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Toute vérité n'est que perception

L’Amérique nous montre le prix exorbitant des compromis médiatiques avec la vérité

L’évolution de la situation politique outre-Atlantique ne laisse pas de m’inquiéter. Le plus élémentaire respect des faits semble de moins en moins avoir de prise sur le débat civique, quand il n’est pas résolument foulé aux pieds.

Avant même le scrutin présidentiel du 3 novembre dernier, Donald Trump affirmait qu’une éventuelle défaite serait due à des fraudes commises par le Parti démocrate. Il répète cette imposture ad nauseam depuis lors, endoctrinant ses supporters à ce sujet jusqu’à avoir motivé les plus enragés d’entre eux à attaquer le Capitole, le 6 janvier, dans le but d’empêcher par la violence les élus du Congrès de certifier l’élection de Joe Biden. Pour la première fois dans l’histoire américaine, le transfert du pouvoir entre deux présidents ne fut pas pacifique, alors que ce processus est consubstantiel à la démocratie. Même lors de la “révolution de 1800”, qui vit Thomas Jefferson, Vice-Président sortant et leader du Parti démocrate-républicain, l’emporter sur John Adams, Président sortant et leader du Parti fédéraliste, dans une élection opposant deux visions inconciliables de la République américaine, les deux camps avaient accepté le caractère sacré du verdict des citoyens.

Aujourd’hui, le grand mensonge (“big lie”) promu par Donald Trump est devenu le critère d’identification déterminant des républicains, alors que plus de 80 actions en justice lancées par Donald Trump et ses supporters pour faire reconnaître le supposé vol de l’élection présidentielle ont toutes échoué. Bien qu’il soit le premier Président depuis Herbert Hoover à avoir perdu la Maison-Blanche, le Sénat et la Chambre des Représentants en un seul mandat, et même s’il a été exclu des principaux réseaux sociaux, Donald Trump continue de régner en maître sur son camp : pas moins de 60% des électeurs de celui-ci croient que l’élection a été volée par Joe Biden. Le congédiement de Liz Cheney de son poste de numéro trois du Parti républicain au sein de la Chambre des Représentants n’est que le dernier épisode de la déchéance morale des conservateurs. Elle fut démise il y a quelques jours pour avoir rappelé que Joe Biden avait été élu dans les règles et que les assertions de Donald Trump à cet égard étaient fallacieuses. Il ne lui est pas davantage pardonné d’avoir été l’une des dix élus républicains de la Chambre des Représentants à avoir voté en mars dernier en faveur de la destitution de Donald Trump pour son rôle dans l’assaut sur le Congrès.

Cet événement fait d’ailleurs aussi l’objet d’un révisionnisme embrassant deux options (occulter son caractère violent ou l’attribuer à la gauche américaine) afin, dans les deux cas, d’absoudre l’ancien Président de toute culpabilité dans son instigation. Les récentes déclarations d’Andrew Clyde, élu républicain de Géorgie au sein de la Chambre des Représentants, sont représentatives de la première de ces manipulations : “Si vous ne saviez pas que les images télévisées dataient du 6 janvier, vous penseriez qu’il s’agissait d’une visite normale de touristes au Congrès“. Quant à la seconde option, elle est crue par plus de la moitié des électeurs républicains. Les deux révisionnismes à l’égard du scrutin du 3 novembre et des événements du 6 janvier rendent les activités de désinformation menées outre-Atlantique par les agents de Vladimir Poutine en 2016 presque bénignes. Le fait qu’ils soient le fait d’un ancien Président et des leaders de l’un des deux grands partis du pays leur confère un caractère extrêmement dangereux pour la démocratie américaine, et ce d’autant plus qu’ils s’accompagnent d’un flirt avec le suprémacisme blanc.

