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Toute vérité n'est que perception

La “kardashiansation” de la présidentielle américaine

Peu de journalistes abordent Donald Trump comme un candidat présidentiel plutôt qu’un phénomène de foire. Mais ceux qui consentent cet effort font l’honneur de leur profession et montrent la voie au journalisme politique de l’ère Kardashian.

Jamais un candidat à une élection importante n’a autant menti que Donald Trump1. Chaque jour, il profère des contre-vérités qu’il est de plus en plus difficile pour les médias de corriger factuellement, sans même les dénoncer moralement.

Cette difficulté résulte de trois facteurs principaux.

Le premier a trait à la surface médiatique du développeur immobilier, celle qu’il se crée sur les réseaux sociaux (Twitter en tête) et celle que les médias lui offrent en raison des audiences qu’il génère. A cet égard, comme je l’ai déjà souligné, les médias ont oublié que leur premier rôle civique est de rendre compte de l’actualité et non d’enrichir leur compte d’exploitation. Au final, Trump bénéficie d’une exposition médiatique sans précédent.

Le deuxième concerne la transformation de la vie politique en émission de télé-réalité, amorcée avant Trump mais portée à son paroxysme par celui-ci. La compétition politique, qui a toujours été un spectacle, est devenue un cirque et le web social son chapiteau. L’étonnant prévaut sur l’important, l’irréel sur le réel et la recherche de l’attention sur celle de l’idéation. Aux Etats-Unis, nous sommes entrés dans la “kardashiansation” de la politique.

Le troisième relève de la polarisation de la vie politique sous l’effet de sa communautarisation sur le web social et, dans une moindre mesure, d’autres médias (télévision câblée, radio…). Chacun peut s’abreuver à des sources médiatiques pour lesquelles les faits n’ont pas davantage de valeur qu’une opinion. Contaminés par cette nouvelle culture, les journalistes politiques en viennent à considérer l’établissement d’un fait comme l’expression d’une opinion.

Imagine-t-on l’entraîneur d’un club de sport professionnel affirmer que son équipe a remporté un match qu’elle a perdu ou un PDG soutenir que son entreprise est rentable alors que ses résultats financiers montrent le contraire sans que la vérité soit rétablie par les journalistes ?

Pourtant, cette aberration devient la norme dans le journalisme politique outre-Atlantique. Dans l’élection présidentielle américaine comme dans une émission de télé-réalité, tout est factice et les téléspectateurs/électeurs y croient.

(CC) Gage Skidmore

(CC) Gage Skidmore

Heureusement, quelques journalistes résistent à cet avilissement général et accomplissent leur mission.

L’un des exemples les plus notables est David Fahrenthold qui enquête notamment, au sein du Washington Post, sur la Fondation Trump. Alors que certaines dérives éthiques potentielles de la Fondation Clinton ont pertinemment été mises en exergue, la Fondation Trump se révèle, sous la plume de Fahrenthold, une pure escroquerie qui suscite d’ailleurs désormais l’intérêt du procureur de New York.

David Fahrenthold ne se laisse pas impressionner par les déclarations spectaculaires de Donald Trump. Sa spécialité est de laborieusement éplucher tous les documents financiers et juridiques auxquels il peut avoir accès pour vérifier les assertions de l’éventuel futur Président des Etats-Unis.

Ainsi découvrit-il par exemple que, contrairement aux affirmations de Trump selon lesquelles il aurait donné plusieurs millions de dollars à sa Fondation, il ne lui a versé que 10 000 dollars depuis 2008. Il contacta également plus de 300 organismes charitables pour déterminer si Trump avait été l’un de leurs donateurs. Réponse dans presque tous les cas : non.

Pour rendre ses fastidieuses enquêtes plus visuelles, Fahrenthold tweete régulièrement des états (tableaux, listes…) de ses progrès rédigés à la main avec différentes couleurs. Il partage également sur Twitter les emails qu’il échange avec l’équipe de Trump afin d’impliquer ses abonnés dans son travail quotidien et n’hésite pas à solliciter leur assistance quand ils peuvent l’aider dans ses recherches.

La liberté de la presse ne s’use que si l’on ne s’en sert pas.

1 Comme je l’ai souvent souligné sur Superception (lire notamment ici), Hillary Clinton n’est pas irréprochable à cet égard sans cependant atteindre le niveau de menterie de Trump.

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