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Toute vérité n'est que perception

Quelques enseignements de ma descente au Paradis

En 2001, je subis un accident d’alpinisme (une chute de 25 mètres).

L’équipe de l’hôpital de Chamonix se focalisa alors sur mes graves – et spectaculaires – blessures aux mains. Je souffrais de tout le corps mais ne fis pas l’objet d’un examen orthopédique complet. Ce n’est que plusieurs mois après ma mésaventure que, confronté à la persistance de mes douleurs lombaires, je passai des examens qui révélèrent que je m’étais fracturé deux vertèbres dans ma culbute. Plusieurs années après, une radio de routine signalerait une troisième fracture, d’une vertèbre thoracique cette fois.

La situation de mes vertèbres lombaires se dégrada progressivement jusqu’à requérir, en mai 2014, une greffe osseuse à la colonne vertébrale. Dans la foulée de l’intervention, je fus alité à plat durant une année avant de passer six mois en centre de rééducation. Malheureusement, la greffe ne prit jamais totalement. Je souffre encore aujourd’hui de douleurs quotidiennes plus ou moins importantes selon mes activités, même si, grâce au travail accompli avec Audrey Monier, l’exceptionnelle kinésithérapeute qui s’occupe de moi depuis ma greffe, j’ai franchi un palier à cet égard il y a deux ans. Mes crises graves sont moins fréquentes et mes douleurs quotidiennes moins invalidantes. Mais il me fallut encore attendre deux ans avant de pouvoir essayer de regrimper.

Il y a quelques jours, je rechaussai mes chaussons d’escalade pour la première fois, sept ans et demi après ma greffe et neuf ans après ma dernière sortie sur une paroi. J’ai la masse musculaire de Casimir et l’endurance d’un paresseux mais ce fut un plaisir indicible de grimper de nouveau (en salle à ce stade), même si mon niveau de “performance” fut déplorable. Repartir de zéro vingt ans après mon accident est une ambition qui doit se suffire à elle-même.

En escalade à Chamonix quelques mois avant mon accident – (CC) Marie Lachnitt

Je tire de ce cheminement quatre enseignements.

En premier lieu, alors que l’une des premières notions que l’on apprend en alpinisme est que l’équilibre se trouve dans le mouvement, j’ai assimilé l’immobilisme à la suite de ma greffe, en étant alité tout d’abord puis en étant privé de mon sport favori pendant tant d’années1. La résilience est souvent affaire de patience et c’est un impatient congénital qui vous le dit.

En outre, la lumière que l’on voit au bout du tunnel n’est pas toujours la sortie. Elle peut aussi émaner d’un camion qui vous fonce dessus. J’ai ainsi connu plusieurs points bas durant ma récupération post-opératoire. Trois en particulier sont gravés dans ma mémoire. Le premier concerne les six mois d’échec de ma greffe : mes vertèbres n’étaient alors plus solidement attachées et la douleur plus intense que ce que je croyais possible. Le deuxième correspond à la journée – le 2 décembre 2014 – où j’appris à quelques heures d’intervalle que ma greffe avait échoué et que j’avais perdu mon poste de directeur de la communication. Je ne retrouverais pas mon job et mon équipe tant aimés mais, un mois plus tard, les premières passerelles osseuses apparaîtraient sur les clichés du scanner destiné à préparer la seconde opération qui devait fixer ma colonne à l’aide de barres et de plaques, intervention qui se serait avérée encore plus handicapante que la situation que je connais aujourd’hui. Un autre point bas mémorable a trait à la phase initiale de ma rééducation durant laquelle mon dos ne soutenait plus mon torse : quand j’étais assis, je tombais en avant vers le sol.

Ma troisième leçon est que le sentiment de culpabilité est le meilleur remède contre l’abattement. J’aurais dû mourir dans ma chute – je n’ai été sauvé que par un petit miracle (que je raconte dans ce talk TEDx). Je sais d’autant plus l’immense chance dont je bénéficie que j’ai connu trois autres rencontres avec la mort (trois arrêts cardiaques). Je considère qu’une telle chance est une responsabilité qui ne donne que des devoirs et aucun droit.

Le dernier enseignement de mes vicissitudes, enfin, est le refus de donner aux contrariétés la moindre influence sur mon état d’esprit : j’exclus donc de les évoquer au quotidien pour qu’elles ne gangrènent pas mon cerveau. Je sais, après mon flirt répété avec la mort, combien chaque minute de vie est précieuse et il est hors de question d’en gâcher la moindre en laissant mes tourments avoir prise sur moi. Ressasser sans cesse ses problèmes revient à les magnifier. Ne pas en parler n’empêche pas, bien au contraire, de se battre pour les résoudre. Comme l’a écrit Aldous Huxley, “l’expérience n’est pas tant ce qui vous arrive que ce que vous en faites“.

Il y a vingt ans, je faillis descendre au Paradis dans une chute. Aujourd’hui, j’essaie timidement d’y remonter en retrouvant la joie et la capacité de regrimper. Ce sera l’ascension la plus difficile de ma vie et j’espère ne pas me décevoir.

1 Mon autre sport favori, le tennis, m’est probablement interdit à jamais car il exige constamment des rotations du torse.

4 commentaires sur “Quelques enseignements de ma descente au Paradis”

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Magnifique témoignage et belle générosité Christophe. J’aurais plaisir à en discuter avec vous. Je vous contacte en privé.

Merci beaucoup pour votre commentaire, Philippe.

Avec plaisir pour échanger en PM.

Très bonne semaine.

Xophe

Toute vérité n’est que perception mais elle est aussi source d’introspection dans cette histoire unique qui est la tienne au travers de ton témoignage, 20 ans après. Quel plaisir de découvrir que tu as pu rechausser tes chaussons pour un nouveau challenge et retrouver tes sensations de grimpeur. Bravo et je te souhaite plein de bons moments dans cette nouvelle quête (ne pas oublier de prendre un peu de gloubi-boulga avant chaque montée 😉

A bientôt !

Un grand merci, cher Jérôme, pour ton message, tes encouragements et tes conseils culinaires pertinents.

J’espère que tout va bien de ton côté.

Amicalement.

Xophe

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