La passation de pouvoir à la direction des républicains au sein de la Chambre des Représentants dit tout des priorités actuelles des conservateurs. De Liz Cheney et Elise Stefanik, sa remplaçante, la plus conservatrice est clairement la fille de l’ancien Vice-Président boutefeu de George W. Bush. Liz Cheney fut loyale à Donald Trump jusqu’à la tentative d’insurrection du 6 janvier et vota 90% des textes proposés par son administration au Congrès, bien davantage qu’Elise Stefanik : celle-ci a l’un des bilans de vote les moins conservateurs des républicains de la chambre basse. Elise Stefanik est d’ailleurs une convertie récente au trumpisme. Elle vilipenda ainsi à plusieurs reprises Donald Trump lors de sa campagne contre Hillary Clinton et après qu’il eut pris possession du Bureau ovale, alors qu’elle co-présidait le Tuesday Group, un rassemblement d’élus républicains modérés. Puis, en 2017, elle ne vota pas en faveur du plan de réductions d’impôt du Président, pourtant l’un des textes législatifs les plus emblématiques de son mandat. En revanche, elle soutint sans réserve l’enquête du procureur spécial Robert Mueller sur les soupçons de collusion entre la Russie et Donald Trump et d’actions d’entrave à la Justice de ce dernier. C’est seulement lors de la première procédure de destitution qu’elle se mua en supportrice invétérée du Président et vit alors les contributions financières versées à sa campagne monter en flèche. La différence entre Elise Stefanik et Liz Cheney n’est donc pas que celle-là serait plus conservatrice que celle-ci. Elle tient uniquement au fait que la première répète consciencieusement les mensonges de Donald Trump sur le scrutin présidentiel, alors que la seconde refuse de ce faire. Or le seul brevet de trumpisme vaut désormais quitus républicain tant le Parti de Lincoln est devenu un culte de la personnalité du golfeur de Mar-a-Lago : à travers le pays, ses élus qui ne proclament pas que Joe Biden a volé son élection sont condamnés verbalement, soumis à des votes de censure et des campagnes de désinformation au sein de leur propre parti et parfois même menacés physiquement.

Le parcours des deux dirigeantes montre d’ailleurs que l’Histoire a des revirements qui ressemblent à des volte-face. Si Elise Stefanik est devenue une thuriféraire de Donald Trump après avoir été l’une de ses accusatrices, Liz Cheney, elle, s’élève en prophète de la vérité après avoir eu un rapport élastique avec cette notion. Ainsi affirma-t-elle notamment que le Président Obama avait des sympathies secrètes pour les djihadistes et déclara-t-elle à propos des démocrates : “ils sont devenus le parti de l’antisémitisme, le parti de l’infanticide, le parti du socialisme“. Elle participa également aux campagnes visant à présenter les Américains de confession musulmane comme des menaces pour la sécurité nationale du pays. Quant au respect de la loi dont elle se fait aujourd’hui le héraut, le moins que l’on puisse dire est qu’elle n’en a pas toujours été la plus ardente protectrice : elle défend par exemple l’utilisation de la torture contre les individus soupçonnés de terrorisme et estime que leur droit constitutionnel à une procédure judiciaire régulière représente une nuisance. Ce sont d’ailleurs ces positions qui en avaient fait une star montante dans son parti ces dernières années.

Liz Cheney – (CC) Evelyn Hockstein/Reuters

Après l’attaque du Capitole, j’émettais l’hypothèse que les Etats-Unis puissent basculer dans un scénario à l’irlandaise dans lequel l’impossibilité pour les deux camps de se réconcilier, sur leurs différences ethniques et non religieuses, mettrait la démocratie en péril et ferait verser le pays dans une violence politique durable. Malheureusement, les événements intervenus depuis lors confirment la réalité de ce risque.

