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Présidentielle Trump-Biden : l’Amérique au bord du malaise démocratique

Que Donald Trump l’emporte ou qu’il ait le dessous, les prolongements du vote s’annoncent périlleux.

Nous sommes à 83 jours du scrutin et, même si la Maison-Blanche semble aujourd’hui promise à Joe Biden, beaucoup de rebondissements peuvent encore survenir, et ce d’autant plus que Donald Trump est prêt à tout pour ne pas être défait.

Sans même considérer l’absence de surmoi du Président américain, il faut se rappeler que, cent jours avant le vote de 1988, George H.W. Bush comptait une vingtaine de points de retard sur Michael Dukakis dans les sondages. En outre, deux des lauréats du vote populaire lors des cinq dernières élections présidentielles, Al Gore (20001) et Hillary Clinton (2016), perdirent le scrutin des grands électeurs.

Je ne prétends pas avoir, à l’égard de la révolte trumpiste, le talent visionnaire dont fit montre Edmund Burke pour prédire les conséquences à long terme de la révolution française. Mais je vais me risquer à élaborer quelques scénarios pour les lendemains du 3 novembre. Je suis convaincu que ces lendemains déchanteront, à court terme si Donald Trump est donné perdant et à plus long terme s’il l’emporte.

Les conséquences de ce dernier cas de figure sont plus simples à envisager. En particulier, les travaux sur l’autoritarisme de Brian Klaas, chercheur en sciences politiques au sein de l’Université de Londres2, nous aident à anticiper les répercussions d’un nouveau succès de Donald Trump : ils montrent qu’une démocratie ne périclite pas lors de l’élection d’un démagogue mais qu’elle commence à mourir quand ce dernier remporte un deuxième – qui risque alors d’être second – scrutin.

Si le Président américain était réélu après avoir échappé à une destitution et malgré sa gestion mortifère de la crise du Covid-19, il serait à craindre qu’il ne franchisse de nouvelles limites dans l’anéantissement des normes constitutionnelles et sociétales qu’il foule aux pieds depuis sa déclaration de candidature en juin 2015 (voir l’encadré ci-dessous). Dans ce contexte, les très exceptionnelles réserves que les leaders du Parti républicain osent exprimer à l’égard de ses transgressions républicaines (comme récemment lors de sa proposition de reporter l’élection présidentielle) deviendraient plus rares encore.

Le bilan civique et éthique de Donald Trump

Une fois élu dans des conditions suspectes*, Donald Trump put impunément déclarer un état d’urgence factice afin d’allouer à son projet de mur frontalier des crédits que le Congrès avait refusé de lui voter, prendre le parti de dictateurs étrangers contre ses propres services, appeler des puissances étrangères à enquêter sur ses rivaux politiques, encager des milliers d’enfants migrants dans des conditions épouvantables après les avoir séparés de leurs parents, mettre sur un pied d’égalité suprémacistes blancs et militants antiracistes, évoquer la double loyauté des juifs américains, un grand classique de l’antisémitisme, affirmer que d’anciens dirigeants de l’administration Obama sont coupables de trahison et méritent de longues peines de prison et demander à ses services de renseignement d’aider le ministère de la Justice à le démontrer, taxer un juge de partialité en raison de son origine ethnique, utiliser une rhétorique stalinienne pour décrédibiliser la presse et plaisanter avec un autocrate sur l’élimination des journalistes, demander aux citoyens de boycotter les services de la maison-mère d’un média afin qu’elle force celui-ci à couvrir sa présidence plus favorablement, accuser un ancien Président américain d’avoir commandité un assassinat, gracier, contre l’avis de son ministre de la Défense, des militaires condamnés pour crimes de guerre, suggérer que ses supporters recourront à la violence s’ils n’obtiennent pas ce qu’ils veulent, prendre le parti d’un dictateur sanguinaire lorsqu’il attaque un ancien Vice-Président américain, alors potentiel opposant à la prochaine élection présidentielle, risquer de perturber les secours organisés à l’occasion d’un ouragan dévastateur pour épargner son ego, profiter de sa présidence pour enrichir son entreprise familiale et proférer chaque jour 15,8 mensonges en moyenne.

