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Toute vérité n'est que perception

Barack Obama et les médias : la théorie et la pratique

Le Président américain a prononcé un discours très juste devant un parterre de journalistes sur l’évolution des médias mais sa pratique à leur égard est parfois moins éclatante.

L’allocution d’Obama eut lieu lors de la remise du Prix Toner qui récompense chaque année les meilleurs reportages de journalisme politique. Son propos, que vous pouvez lire sur le site web de la Maison-Blanche, constitue une parfaite synthèse des enjeux auxquels fait face le journalisme et, partant, la démocratie à l’ère numérique, sociale et mobile.

Il vaut la peine d’être lu dans son intégralité mais, pour celles et ceux qui n’ont pas le temps de ce faire, je vous propose quelques extraits significatifs :

Le métier de journaliste est rendu plus difficile que jamais par les changements sans précédent qui affectent votre industrie. Alors même que la demande d’informations et de données est considérable, nous voyons des salles de rédaction fermer. La rentabilité de la presse s’est rétrécie. La durée du cycle d’information aussi. Trop souvent, une énorme pression est mise sur les journalistes pour remplir le vide et nourrir la bête médiatique avec des commentaires instantanés, des rumeurs propagées sur Twitter et des reportages divertissants. Nous ne sommes plus en capacité de comprendre le monde dans lequel nous évoluons ni les personnes avec lesquelles nous vivons. Cela a des conséquences sur nos vies et sur la vie de notre pays.

Une partie de l’indépendance du Quatrième pouvoir tient au fait qu’il n’est pas contrôlé par le gouvernement. De ce fait, les médias sont obligés de générer des profits pour le compte de leurs actionnaires et propriétaires. Ils ont aussi le devoir d’investir une part significative de leurs profits dans la relation de l’actualité et les affaires publiques, de respecter certains standards, de ne pas abêtir l’information et d’avoir des aspirations élevées pour le rôle du journalisme. La qualité de l’information des électeurs dépend de vous. Et notre démocratie dépend de la qualité de l’information des électeurs.

Aussi le choix entre ce qui alimente votre rentabilité et ce qui nourrit notre Société est important. Nous devons décider quel prix est le plus cher à payer, quel coût est le plus lourd à porter.

Je suis conscient que les bons journalistes, comme ceux qui sont réunis dans cette salle, se trouvent trop souvent écartelés entre des forces contraires. Vous croyez à l’importance de l’information des électeurs. Vous avez gagé vos carrières sur ce principe. Nos démocraties ont plus que jamais besoin de vous. Mais vous êtes aussi soumis à une pression financière majeure.

Je considère que les électeurs seraient mieux servis si vos médias vous donnaient la possibilité de suivre votre instinct et d’approfondir des sujets qui ne sont pas toujours tapageuses mais qui méritent davantage d’attention. […]

Le journalisme dépasse le seul fait de tendre un micro à quelqu’un. Il consiste à scruter, examiner, questionner et enquêter. Les électeurs seraient mieux servis si tel était le cas. Ils seraient mieux servis si des milliards de dollars de présence médiatique gratuite étaient associés à une vraie responsabilité, en particulier lorsque les leaders politiques présentent des plans irréalistes ou font des promesses qu’ils ne pourront pas tenir. Et il y a des journalistes ici qui savent qu’ils ne pourront pas les tenir. Je sais que c’est une idée choquante que des politiciens puissent se comporter ainsi. Mais, sans une presse qui pose des questions difficiles, les électeurs prennent ce que disent les leaders politiques pour argent comptant. Or, lorsque les électeurs accordent leur confiance à un candidat qui ne pourra jamais tenir ses promesses, le seul vainqueur est le cynisme. […]

Je suis conscient que le journalisme est une industrie. Il est impossible de se soustraire aux pressions et contraintes du business. Mais je suis également convaincu que le journalisme à son meilleur est indispensable, pas dans une notion de noblesse abstraite mais dans la réalité très concrète que les gens dépendent de vous pour découvrir la vérité. Les gens ont besoin d’avoir accès à des informations dignes de confiance car ils ont donné le pouvoir de décision sur une bonne partie de leurs vies à un groupe d’individus qui sont assez éloignés d’eux et auxquels ils auront très rarement la possibilité de poser directement une question. […]

C’est pourquoi le reportage en profondeur, le questionnement informé, les investigations – le type de journalisme que nous honorons aujourd’hui – importent plus que jamais et, incidemment, laissent une trace plus durable que des tweets bâclés qui disparaissent de nos écrans en un instant et qui, même s’ils auront un grand nombre de vues un jour donné, ne passeront pas le test du temps. C’est la seule manière pour notre démocratie de fonctionner”.

(CC) The White House, Pete Souza

(CC) The White House, Pete Souza

Le discours d’Obama est une leçon de civisme.

Cependant, le bilan de ses relations avec la presse ne correspond pas toujours à l’idéal qu’il promeut. C’est d’autant plus étonnant que, comme je l’avais relevé dans une récente édition de la Newsletter Superception, le Président américain est certainement l’homme politique contemporain qui mérite le plus de respect pour le niveau exceptionnel de son intégrité dans sa vie personnelle et politique.

A son crédit, il faut mettre la transparence promue par l’Administration Obama quant au volume de données désormais communiquées au public, l’accès présidentiel accordé aux journalistes et le lien direct recherché, notamment sur les réseaux sociaux, par Barack Obama pour échanger avec les citoyens américains. Ces deux derniers points contrastent par exemple avec le comportement de Hillary Clinton durant la campagne présidentielle en cours où elle fuit les journalistes comme la peste.

Au débit de Barack Obama, il convient de porter les tactiques, que j’avais évoquées dans cet article, employées par le Ministère de la Justice pour décourager les journalistes d’exploiter des fuites. Un journaliste a même été menacé d’une peine de prison s’il ne révélait pas sa source. Enfin, l’Administration Obama détient le record du plus grand nombre de réponses négatives apportées à des demandes réalisées dans le cadre du Freedom of Information Act1.

1 La loi Freedom of Information Act permet aux citoyens de demander à accéder à des informations contrôlées par le gouvernement fédéral qui, jusque-là, n’avaient pas été rendues publiques.

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