Le Parti républicain américain ne se contente en effet plus d’être anti-démocrate. Désormais, il est antidémocratique. Les mesures (redécoupage des circonscriptions, lois visant à réduire le droit de vote, en particulier des minorités, et même à manipuler le décompte des voix…) que ses élus sont en train de prendre au niveau local, avec le soutien de Liz Cheney bien que ces mesures représentent en quelque sorte la traduction légale (mais illégitime) de l’imposture qu’elle réfute, attestent que leur dérive ne connaît plus de limites. Ils justifient ces dispositions par l’inquiétude supposée des électeurs à l’égard de la manipulation des scrutins, inquiétude qu’ils ont fait naître et alimentent par leurs mensonges à ce sujet. Le résultat est qu’il est par exemple devenu virtuellement impossible pour les démocrates du Wisconsin de gagner une majorité dans l’une des deux assemblées législatives de l’Etat. En réalité, les républicains ont internalisé le fait qu’ils sont minoritaires dans le pays et, au lieu d’accepter le verdict du peuple et de faire évoluer leurs idées et pratiques du pouvoir, sont résolus à conquérir et conserver celui-ci par tous les moyens. A cet égard, un rapport récemment publié par trois ONG engagées dans la défense de la démocratie (Law Forward, Protect Democracy et The States United Democracy Center) dresse un constat des plus alarmants : “Dans tout le pays, les législateurs des Etats proposent des projets de loi qui leur donneraient un plus grand contrôle sur les élections tout en paralysant l’action des administrateurs locaux qui ont géré le vote jusqu’à présent. Au 6 avril 2021, au moins 148 projets de loi de cette nature avaient été présentés dans 36 Etats. Nombre de ces projets rendraient les élections plus compliquées, voire impossibles, à administrer et les résultats des élections plus difficiles à finaliser, autoriseraient des acteurs partisans à interférer dans les scrutins pour les manipuler et, dans le pire des cas, permettraient aux législatures des Etats d’inverser le résultat du suffrage des électeurs, créant une crise démocratique. Si ces lois avaient été en place en 2020, elles auraient considérablement aggravé le trouble de la période post-électorale et fait courir le risque que l’issue de l’élection présidentielle fût contraire au vote populaire“.

En Arizona, c’est une autre tactique qui est à l’oeuvre : les élus républicains locaux ont imposé la réalisation d’un audit du dépouillement des votes du 3 novembre dans le comté de Maricopa. Cette démarche leur permet de continuer d’entretenir le grand mensonge de Donald Trump, d’éroder la confiance des citoyens dans la démocratie et de préparer les esprits à d’éventuelles tricheries républicaines lors des prochains scrutins en représailles contre le prétendu vol de la Maison-Blanche par Joe Biden. Mené par une société détenue par un partisan de Donald Trump et non par des fonctionnaires de l’Etat, cet audit comprendrait notamment l’examen des bulletins de vote pour déterminer s’ils contiennent des traces de bambou : l’un des mensonges trumpistes affirme en effet que des milliers de faux bulletins de vote auraient été acheminés depuis l’Asie vers l’Arizona ! Dans la capitale américaine, la recherche de la vérité n’intéresse pas davantage les républicains : seulement 35 de leurs 211 élus au sein de la Chambre des Représentants ont voté la création d’une commission d’enquête bipartisane sur l’attaque du Congrès le 6 janvier.

Un scénario catastrophe est donc de moins en moins à exclure pour les prochaines années, et ce d’autant moins que tout ce qui semblait jusqu’à présent inenvisageable s’est réalisé. Une Chambre des Représentants reprise par les républicains lors des élections de mi-mandat, qui constituent souvent l’occasion pour les Américains de sanctionner le Président en place, pourrait tenter, sans la moindre justification réelle, de destituer Joe Biden afin de se venger du prétendu vol de son élection à la Maison-Blanche et des tentatives de destitution menées vis-à-vis de Donald Trump. En outre, des républicains élus gouverneurs dans des Etats critiques au niveau national sur le plan électoral (Michigan, Pennsylvanie, Wisconsin…) pourraient intensifier la mise en place de dispositions brouillant le décompte honnête des votes lors du prochain scrutin présidentiel (cf. supra). Une Chambre des Représentants républicaine pourrait d’ailleurs refuser de certifier le résultat d’une élection présidentielle favorable au candidat démocrate. Enfin, une fois élus, de manière irréprochable ou pas, des républicains pourraient utiliser ces mêmes artifices pour ne pas céder le pouvoir. Ils seraient ainsi parvenus à délégitimer légalement leurs opposants politiques. Les électeurs démocrates n’auraient alors d’autre option que de prendre la rue pour se faire entendre et une Amérique dont les citoyens sont surarmés irait au bout du scénario irlandais en se rapprochant dangereusement de la guerre civile.

