31 octobre 2021 | Blog, Blog 2021, Communication | Par Christophe Lachnitt
La fausse Meta-morphose de Facebook
En adoptant le nom Meta, Facebook affirme sa volonté de ne surtout pas changer.
Les semaines qui viennent de s’écouler sont probablement sans précédent dans l’histoire corporate : ce sont pas moins de 125 articles qui furent consacrés au groupe de Mark Zuckerberg par un consortium de plus de quinze médias alimentés par les documents transmis par la lanceuse d’alerte Frances Haugen.
On apprend notamment dans ces investigations que :
Mark Zuckerberg l’a bien compris, qui fit un bras d’honneur à toutes ces révélations lors de la présentation de ses (bons) résultats trimestriels en début de semaine durant laquelle il affirma qu’il était victime d’une conspiration de la presse : “Les critiques de bonne foi nous font progresser. Mais je pense que nous assistons à un effort coordonné d’utiliser de manière sélective des fuites pour peindre une image faussée de notre entreprise“. Et, quelques jours plus tard, il annonça le changement du nom de son groupe, de Facebook à Meta.
Or, s’il était troublé par le rôle de ses plates-formes dans la création ou l’aggravation de drames humains, politiques et sociétaux, Mark Zuckerberg aurait fait des annonces très différentes :
- Facebook n’agit pour contrecarrer la vente d’esclaves domestiques et sexuels sur sa plate-forme qu’une fois que son business fut mis en danger par une menace de bannissement de son application mobile de l’App Store d’Apple et qu’il n’a toujours pas pris les mesures nécessaires afin de complètement éradiquer les trafics humains de son réseau ;
- au lieu d’agir lorsqu’ils furent prévenus du rôle de leur réseau dans la propagation de désinformations avant, pendant et après la dernière élection présidentielle américaine, les dirigeants du Groupe mentirent à ce sujet ;
- ils restèrent également inertes face aux informations qui leur furent communiquées sur le recrutement de tueurs par des cartels de la drogue sur leur plate-forme ;
- les propres recherches menées par Facebook montrent les effets très négatifs d’Instagram (et non de tous les réseaux sociaux) sur la perception de leur corps par un tiers des adolescentes, ce qui se traduit chez elles par des crises d’anxiété, des dépressions et parfois même des tentations suicidaires ;
- Facebook exempte plus de cinq millions de VIPs et célébrités des sanctions qu’il devrait leur appliquer, selon ses propres règles, lorsqu’ils harcèlent d’autres personnes en ligne ou appellent à la violence. Le joueur de football brésilien du PSG Neymar put ainsi publier impunément sur Instagram des photos nues de la femme qui l’avait accusé de viol, clichés qui furent vus par 56 millions d’internautes ;
- les systèmes d’intelligence artificielle dont l’efficacité en matière de modération de contenus est vantée par Mark Zuckerberg ne retirent en fait que 0,6% des contenus transgressant les règles du Groupe en matière de violence ;
- 87% du budget de lutte contre la désinformation de Facebook sont dédiés aux Etats-Unis, alors que ce pays ne représente que 10% des utilisateurs actifs quotidiens du réseau. Des contenus haineux et même terroristes prolifèrent donc dans les pays dont les langues et cultures locales ne sont maîtrisées ni par les modérateurs de contenus ni par les algorithmes de Facebook ;
- le Groupe ne fit pas grand-chose pour empêcher que son service ne soit utilisé pour attiser la haine dans une Ethiopie en proie à la guerre civile (dans une tragique répétition de ses méfaits en Birmanie) ;
- Facebook fut complice, en échange de l’accès au marché numérique local, du gouvernement dictatorial vietnamien dans sa lutte contre ses dissidents.

Mark Zuckerberg annonçant le nouveau nom de son groupe – (CC) Meta
- rendre publiques ses recherches internes sur le fonctionnement de sa régie publicitaire, les effets de ses services sur le débat politique à travers le monde, l’impact de ses produits sur les individus (adolescents et adultes), etc. ;
- donner accès aux chercheurs à ses données anonymisées afin qu’ils puissent mener leurs propres analyses sur ces sujets ;
- prendre l’engagement d’arrêt d’utiliser le mensonge comme stratégie de communication réflexe du Groupe ;
- investir beaucoup plus dans la modération des contenus publiés sur ses réseaux ;
- prendre une première série de mesures d’urgence pour réduire les méfaits les plus graves et facilement corrigibles de ses services ;
- initier un travail de fond avec des experts et des ONG afin d’envisager les dispositions plus structurelles permettant d’atténuer les conséquences négatives de ses plates-formes sur la Société ;
- lancer un projet participatif interne pour faire évoluer ses valeurs, son organisation et ses processus décisionnels et opérationnels.
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