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Communication.Management.Marketing

Toute vérité n'est que perception

Jusqu’où un patron doit-il refuser la vérité ?

Cas pratique avec Steve Jobs.

Ainsi que le relève Business Insider, Erin Caton, une ancienne collaboratrice d’Apple raconte sur Medium, le site de partage d’idées créé par Ev Williams (l’un des fondateurs de Twitter), une anecdote qui met à jour la vraie nature du caractère dictatorial de Steve Jobs. Certes, il s’agit d’un témoignage unique mais il est crédible.

Erin Caton faisait partie de l’équipe qui développa MobileMe – la suite d’applications sur le nuage lancée par Apple en 2008 et qui devint l’un des plus grands échecs de la marque à la pomme jusqu’à être fermée en 2011 et remplacée par iCloud… qui est lui-même loin d’être la panacée dans ce domaine (mais je m’égare).

L’équipe MobileMe fut l’objet de l’une des plus célèbres colères de Steve Jobs au cours de laquelle il accusa ses membres d’avoir terni la réputation de la marque, leur dit qu’ils devraient se détester mutuellement pour s’être ainsi permis d’échouer et licencia leur patron devant eux. Cette scène légendaire est venue à définir le style de management imposé par Steve Jobs à ses troupes : marche ou crève.

Steve Jobs - (CC) Anthony Sigalas

Steve Jobs – (CC) Anthony Sigalas

Or le plus étonnant dans le témoignage d’Erin Caton est qu’elle affirme que l’échec du lancement de MobileMe relève en fait de la responsabilité de Steve Jobs lui-même. Selon elle, l’équipe de développement de MobileMe avait prévenu ses supérieurs qu’elle n’était pas confiante dans sa capacité à tenir la date prévue pour le lancement. Elle proposa des ajustements destinés à réduire l’ambition du système et donc le risque d’échec. La hiérarchie d’Apple ne suivit pas sa recommandation.

Le lancement fut un échec, l’équipe MobileMe travailla toute la nuit pour régler les problèmes qui pouvaient l’être sur le champ et reçut dans la foulée la fameuse diatribe de Steve Jobs. Ce dernier leur reprocha même de n’avoir pas tenté ce qu’ils avaient pourtant demandé à pouvoir faire et qui leur avait été refusé.

Erin Caton souligne que cette anecdote dénote l’incapacité de Steve Jobs à entendre des mauvaises nouvelles. C’est un sujet de réflexion très intéressant. En effet, c’est la capacité de Jobs à soumettre la réalité à sa volonté – et à faire adhérer les autres à ses objectifs même les plus invraisemblables – qui assura son succès. Sans elle, Apple ne serait pas devenue l’entreprise la plus admirée et la plus valorisée au monde.

Cette philosophie a été exprimée dans la brillante campagne publicitaire “Think Different” lancée par Apple en 1997 et dont le texte se termine par la phrase suivante : “Ce sont les gens qui sont assez fous pour penser qu’ils peuvent changer le monde qui finissent par le faire“. Si le “jobsisme” devait avoir une définition, ce serait cette maxime.

Le problème est que la volonté de soumettre ainsi la réalité à sa volonté passe plus souvent qu’à son tour par un refus de l’évidence. Il en alla ainsi de la triste aventure de l’équipe MobileMe et, plus dramatiquement encore, de la conviction de Steve Jobs qu’il pourrait soigner son cancer du pancréas par des méthodes alternatives, choix qui laissa le temps à son mal de se développer jusqu’à devenir incurable (lire les passages éclairants de la biographie de Steve Jobs par Walter Isaacson consacrés à ce sujet).

Steve Jobs est un cas particulier à maints égards, à commencer par son génie que ses dérives comportementales ne doivent pas occulter. Mais son approche en matière de leadership fournit une leçon à tous les managers ordinaires : la meilleure manière de réaliser l’impossible est de commencer par accepter le possible.

Le leader qui est convaincu d’avoir raison contre tous donne le signal à ses équipes qu’il ne veut écouter que ce qui confirme ses vues. Ce faisant, il communique qu’il n’a pas la force d’affronter la vérité et qu’il n’a besoin de personne pour réussir. Même s’il sera toujours entouré de collaborateurs (le pouvoir attire), il finira par se retrouver seul à lui-même : ses équipes arrêteront tôt ou tard de lui dire ce qu’il ne veut pas entendre.

Il ajoutera alors l’échec opérationnel à la défaite morale.

Un commentaire sur “Jusqu’où un patron doit-il refuser la vérité ?”

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Je pense que tu pourrais faire un article similaire avec Microsoft ….combien de fois les deux derniers années on m’a dit “tu as raison mais on ne peut rien changer, même à notre niveau” juste parce que le “grand manitou” ne voulait pas entendre “la réalité”….
C’est là où les génies perdent un peu de leur “superbe”…
Amicalement
Guillaume

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