité, le rôle de médiation journalistique est plus important que jamais pour demander des comptes aux responsables politiques et donner du sens à la marche du monde.

Malheureusement, l’éventuelle élection de Donald Trump est un prix extrêmement élevé à payer pour bénéficier de cette avancée civique.

1 Depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, le même parti n’a jamais occupé la Maison-Blanche durant quatre mandats de rang et ce n’est pas Hillary Clinton qui me semble en mesure de remettre en cause cette tendance. Son seul espoir serait la désintégration (réelle ou, plus probablement, symbolique) du Parti républicain après l’épisode Trump. Quant à Trump, s’il devait être élu (une hypothèse à laquelle je continue à ne pas croire), il susciterait un tel rejet que je ne le vois pas capable de se faire réélire pour un second mandat, en considérant qu’il parvienne même à terminer son premier sans être destitué.

2 Cela n’a pas empêché Obama de mener à bien sa réforme du système d’assurance-maladie mais il y a investi tout son capital politique, se trouvant de fait incapable de déployer une autre réforme d’envergure historique. Je suis cependant convaincu que son bilan sera considéré comme bon, voire très bon, par la patine de l’Histoire.

3 Les Etats-Unis ne détiennent malheureusement pas l’exclusivité dans ce domaine même si, comme dans beaucoup d’autres, ils sont en avance de quelques années sur les autres pays, cette fois dans l’avancement de leur décomposition démocratique.

4 Il est cependant fort regrettable que les journalistes américains aient fait preuve d’une coupable complicité à l’égard de Donald Trump. La disponibilité médiatique de ce dernier n’a donc pas permis de mettre au jour la réalité de sa personnalité, de son bilan d’entrepreneur et de ses positions politiques.

5 Elle a essayé de faire évoluer sa pratique ces derniers jours dans ce domaine, par exemple en répondant par téléphone aux questions des émissions télévisées d’actualité suite à l’attentat de Nice, mais c’est une évolution contre nature.

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