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Toute vérité n'est que perception

Liberté de la presse : Obama, le nouveau Nixon ?

L’impossible équilibre entre liberté et sécurité.

Lors de sa campagne de 2007-2008 pour la primaire démocrate puis la présidentielle, Barack Obama s’était présenté comme le futur Président de la transparence et de la morale afin de contraster son style personnel avec celui de George W. Bush, notamment caractérisé par l’opacité de son processus de décision. Aujourd’hui, les manquements du Président Obama à la promesse du candidat Obama suscitent une déception à la mesure des espoirs qu’il avait soulevés.

L’agence de presse The Associated Press vient ainsi de révéler que le Ministère de la Justice américain a saisi en secret les registres d’appels (entrants et sortants) des mois d’avril et mai 2012 pour plus de 20 de ses lignes téléphoniques et de lignes privées de certains de ses journalistes.

Cette démarche est en contradiction flagrante avec les propres règles en vigueur au sein du Ministère, lesquelles stipulent qu’une saisie de ce type doit être limitée au strict minimum et que le média qui en fait l’objet doit en être informé significativement à l’avance et doit avoir la possibilité de remettre en cause sa nécessité devant un juge.

Dans aucun pays au monde, la liberté de la presse n’est aussi sacrée qu’aux Etats-Unis, jusqu’à être au coeur du Premier amendement de la Constitution qui stipule notamment que “le Congrès ne passera aucune loi portant atteinte à la liberté d’expression ou de la presse”.

De fait, l’action du Ministère de la Justice remet fondamentalement en cause la relation entre les journalistes et leurs sources (lire ici ma réflexion à ce sujet à propos de l’affaire WikiLeaks). Or cette relation est consubstantielle au journalisme et, partant, à la démocratie.

La saisie des registres téléphoniques d’Associated Press, dont le volume n’a pas d’équivalent ces dernières décennies aux Etats-Unis, illustre la lutte sans précédent de Barack Obama contre les auteurs présumés de fuites médiatiques. Ainsi que le rappelle The New York Times, l’Administration Obama a poursuivi durant son premier mandat pas moins de six de ses membres accusés d’avoir communiqué des informations aux médias, soit le double du nombre total de personnes poursuivies durant toutes les administrations précédentes !

Après avoir attribué l’entière responsabilité de cette saisie au Ministère de la Justice, le porte-parole de la Maison-Blanche, Jay Carney, a donné une explication bien peu convaincante de l’approche de son patron vis-à-vis du travail des médias : “le Président croit à l’équilibre entre la sécurité nationale et un journalisme d’investigation sans entrave“. Ainsi que l’a noté le célèbre professeur de journalisme Jeff Jarvis sur Twitter, comment un journalisme sans entrave peut-il être équilibré avec toute autre considération ? Incidemment, Benjamin Franklin, l’un des Pères fondateurs de la nation américaine, avait déjà averti ses concitoyens sur le fait que la subordination de la liberté à la sécurité résulterait dans le sacrifice des deux.

En l’occurrence, il semble que la saisie réalisée à l’encontre de The Associated Press vise une dépêche publiée le 7 mai 2012 par l’agence. Elle relatait, se fiant à des sources anonymes, que la CIA aurait déjoué un complot d’Al Qaeda visant à faire exploser un avion de ligne américain, pour marquer le premier anniversaire de la mort d’Oussama Ben Laden, avec une bombe de nouvelle génération.

A l’époque, The Associated Press avait accepté de décaler la publication de son scoop afin que l’opération de la CIA puisse s’achever dans le secret. Cependant, des officiels américains avaient ensuite expliqué à l’agence Reuters que la fuite d’informations sensibles vers The Associated Press avait mis un terme prématuré à une opération anti-terroriste qui aurait pu durer beaucoup plus longtemps. Dans les mois suivant cette affaire, le Ministère de la Justice avait tenté, sans succès, de découvrir la source de l’agence.

La Une du Huffington Post hier que l'on pourrait traduire par "C'est quoi ce bordel au Ministère de la Justice ?" - (CC) The Huffington Post

La Une du Huffington Post hier que l’on pourrait traduire par “C’est quoi ce bordel au Ministère de la Justice ?” – (CC) The Huffington Post

L’annonce de la saisie réalisée par le Ministère de la Justice a provoqué des réactions choquées chez les Démocrates comme les Républicains sans même parler des médias et des associations de défense des libertés. Reporters Sans Frontières a ainsi parlé d’une “violation extrêmement grave de la liberté de l’information“. Et plusieurs observateurs peu connus pour leur opposition à Obama comparent aujourd’hui ses pratiques à celles de Richard Nixon, qui personnifie toujours aux Etats-Unis la lutte contre la liberté de la presse.

Le grand journaliste Carl Bernstein, tombeur avec Bob Woodward du Président Nixon dans l’affaire du Watergate, a qualifié d’”inexcusable” l’opération menée par le Ministère de la Justice. Il a expliqué sur NBC : “cette administration s’est comportée de manière déplorable à cet égard depuis le début. Son objectif est d’intimider les gens qui parlent aux journalistes. Il ne peut y avoir aucune excuse à de telles méthodes. (…) Rien ne justifie qu’une présidence qui prône la liberté de la presse se comporte ainsi“.

Or Obama a construit sa marque politique sur une morale prétendument supérieure à celle de ses opposants républicains qu’il regarde retiré sur son Aventin, incapable de négocier avec eux sur des sujets aussi importants que la régulation de la libre circulation des armes de guerre ou la réduction de l’abyssale dette fédérale (lire ici et ici).

Aujourd’hui, la marque Obama pâtit d’un triple scandale : outre l’affaire Associated Press, l’Administration démocrate est embourbée dans le dossier Benghazi (lire ici) et dans l’enquête lancée par la Direction des Impôts sur des groupes politiques conservateurs (Tea Party).

Il lui reste moins d’un an avant la campagne des élections de mi-mandat pour corriger la perception ravageuse née de cette conjonction.

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