Les dirigeants politiques républicains qui renient les principes de leur parti sont évidemment les premiers responsables du péril qu’ils font peser sur la démocratie américaine. Mais ils voient leur méprisable tâche facilitée par d’autres acteurs et institutions, au premier rang desquels les médias. Il convient à cet égard de distinguer les médias sociaux, qui n’ont pas de mission intrinsèque au service de la démocratie, et les médias d’information constitutifs du Quatrième pouvoir. Dans leur jeune existence, les premiers ont toujours privilégié leur valorisation boursière sur leurs valeurs civiques. Leur monétisation obsessionnelle, à travers la maximisation du temps passé par les internautes sur leurs plates-formes, a avili le débat public en le réduisant à des vecteurs émotionnels (sensationnalisme, indignation, violence…). Ce faisant, ils ont en outre phagocyté une majeure partie du marché publicitaire et donc affaibli les médias traditionnels. Ces derniers se retrouvent pris dans un étau financier qui ne les aide pas à dépasser le dogme selon lequel ils ont été créés et leurs équipes formées depuis la nuit des temps journalistiques : celui de l’impartialité, qui se traduit notamment par une présentation équilibrée des points de vue des différentes parties en présence dans un sujet d’actualité.

Le problème, aujourd’hui, est que la démocratie américaine est enferrée dans un combat asymétrique : ses assaillants bénéficient à la fois de la tribune que les médias traditionnels leur accordent trop complaisamment dans leur quête d’une objectivité inattaquable, des mécanismes d’engagement des internautes sur les réseaux sociaux où les théories conspirationnistes et les révoltes de toute nature font recette et d’un considérable appareil de propagande (Breitbart News, Fox News, Newsmax, OANN, The Daily Wire, The Epoch Times, The Gateway Pundit…). De ces trois menaces, il n’est qu’une seule qui semble réversible : l’attitude des journalistes des médias d’information. Il est urgent qu’ils sortent du relativisme qui leur a (presque) toujours tenu lieu de doctrine éditoriale : un parti démocratique et un parti antidémocratique ne peuvent être traités de manière équivalente, sauf à vouloir faire triompher un autoritarisme qui profite du manque d’attention que la Nation américaine accorde à ses progrès.

Plusieurs mensonges de grande ampleur ont pu prospérer outre-Atlantique depuis le début de ce siècle (la supposée détention d’armes de destruction massive par Saddam Hussein, l’inéligibilité de Barack Obama à la présidence car il ne serait censément pas un citoyen américain de naissance…) sans que leurs auteurs en aient payé un prix médiatique, bien au contraire. Les deux révisionnismes de Donald Trump s’inscrivent dans cette logique mais sont beaucoup plus dangereux pour l’Amérique parce qu’ils induisent une remise en cause plus profonde encore de ses principes démocratiques et républicains les plus fondamentaux. Or, quand un pays s’engage sur la pente du mensonge, sa descente aux enfers n’est souvent pas contrôlable.

S’il n’est pas déjà trop tard, les médias américains devraient remettre en cause trois de leurs pratiques :

