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Toute vérité n'est que perception

La censure numérique se porte décidément bien en Europe

Après la Cour de justice européenne, c’est le Tribunal de grande instance de Bordeaux qui se distingue.

J’ai évoqué sur Superception (lire ici et ici) la brillante invention par l’instance européenne d’un oubli numérique qui s’apparente à une censure au service des individus et organisations ayant quelque chose à cacher.

La liberté de parole semblant décidément une notion de plus en plus incomprise sur le Vieux Continent, le Tribunal de grande instance de Bordeaux a pris il y a quelques jours une décision proprement hallucinante : il a condamné Caroline Doudet, une blogueuse, à 1 500 euros de dommages et intérêts et 1 000 euros de frais de procédure pour avoir écrit une revue négative d’un restaurant du Cap-Ferret trop visible sur le moteur de recherche de Google.

La patronne dudit restaurant a plaidé que cette critique avait eu un effet négatif sur la fréquentation de son établissement. Le titre de l’article (“L’endroit à éviter au Cap-Ferret”) et le fait que Caroline Doudet ait qualifié la gérante du restaurant de “diva” ont exposé la blogueuse à l’accusation de diffamation.

Le Cap-Ferret - (CC) clodius maximus

Le Cap-Ferret – (CC) clodius maximus

Cette décision de justice est délirante pour quatre raisons :

  • elle résulte d’une démarche absurde de la propriétaire du restaurant qui nous fournit un nouvel exemple de la puissance de “l’effet Barbara Streisand*”. Ce phénomène, que l’on apprend aux étudiants de première année en communication numérique, consiste à donner une audience plus grande à un contenu gênant par la publicité qu’on lui fait en voulant interdire sa diffusion. Au lieu de quelques centaines de vues, la critique négative de Caroline Doudet a désormais été évoquée par un très grand nombre de médias français et internationaux. Le restaurant en est quitte pour non seulement avoir une mauvaise réputation gastronomique mais aussi passer pour un mauvais joueur ;
  • la blogueuse n’avait fait aucune démarche particulière (search engine optimization, publicité…) pour que sa critique arrive dans les premiers résultats de la recherche de Google dédiée au restaurant où elle a connu une mauvaise expérience. Il n’y a donc de sa part aucune action délibérée contre cet établissement autre que l’exploitation la plus élémentaire de sa liberté d’expression sur son blog ;
  • les revues de client sont l’une des fonctionnalités offertes par Internet aux consommateurs du monde entier pour évaluer en amont les marques et services qu’ils ont envie d’utiliser. C’est un progrès consumériste incontestable qu’il est dommage de voir ainsi mis en danger par le Tribunal de grande instance de Bordeaux. En outre, doit-on s’attendre à ce que la justice française s’en prenne également aux fausses revues positives publiées par les entreprises (notamment dans le secteur du tourisme) afin d’attirer le chaland ? Ou est-ce juste l’expression des consommateurs qui est ainsi muselée ?
  • last but not least, la logique – si l’on peut employer ce terme à son égard – de la décision du Tribunal voudrait qu’il soit également interdit à tous les critiques gastronomiques traditionnels (du Guide Michelin au Guide du routard en passant par les médias qui évaluent des établissements touristiques) de publier des revues négatives car ils ont une audience bien plus importante que Caroline Doudet et peuvent donc avoir un impact plus négatif encore sur l’activité des hôtels et restaurants concernés. On peut cependant douter que les maisons d’édition et organes de presse soient ainsi censurés, ce qui confirme que c’est bien la liberté d’expression du citoyen qui est menacée.

A quand l’adaptation du Premier amendement de la Constitution américaine en Europe ?

* En 2003, la chanteuse avait attaqué un photographe qui avait pris un cliché aérien de sa somptueuse propriété de Malibu. Le photographe avait gagné son procès, lequel eut pour conséquence de donner une énorme publicité à l’image que Barbara Streisand voulait précisément retirer de la circulation.

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