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Toute vérité n'est que perception

La presse, miroir déformant de notre identité

Notre perception de la couverture médiatique d’un événement dépend davantage de l’image que nous avons de nous-mêmes que du contenu journalistique mis à notre disposition.

Le laboratoire de la Fondation Nieman pour le journalisme de l’Université de Harvard a récemment mis en ligne sur son blog un passionnant article faisant le point sur les dernières recherches en matière de préjugé médiatique.

L’une de ces recherches a été menée l’an dernier par deux doctorants de l’Université du Michigan qui ont montré le même reportage de la chaîne Al Jazeera en langue anglaise à des Américains. Les personnes qui regardèrent le reportage original avec le logo Al Jazeera évaluèrent la chaîne comme moins objective que l’opinion qu’ils en avaient avant la projection. A contrario, ceux qui virent la séquence retouchée avec un logo CNN à la place du logo Al Jazeera jugèrent CNN plus objective que ce qu’ils pensaient initialement.

Ce test confirme ce qu’un grand nombre d’expériences réalisées dans des contextes médiatiques et culturels très différents ont démontré : nous réagissons de manière extrêmement subjective face à la couverture médiatique. Deux groupes de personnes aux vues opposées peuvent ainsi considérer le même reportage comme malveillant à leur égard.

L’Université de Santa Barbara – (CC) randomtruth

Cependant, l’aspect le plus intéressant mis au jour par les recherches récentes est le fait que toutes les thématiques ne provoquent pas ce type de réactions très subjectives. Scott Reid, chercheur en communication à l’Université de Santa Barbara, explique ce phénomène par sa théorie psychologique de l’auto-catégorisation.

En résumé, cette théorie affirme que nous définissons notre identité par des catégories auxquelles nous appartenons : sexe, âge, nationalité, préférence politique, goûts culturels, etc. De ce fait, les thématiques qui suscitent la plus forte subjectivité de notre part sont celles qui touchent le plus aux catégories selon lesquelles nous nous caractérisons. Pour démontrer sa théorie, Reid a récemment conduit une série d’expérimentations.

Il a ainsi réalisé un sondage sur l’objectivité des médias américains en faisant également indiquer leur affiliation politique par les participants. Il répartit les participants à ce sondage en trois groupes auxquels il donna trois explications différentes. Le premier groupe reçut des informations très neutres décrivant le déroulement du sondage. Le deuxième recueillit des renseignements exacerbant les différences partisanes entre participants démocrates et républicains. Les participants du troisième groupe, enfin, furent réunis dans leur appartenance à la nation américaine face au reste du monde.

Le sondage livra des résultats différents selon l’identité qui avait été mise en exergue chez ses participants. Les membres du deuxième groupe furent ainsi les plus extrémistes dans leur évaluation de la subjectivité des médias alors que ceux du troisième groupe se révélèrent très neutres dans leurs jugements.

Dans un autre test, Scott Reid fit lire un extrait d’article critiquant vertement la gauche américaine à des sympathisants démocrates et républicains. Il en attribua la paternité à un auteur démocrate ou républicain selon les cas. Le résultat le plus étonnant fut que, lorsqu’ils le pensaient rédigé par un auteur démocrate, les lecteurs démocrates considérèrent que l’article leur était légèrement favorable.

Ces expérimentations démontrent que notre évaluation de la subjectivité des médias dépend davantage de la manière dont nous percevons notre propre identité – et/ou notre relation à l’auteur du reportage – que du contenu journalistique.

C’est une nouvelle illustration du rôle des émotions dans notre perception. En effet, il n’y a pas de sujet plus émotionnel que notre identité. C’est pourquoi tout reportage médiatique qui a trait de près ou de loin à un élément de notre identité attise aussi fortement notre subjectivité.

Et dire que nous accusons souvent les médias de ne pas être objectifs… 🙂

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