* Lorsque des agents russes attaquèrent les Etats-Unis en manipulant leur principale élection, Donald Trump n’alerta pas les services de sécurité américains sur les dizaines de contact que sa famille et son équipe eurent avec les assaillants, dont certains dans l’optique explicite de nuire à son adversaire dans le scrutin en cours, mentit au électeurs sur sa dépendance financière vis-à-vis de leur commanditaire, encouragea les offensives des agresseurs, chercha à en profiter puis, une fois élu, défendit et prit plusieurs décisions favorables à la puissance hostile irréfutablement accusée par ses services de renseignement et son appareil judiciaire, tenta d’enrayer l’enquête menée au sujet de son ingérence dans le processus démocratique américain et ne fit rien pour éviter que de telles attaques ne se reproduisent.

Ensuite, encouragé par l’absence de conséquences de ses agissements durant la campagne de 2015-2016, il tenta d’engager une autre puissance étrangère dans la manipulation d’un deuxième scrutin présidentiel en la soumettant à un chantage dans cette optique : le Président conditionna l’attribution d’aides financières à l’Ukraine, pour l’aider à se défendre contre les ambitions territoriales russes dans la région du Donbass, à l’annonce publique du lancement d’enquêtes sur Hunter Biden, le fils de Joe Biden, et le Parti démocrate américain. Afin de faire salir la réputation de son parti rival et de celui qui était alors considéré comme son adversaire probable lors de la prochaine élection présidentielle, Donald Trump alla jusqu’à retenir la délivrance de 391 millions de dollars en juillet 2019 pour tenter de faire céder l’un des alliés les plus faibles de l’Amérique. Après avoir résisté durant plusieurs semaines, le Président ukrainien Volodymyr Zelensky, dont les soldats mouraient sous les balles russes, se prépara à notifier, dans une interview sur CNN le 13 septembre 2019, l’ouverture des deux enquêtes requises par Donald Trump. En effet, tout espoir de recevoir l’aide financière allait s’évaporer à la fin de ce mois de septembre, terme de l’année fiscale américaine. Cependant, l’aide retenue par l’administration Trump lui fut délivrée, grâce à une intervention bipartisane du Congrès auprès de la Maison-Blanche, juste avant cette interview, dont Volodymyr Zelensky annula donc le tournage.

Les transgressions effectuées par Donald Trump dans le cadre de cette affaire sont aussi sérieuses que nombreuses : il utilisa les pouvoirs de la Présidence à son profit personnel, tenta d’impliquer une puissance étrangère dans l’élection présidentielle américaine, mit en place une diplomatie parallèle dirigée par son avocat personnel (Rudy Giuliani), alla à l’encontre des intérêts géostratégiques des Etats-Unis, servit de nouveau les objectifs de la Russie et tenta de cacher les preuves de ses actes. Cette affaire est donc bien plus grave que celle du Watergate : non seulement Donald Trump chercha comme Richard Nixon à espionner ses adversaires politiques mais il voulut utiliser un autre pays pour ce faire en jouant de ses pouvoirs de Président afin de le pressurer.

Une démocratie repose sur la confiance qui anime horizontalement et verticalement la Société : les individus et organisations sont assurés que le pouvoir leur laissera non seulement exercer leurs libertés entre eux et vis-à-vis de lui mais, plus important encore, qu’il défendra leur droit de ce faire. A l’inverse, un régime autoritaire crée une méfiance entre toutes ses parties prenantes : il privatise le pouvoir au service d’une ambition individuelle (personnelle, clanique, ethnique…) et corrompt, au double sens du terme, l’ensemble des relations au sein de la Société. Un pouvoir totalitaire va plus loin encore en développant, au service d’une idéologie, une défiance consubstantielle à son emprise sur la Société : si chacun soupçonne son prochain d’être un ennemi ou un agent de l’Etat, ce dernier a toute latitude pour faire régner la peur. Si Donald Trump était réélu, les Etats-Unis encourraient de glisser de la confiance démocratique à la méfiance autoritaire sans pour autant risquer de sombrer dans la défiance totalitaire.

Mais la situation politique ne promettrait pas d’être plus reluisante, loin s’en faut, si Donald Trump était donné perdant. Il poursuivrait alors de manière encore plus radicale l’objectif qu’il vise depuis qu’il envisage la possibilité de sa défaite : délégitimer le résultat de l’élection, voire le rendre illégal. J’entrevois à cet égard quatre scénarios, présentés ci-après par ordre croissant de gravité, qui mettraient l’Amérique au bord du malaise démocratique.