  • arrêter de traiter le Parti républicain comme un organe responsable et respectable et de faire participer les représentants de sa majorité antidémocratique à leur relation de l’actualité. Cette approche consisterait seulement à cesser de relayer des mensonges et ne pourrait donc être comparée à la stratégie des chaînes de propagande ultra-conservatrice telles que Fox News qui consiste, elle, à propager des mensonges. De fait, la grille de lecture traditionnelle de la politique américaine ne tient plus aujourd’hui et son application persistante est le meilleur service rendu aux ennemis de la liberté. Il est suffisamment d’ex-leaders démocratiques du Parti conservateur pour laisser les autres à leurs seuls canaux de propagande. Cela reviendrait certes à ne plus donner la parole à des élus mais lorsque ceux-ci militent ouvertement pour la manipulation des élections, il s’agit d’une mesure de salubrité publique. A cet égard, une première mesure devrait consister à interdire d’antennes et de colonnes tous les politiciens qui n’ont pas reconnu publiquement la légalité et la légitimité de la victoire de Joe Biden. En continuant de leur tendre leurs micros, les médias sont d’une certaine manière complices de leurs mensonges ;
  • ne pas ouvrir leurs antennes à des politiciens simplement parce que les controverses qu’ils génèrent font de l’audience : ce fut le cas avec Donald Trump durant la campagne présidentielle de 2015-2016, cela l’est aujourd’hui avec des ennemis de la démocratie tels que Marjorie Taylor Greene, une élue raciste, antisémite et anti-musulmane de Géorgie au sein de la Chambre des Représentants qui, parmi de nombreuses ignominies, a notamment promu des appels à assassiner Nancy Pelosi, la Présidente de ladite chambre, a affirmé que des tueries de masse étaient des opérations de propagande contre la libre circulation des armes à feu et, hier, a comparé le port obligatoire du masque pour se protéger du Covid-19 à celui de l’étoile jaune durant l’Holocauste. “MTG”, comme elle est dénommée dans les médias avec un trigramme regrettablement digne de FDR, JFK, LBJ, MLK ou RFK, se nourrit de l’attention que les médias lui accordent. Ils feraient mieux de l’ignorer complètement plutôt que de relayer ses propos, même pour les réfuter ;
  • célébrer davantage les réussites, ce qu’ils ne font pas suffisamment par crainte de se faire accuser de partialité par celles et ceux qui attaquent la démocratie. Les formidables progrès accomplis par les Etats-Unis dans leur lutte contre la pandémie du Covid-19, en particulier, sont trop timidement relatés par les grands médias d’information. Ce relativisme des bonnes nouvelles laisse, lui aussi, le champ libre aux mensonges et conspirations de ceux qui prospèrent dans le chaos et la peur. Les succès produits par la démocratie américaine doivent être promus, quelle que soit leur essence politique, si l’on veut qu’elle survive.

Le recul civique que connaît l’Amérique ne lui est pas exclusif. Dans le monde entier, les valeurs et règles démocratiques sont en danger. En Inde, certains médias d’information commencent à combattre l’autoritarisme de Narendra Modi qui s’évertue depuis longtemps à museler médias traditionnels comme médias sociaux. Au Pérou, il est déjà trop tard : le deuxième tour de l’élection présidentielle va opposer le 6 juin prochain Pedro Castillo, un leader syndicaliste marxiste-léniniste qui veut changer la Constitution du pays afin d’éliminer le Congrès, et Keiko Fujimori, fille de l’ancien dictateur local qui dirige une clique de kleptocrates et veut imposer à la Justice la libération de prison de son père.

En France, nous sommes encore épargnés par les dérives les plus graves constatées sous d’autres cieux. Mais nous observons les prémices d’une perversion de la vérité, notamment sur les deux bords de l’échiquier politique, du côté de leaders d’opinion, par les internautes sur les réseaux sociaux et du fait d’éditorialistes dans certains médias dits d’information. Le fait qu’un grand parti n’ait pas rejeté la légitimité d’un Président régulièrement élu ne devrait pas affaiblir notre vigilance. Au contraire, nous devrions prendre conscience de la chance que nous avons de pouvoir agir afin de prévenir un pourrissement civique.

Or, la demande des citoyens oriente l’offre journalistique. Il appartient donc à chacun de nous de faire en sorte que les médias d’information français ne soient pas confrontés aux choix existentiels auxquels leurs confrères sont contraints dans d’autres pays. Comme l’avait écrit Albert Camus dans Combat peu après la libération de Paris, “un pays vaut souvent ce que vaut sa presse“.

