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Toute vérité n'est que perception

La désastreuse communication du Président de la Fédération française de tennis révèle son incompréhension de son rôle de leader

Comme l’a écrit Victor Hugo, “la forme, c’est le fond qui remonte à la surface“.

Nous n’avons décidément pas de chance avec les présidents de la Fédération française de tennis (FFT). Après Christian Bîmes, condamné pour prise illégale d’intérêt, et Jean Gachassin, dont les multiples frasques rebutèrent même ses plus proches, Bernard Giudicelli fut, lui, accusé dans plusieurs scandales : mensonges sur son CV, trafic de billets de Roland Garros, condamnation pour diffamation après avoir porté des critiques dénuées de fondement contre son rival Gilles Moretton au sujet de cette affaire et arrangements avec les règles du jeu lors de l’élection à la présidence de la FFT qui vit finalement Gilles Moretton l’emporter.

Avec ce dernier, la Fédération française de tennis portait à sa tête au début de l’année un ancien joueur offensif de haut niveau, un ancien créateur et directeur de tournoi, un ancien entrepreneur prospère dans l’organisation et la médiatisation d’événements sportifs, un ancien patron à succès du club de basket de l’ASVEL (Lyon-Villeurbanne) et un candidat à la réputation vertueuse. Le passionné de tennis que je suis se réjouissait alors de cette élection.

Naomi Osaka – (CC) Getty

Quelle ne fut pas ma déception cette semaine dans le traitement que fit Gilles Moretton des problèmes psychiques de Naomi Osaka, la plus grande star actuelle de son sport. La jeune japonaise (23 ans) expliqua qu’elle ne participerait pas aux conférences de presse imposées aux joueurs durant Roland Garros afin de préserver sa santé mentale. Gilles Moretton aurait alors pu faire preuve de bienveillance à son égard. Bien loin d’agir de la sorte, il morigéna Naomi Osaka publiquement, au risque d’aggraver son état psychologique. Sans le moindre mot de mansuétude à son endroit, il affirma qu’elle commettait “une erreur phénoménale“, faisait “du mal au tennis” (rien de moins) et que lui-même allait “se cantonner aux lois et aux règles pour les pénalités et les amendes“.

Il mit ensuite ses menaces à exécution : le compte Twitter officiel de Roland Garros attaqua aussi sournoisement qu’honteusement Naomi Osaka, le tournoi lui infligea une amende et elle fut menacée d’être suspendue pour les prochains rendez-vous du Grand Chelem si elle s’entêtait à vouloir se soucier de sa santé mentale plutôt que de remplir ses obligations médiatiques. Elle se retira alors de Roland Garros et mit en ligne un message émouvant et nuancé. Ainsi donc, lorsque vous avez le courage d’exposer votre fragilité mentale à Gilles Moretton, celui-ci vous accable au lieu de vous aider et considère que vous faites un caprice. C’est d’autant plus déplorable que Naomi Osaka est connue à la fois pour sa difficulté à gérer sa célébrité et pour ses remarquables engagements civiques, notamment en faveur des droits des minorités.

Au-delà de la catastrophique séquence de communication qui en résulta, l’attitude de Gilles Moretton signale une médiocre idée du leadership. En effet, sa réaction centra le débat public sur l’accès des journalistes aux stars du sport plutôt que sur la santé mentale de ces derniers. La première question n’a aucune valeur sociétale (on ne parle pas ici de reporters de guerre ou de journalistes brutalisés par des régimes autoritaires). La seconde aurait pu donner lieu à une pédagogie positive sur la manière compassionnelle dont il faut traiter les personnes en difficulté émotionnelle, surtout lorsqu’elles sont jeunes et davantage encore en cette période de pandémie du Covid-19.

Gilles Moretton disposait pour ce faire de sa position de pouvoir et d’un épisode impliquant l’une des jeunes stars les plus médiatisées de la planète. Mais, à l’authenticité de Naomi Osaka, il opposa la réaction d’un rond-de-cuir sans émotion ni vision. Ce faisant, il ignora complètement la dimension performative de ses propos. Or c’est en élevant le débat pour le bienfait des autres, plutôt que de défendre de manière chimérique la prétendue justesse de ses agissements, qu’un dirigeant s’affirme comme un leader.

Gilles Moretton – (CC) L’Equipe

Afin de justifier son attitude dans cette affaire, Gilles Moretton tint une conférence de presse (voir photo ci-dessus) durant laquelle il lut un texte pour censément dire sa tristesse à l’endroit de Naomi Osaka. Quand on veut exprimer une émotion, lire un texte désincarné de manière mécanique est évidemment la plus mauvaise méthode. En outre, alors qu’il avait une nouvelle occasion de faire oeuvre de pédagogie en admettant avoir mal géré cette situation (ce que Naomi Osaka, malgré sa souffrance, fit dans son message), en appelant à une plus grande écoute des personnes qui alertent sur leur état mental et en lançant un programme à l’échelle de la FFT dans ce domaine1, Gilles Moretton déclara qu’il était “très attentif au bien-être de tous les athlètes“. Peu importait qu’il eût juste démontré le contraire.

Mais ce chef d’œuvre de conférence de presse n’était pas terminé. Ou, plutôt si, il était clos. En effet, Gilles Moretton refusa de répondre aux questions des journalistes qu’il avait conviés. Le dirigeant qui venait de condamner publiquement et de sanctionner Naomi Osaka pour son refus de dialoguer avec les journalistes fit de même. A la faillite de sa communication et de son leadership, il ajouta donc l’absence d’exemplarité et révéla qu’il n’est pas plus à l’aise dans l’exercice médiatique que Naomi Osaka.

Je doute cependant qu’il s’inflige une amende pour son manquement aux obligations qu’il impose aux autres.

1 Aujourd’hui, il n’est d’ailleurs pas trop tard pour le Président de rattraper sa bévue – errare humanum est – et de s’engager pour la santé psychologique des membres de l’écosystème qu’il anime.

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