Ma première hypothèse pourrait se produire quelques jours avant le scrutin ou dans sa foulée : serait rendu public un enregistrement vidéo (ou audio) de Joe Biden, extrêmement réaliste car falsifié à l’aide de systèmes d’intelligence artificielle (ces faux enregistrements sont connus sous le nom de “deepfakes” en raison de leurs recours à l’apprentissage profond ou “deep learning”). Dans ce “document”, le candidat démocrate évoquerait par exemple une magouille censément mise en oeuvre par son équipe de campagne pour gagner l’élection ou le prétendu soutien secret que lui apporte la Chine. Cet enregistrement truqué pourrait avoir été réalisé par l’équipe de Donald Trump ou par des agents étrangers (notamment russes). Le Président l’utiliserait pour remettre en cause et tenter de geler le résultat de l’élection tout en demandant à son cynique ministre de la Justice, Bill Barr, de lancer une enquête sur son rival.

Bill Barr, l’exécuteur des basses oeuvres de Donald Trump

Le moins que l’on puisse dire de Bill Barr est que, depuis qu’il est ministre de la Justice, il s’est davantage soucié de la défense personnelle du Président Trump que de celle de l’Etat de droit.

Il y a quelques jours, lors de son audition devant la commission judiciaire de la Chambre des Représentants, Jerry Nadler, le Président de ladite commission, présenta une synthèse très pertinente des agissements du ministre de la Justice :

  • Premièrement, sous votre direction, le ministère a mis des Américains en danger et a violé leurs droits constitutionnels en envoyant des policiers fédéraux dans les rues de plusieurs villes, contre la volonté des dirigeants des Etats et cités concernés, pour réprimer l’opposition avec force et de manière inconstitutionnelle.
  • Deuxièmement, sur vos instructions, le ministère a minimisé les effets du racisme systémique et abandonné les victimes de la brutalité policière ; il a refusé de tenir les services de police violents responsables de leurs actes ; et il a exprimé ouvertement son hostilité au mouvement Black Lives Matter.
  • Troisièmement, en coordination avec la Maison-Blanche, le ministère a diffusé des désinformations sur la fraude électorale, n’a pas fait respecter les lois sur le droit de vote et a tenté de modifier les règles du scrutin dans l’apparente tentative d’aider la réélection du Président.
  • Quatrièmement, à la demande du Président, le ministère a donné de l’écho à ses théories conspirationnistes et l’a mis à l’abri de toute responsabilité en déformant de manière flagrante le rapport Mueller et en ne tenant pas les acteurs étrangers responsables de leurs attaques contre nos élections – sapant à la fois la sécurité nationale et le moral des fonctionnaires du ministère.
  • Cinquièmement, vous avez personnellement interféré à maintes reprises dans des enquêtes criminelles en cours pour protéger le Président et ses alliés des conséquences de leurs actes. Lorsque des enquêteurs et des procureurs de carrière ont résisté à ces actions éhontées et sans précédent, vous les avez remplacés par des individus moins qualifiés qui semblent vous être singulièrement redevables“.

L’affiliation démocrate de Jerry Nadler ne retire rien à l’exactitude factuelle de son propos.

Bill Barr est un membre de l’establishment républicain – il fut déjà ministre de la Justice sous George H.W. Bush entre 1991 et 1993. Il est sans loi mais pas sans foi : il sert aujourd’hui les intérêts personnels de Donald Trump notamment parce que leur défense coïncide avec ses idées politiques. Convaincu que les valeurs conservatrices et chrétiennes de l’Amérique sont menacées de toutes parts, il promeut une vision de la constitution qui confère un rôle démesuré à la Présidence, à l’encontre de l’équilibre subtil prôné par les Pères fondateurs entre les trois branches du gouvernement fédéral (exécutif, législatif et judiciaire). Il ne défend pas tant Donald Trump intuitu personae que le droit du Président américain d’agir selon son bon vouloir.

Il s’était ainsi fait remarquer de Donald Trump à la fin de l’année 2018 en diffusant un document de dix-neuf pages, d’ailleurs empreint d’une certaine malhonnêteté intellectuelle, dans lequel il expliquait notamment que les lois relatives à l’entrave à la Justice ne s’appliquent pas au Président des Etats-Unis.

Il s’évertue depuis sa nomination à immuniser ce dernier contre toute imputabilité politique et juridique, faisant presque passer John Mitchell, le discrédité ministre de la Justice de Richard Nixon, pour un parangon de vertu.