2 commentaires sur “L’Amérique nous montre le prix exorbitant des compromis médiatiques avec la vérité”

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Bonjour. Merci pour cet excellent aperçu de la situation.

J’ai juste un souci avec l’idée que vous avez des images du capitole. Pétrifié et fasciné, j’ai regardé à ce moment là des dizaines d’heures de vidéos prises à ce moment. Et la plupart confirmaient l’impression que les conservateurs en avaient : ces gens-là étaient à Disneyland, pour la plupart. Un Disneyland politisé, ou ils représentaient le camp du bien, mais un Disneyland quand même ou on entre, on fait des seflies, et on ressort de bonne humeur.

Les vidéos violentes étaient rares. La grande majorité des gens présents n’ont rien fait de plus que rentrer (dans un bâtiment fédéral protégé, ce qui n’est pas rien), se dire qu’ils étaient les héros de l’Amérique, et ressortir. Evidemment, le problème, c’est qu’ils avaient de noirs desseins, et que l’occasion a parfois fait le larron. Outre les plus ineptes d’entre eux qui ont déféqué sur les tapis ou volé des ordinateurs, beaucoup n’avaient jamais eu recours à la violence de leur vie. D’aucuns, pour la première fois, sont passés à l’acte ce jour là. Parfois même tabassant des policiers avec un drapeau “blue lives matter” – ça ne s’invente pas.

Les médias des deux camps ont déformé les images, en filtrant ce qui les arrangeaient. Parfois pour de bêtes raison d’audience, d’ailleurs, le démolissage en règle des portes de la chambre étant simplement plus vendeur que des gens prenant des selfies. Exemple : la dame qui s’est faite abattre par les agents du FBI protégeant la chambre. Pour les médias d’un camp, elle a pris une balle “dans la poitrine” en tentant un coup détat fallacieux. Pour les médias de l’autre camp, elle a pris une balle “dans la gorge” en tentant de rétablir la démocratie. De ce que j’en ai vu, la “gorge” me paraissait bien plus précis.

L’agent a sans doute eu raison de tirer – le très conservateur Lindsey Graham a été le premier à le reconnaitre, d’ailleurs. Mais le camp des menteurs n’a pas été le seul à travestir le sens des images, ce jour-là.

Ma conclusion, toutefois, c’est que les assaillants ne vivaient pas dans le monde réel. L’image qu’ils avaient de la révolution – y compris de la vraie de 1776 – était celle d’un gentil rassemblement ou les gentils arrivent, font la fête, et les méchants son défaits. Ils ont été incapables ne serait-ce que d’envisager l’hypothèse d’une défaite, partielle ou totale. D’où leur comportement festif et majoritairement inoffensif : dans leur tête, ils avaient déjà gagné. Ils n’étaient pas prêts au combat. Les policiers du capitole et le FBI, eux, étaient prêts à l’affrontement, malgré leurs moyens délibérément réduits. C’est ce qui a fait la différence ce jour-là.

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

J’ai cependant quelques points de désaccord avec vous :
– Un événement qui fit 5 morts et 140 blessés et au cours duquel les émeutiers voulurent tuer des élus du peuple (y compris le Vice-Président en exercice) ne s’apparente pas à une visite à Disneyland. En réalité, l’assaut sur le Capitole est le pire acte de violence politique aux Etats-Unis depuis la guerre civile il y a plus de 150 ans.
– Les vidéos violentes sont extrêmement nombreuses.
– Il n’y a pas des médias des deux camps : CNN n’est pas le pendant de Fox News ou Newsmax. Encore une fois, les images parlent d’elles-mêmes.
– Je ne sais pas si les assaillants ont été incapables d’envisager l’hypothèse d’une défaite mais, en tout cas, ils n’ont pas été inoffensifs (cf. supra).
– Les enquêtes ont montré que les forces de l’ordre du Capitole n’étaient pas prêtes à l’affrontement (et que, en plus, leurs renforts potentiels ont été retenus d’intervenir durant un temps par la Présidence).

Excellent week-end.

Xophe

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