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Communication.Management.Marketing

Toute vérité n'est que perception

Il pose les bonnes questions mais n’apporte pas les bonnes réponses

De qui s’agit-il ? De Harvey Levin, patron-fondateur du site Internet américain consacré à l’actualité people TMZ, qui s’est exprimé sur l’avenir de la presse écrite.

Comme The Washington Post le raconte, Levin est intervenu devant le Press Club de Washington (cercle réunissant les principaux médias du pays). Son message fut brutal : adaptez-vous si vous ne voulez pas mourir.

A cet égard, je soulignais dans un article récent combien l’avenir de la presse écrite est sombre : alors qu’elle ne représente plus que 8% du temps passé à consommer des médias, elle récolte encore 27% des investissements publicitaires. Or elle est déjà en crise… Si vous avez aimé la crise, vous adorerez la débâcle.

TMZ est un site remarquablement efficace en termes de marketing : il compte 20 millions de visiteurs uniques chaque mois et est le premier site sur l’actualité du show-business aux Etats-Unis. Sa réputation est fondée sur des scoops retentissants – il fut par exemple le premier média à révéler la mort de Michael Jackson en 2009 et les insultes antisémites d’un Mel Gibson saoul en 2006. Plus intéressant encore, TMZ a été classé par The New York Times comme la dixième source la plus citée par les autres médias, loin devant des institutions journalistiques telles que The Financial TimesThe Los Angeles Times et ABC. Enfin, le site TMZ fait des petits : émission de télévision, programme radio, etc.

Mais le prix de ce succès est lourd pour l’éthique journalistique. En particulier, TMZ paie ses sources pour recueillir des scoops (souvent le meilleur moyen de relater de fausses nouvelles), vérifie peu ses informations avant de les publier et a une notion de la hiérarchisation des contenus qui lui est toute personnelle. Enfin, TMZ ne corrige pas les informations erronées qu’il publie, entraînant souvent dans ses erreurs ou approximations tous les médias qui le reprennent abondamment (cf. supra).

(CC) TMZ

Levin a donc asséné aux représentants des médias devant lesquels il s’exprimait que les organes de presse traditionnels devaient s’adapter aux nouveaux goûts des consommateurs. Levin s’en prit ainsi aux éditions papier des journaux, affirmant benoîtement : “Quelle est la magie de tenir un morceau de papier en l’air pour lire ? Vous pensez que vous devez préserver ce mode de lecture. Pourquoi donc ? Vous devriez tous abandonner le papier pour passer exclusivement sur le web qui est plus rapide, plus engageant et plus multimédia”.

Ce faisant, il me semble qu’il pose la bonne question – celui de l’avenir de la presse écrite – mais qu’il apporte la mauvaise réponse – la suppression du papier. A l’instar de la couverture de l’actualité par TMZ, cette réponse est en effet trop simpliste. En premier lieu, même si les jeunes ne sont effectivement plus intéressés par la presse écrite, 45 millions d’Américains achètent encore chaque jour des journaux en papier. Il serait donc suicidaire d’arrêter du jour au lendemain de les servir. En outre, le problème économique de la presse écrite n’est pas seulement lié à son système de diffusion. C’est l’ensemble de la chaîne de valeur qui est à revoir, depuis la récolte de l’information jusqu’à sa diffusion en passant par sa production et son traitement.

Je ne prendrai qu’un exemple : la diffusion des nouvelles, aujourd’hui, est devenue sans valeur pour le consommateur étant donné que nous pouvons tous y accéder gratuitement sur Internet. Cela ne veut pas dire qu’elle soit sans valeur pour le producteur s’il parvient – comme TMZ ou The Huffington Post – à trouver un segment ou une façon de traiter l’actualité qui lui permet de se différencier, d’augmenter son trafic et de générer ainsi des revenus publicitaires. Mais, pour vous et moi, l’actualité pure n’a plus aucune valeur marchande. Plus personne ne paierait pour seulement lire les nouvelles. En revanche, l’accroissement sans fin des informations auxquelles nous sommes exposés chaque jour crée une demande croissante pour un style de journalisme que les sites Internet aux coûts d’exploitation réduits ne peuvent pas satisfaire : l’analyse, la mise en perspective, la contextualisation. Et, comme beaucoup d’autres pistes (que je ne traiterai pas ici) pour sauver la presse écrite, l’évolution de l’équilibre entre contenu et contexte n’a rien à voir avec son mode de diffusion sur papier ou sur écran d’ordinateur, de smartphone ou de tablette.

N’en déplaise à Harvey Levin, le papier est un écran de fumée pour éviter de traiter les questions de fond sur l’évolution de la presse écrite.

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