Sans même approfondir l’hypothèse d’une action géostratégique échevelée, un deuxième scénario pour les lendemains de l’élection présidentielle, qui n’est pas exclusif du précédent, verrait Donald Trump appeler ses partisans, avec le soutien de son appareil de propagande3 et des agents étrangers qui le soutiennent sur les réseaux sociaux, à la désobéissance civile, voire à la violence, en affirmant que l’élection lui a été volée. N’oublions pas qu’il répète à l’envi que le scrutin de 2016 fut manipulé en sa défaveur (il revendique le gain du vote populaire) alors même qu’il fut élu ! Il a aussi toujours refusé, cette année comme avant l’élection de 2016, de s’engager à accepter le résultat du vote. S’il perdait, il pourrait fomenter ce que Rudy Giuliani, son avocat personnel (et ancien maire de New York), avait qualifié de “révolte” du peuple américain4. Il faudrait même redouter des actions armées plus ou moins isolées de jusqu’au-boutistes. Je ne serais malheureusement pas surpris que les affrontements qui s’ensuivraient provoquent un ou plusieurs décès.

Le Président – il le sera jusqu’au 20 janvier – pourrait alors exploiter ces violences pour s’arroger des pouvoirs discrétionnaires exceptionnels et faire intervenir des forces de sécurité à son bénéfice politique. Ces dernières semaines, le déploiement injustifié de troupes fédérales à Portland contre la volonté des élus locaux et l’assaut violent contre des manifestants pacifiques pour que Donald Trump puisse être pris en photo tenant (à l’envers) une Bible devant une église de Washington D.C. ont donné un aperçu de sa volonté d’utiliser, avec le soutien de Bill Barr, les moyens à sa disposition sans la moindre retenue.

Le troisième scénario est fondé sur le contexte particulier, lié à la crise du Covid-19, dans lequel va se dérouler cette présidentielle : un nombre sans précédent de votes vont être effectués par correspondance. Or il se trouve que, depuis une vingtaine d’années, cette pratique surreprésente les Démocrates par rapport aux Républicains dans les voix dénombrées après le jour de l’élection (il s’agit du phénomène dit du “Blue Shift”).

Cette situation donne à Donald Trump une double opportunité de manipulation, dont il s’est d’ailleurs saisi, pour tenter d’annihiler et délégitimer les effets de ce vote. Il s’attaque ainsi à l’efficacité de la Poste américaine (US Postal Service). Son patron, Louis DeJoy, nommé à ce poste en remerciement de son action comme collecteur de fonds pour la campagne de Donald Trump, vient d’écarter 23 cadres-dirigeants de l’organisation et de centraliser le pouvoir à sa main. Parallèlement, il a pris plusieurs décisions pour ralentir la diffusion du courrier.

Ce ralentissement vise à décaler la réception des bulletins de vote par correspondance et pouvoir ainsi arguer, dans les médias et les tribunaux, de leur irrégularité. Il faut dire que la campagne de Donald Trump et le Parti républicain ont déjà lancé plusieurs dizaines de démarches dans les juridictions locales de dix-sept Etats afin de mettre en cause les règles applicables au vote par correspondance et que l’équipe de la Maison-Blanche réfléchit aux décrets présidentiels qui pourraient être pris pour limiter son impact.

Ces dispositions préparent le sabotage du comptage des votes par correspondance qui sera certainement mis en oeuvre à partir du 3 novembre pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines : pour ne considérer que deux hypothèses, des opérations visant à gêner ou empêcher le décompte de ces bulletins pourraient être entreprises par les partisans de Donald Trump et le ministre de la Justice, Bill Barr, pourrait faire saisir des bulletins par correspondance afin d’éviter qu’ils ne soient comptés. Or, plus le résultat de l’élection mettra du temps à être connu de manière définitive, plus Donald Trump pourra intoxiquer ses concitoyens sur sa légitimité. Il le pourra d’autant plus s’il apparaissait en tête, dans la projection du vote des grands électeurs, le 3 novembre et était défait après le décompte des votes par correspondance (ce qui est possible étant donné que ceux-ci, comme on l’a vu, sont plus du goût des Démocrates que des Républicains).

Il faut dire que le décompte des votes par correspondance est particulièrement ardu outre-Atlantique, comme le montre l’élection primaire qui s’est tenue à New York le 23 juin dernier dont les résultats ne furent officialisés que six semaines plus tard, alors que ce sont seulement 65 000 votes par correspondance (et non plusieurs dizaines de millions) qu’il s’agissait de dénombrer !

Donald Trump et Joe Biden – (CC) Gage Skidmore et David Lienemann

Le quatrième scénario qu’il faut redouter pour la démocratie américaine, enfin, représente en quelque sorte une généralisation du scénario précédent pour l’ensemble des votes (par correspondance et dans les isoloirs). Il verrait le camp Trump initier des démarches juridiques afin de contester l’élection dans une reproduction, à beaucoup plus grand échelle, de ce qui se déroula en Floride en 2000 entre George W. Bush et Al Gore.

La constitution américaine laisse beaucoup (trop) de latitude à un camp de mauvaise foi pour mettre en cause les résultats d’un scrutin présidentiel, jusqu’à vider celui-ci de sa substance comme le montre le triste exemple de 1876 : les résultats de cette présidentielle furent contestés dans quatre Etats et durent être tranchés par le Congrès, après quelques manipulations politiciennes, le système électoral n’ayant pas permis de lui trouver une issue légitime.

Ce quatrième scénario serait d’autant plus dangereux que serait grand le nombre d’Etats où l’écart entre les nombres de voix obtenus respectivement par Donald Trump et Joe Biden serait étroit. On pourrait alors assister à plusieurs dizaines, voire centaines, d’actions juridiques. Incidemment, la présence aux côtés de Joe Biden de Kamala Harris, une ancienne procureur de premier plan, pourrait constituer un atout dans ce cas. Le péril ultime représenté par ce processus résiderait dans le fait que, si le collège des grands électeurs ne produisait pas un résultat définitif de l’élection (ce que les proches de Trump feraient tout pour éviter s’il était en position de perdre), l’issue du scrutin serait tranchée par un vote de la Chambre des Représentants5 dans une configuration spécifique : ce n’est pas chaque membre qui voterait mais chaque Etat réuni en délégation (le scrutin enregistrerait donc 50 votes et non 435). Or davantage d’Etats sont contrôlés au sein de la Chambre par les Républicains que les Démocrates même si, au total, elle compte plus d’élus démocrates que républicains. Dans ce contexte, faudrait-il envisager la sécession de certains Etats démocrates si le vote des Américains n’était pas respecté ?

Au terme de la présentation de ces quatre scénarios, un constat antidémocratique s’impose : une courte majorité risque de ne pas suffire à Joe Biden pour accéder à la Maison-Blanche. En réalité, plus l’élection du candidat démocrate serait étroite, plus les risques encourus par les Etats-Désunis seraient grands. Ma dernière prédiction est d’ailleurs liée à cet état de fait : il est possible, voire probable, que l’Amérique n’ait pas de Président reconnu par l’ensemble des forces politiques du pays lors de la passation de pouvoir du 20 janvier 2021. Il est alors certain que Donald Trump ne céderait pas le Bureau ovale de bon gré à Nancy Pelosi, Présidente démocrate de la Chambre des Représentants, comme la constitution le prévoit.

Cependant, l’Histoire nous donne aussi des motifs d’espoir : Abraham Lincoln, le plus grand Président américain, succéda à l’un des plus médiocres, James Buchanan. Lincoln pansa alors les blessures d’une Amérique plus divisée encore que celle d’aujourd’hui. S’il était élu et s’il arrivait à se dépêtrer de la transition pourrie que lui réserverait certainement l’équipe Trump, cet impératif de réconciliation serait aussi l’un des principaux défis de Joe Biden.

A cet égard, il faut méditer, pour conclure, la réflexion du grand auteur et activiste américain James Baldwin :

L’une des raisons pour lesquelles les gens s’accrochent si obstinément à la haine qu’ils ressentent est qu’ils ont conscience que, une fois cette détestation disparue, ils devront faire face à leur douleur“.

1 George W. Bush avait pourtant une grosse dizaine de points d’avance dans les sondages cent jours avant l’élection.

2 Auteur notamment de “The Despot’s Accomplice: How The West Is Aiding And Abetting The Decline Of Democracy“, “The Despot’s Apprentice: Donald Trump’s Attack On Democracy” et “How To Rig An Election“.

3 Breitbart, Fox News, Newsmax, One America News Network, Salem Radio, Sinclair, The Daily Caller, The Epoch Times, The Gateway Pundit

4 Il évoquait alors l’hypothèse d’une destitution du Président.

5 En 2000, la décision énoncée par la Cour suprême concernait l’arrêt du recomptage des votes en Floride.

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