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Donald Trump : octobre rouge

Octobre est connu pour être le mois des surprises – spontanées ou orchestrées – dans les campagnes présidentielles américaines. Mais les rebondissements qui marquent la candidature de Donald Trump depuis quelques jours sont tout sauf étonnants.

Depuis 1972 et son entrée dans le vocabulaire américain, le phénomène des “surprises d’octobre” appartient à la mythologie politique.

Les principales surprises d’octobre ont concerné :

  • 1972 : la déclaration par le Conseiller à la Sécurité Nationale du Président Richard Nixon, Henry Kissinger, que la paix était “à portée de la main” dans la guerre du Vietnam.
  • 1980 : l’affirmation par les dirigeants iraniens et le Président Jimmy Carter que les otages américains détenus à Téhéran ne seraient pas libérés avant l’élection.
  • 1992 : l’implication de Caspar Weinberger, le Ministre de la Défense de Ronald Reagan, dans l’affaire des ventes secrètes d’armes à l’Iran alors sous embargo afin d’obtenir la libération d’otages américains détenus au Liban et de financer la lutte des rebelles Contras au Nicaragua.
  • 2000 : la révélation de l’arrestation, en 1976, de George W. Bush pour conduite en état d’ivresse.
  • 2004 : l’accusation portée par John Kerry contre George W. Bush d’avoir mal géré la disparition d’une énorme quantité d’explosifs en Irak et la déclaration vidéo d’Oussama Ben Laden prenant position dans le conflit israélo-palestinien (et remettant la guerre contre “l’Axe du mal” au centre de la campagne).
  • 2008 : la révélation qu’une demi-tante de Barack Obama était immigrée illégale à Boston et la publication de chiffres montrant une augmentation sans précédent du chômage.
  • 2012 : la divulgation (certes intervenue en septembre) d’un enregistrement secret montrant Mitt Romney déclarer, lors d’un événement privé de levée de fonds, que 47% des Américains voteront quoi qu’il arrive pour les Démocrates car ils se vivent comme des victimes et considèrent avoir droit au soutien financier du gouvernement fédéral.

La campagne 2016 est d’une autre nature que toutes celles qui l’ont précédée et la surprise d’octobre a donc un autre fumet. Emanant de Donald Trump, il ne peut être que nauséabond.

Il a trait à la révélation d’une vidéo de 2005 dans laquelle Donald Trump se vante d’agresser sexuellement les femmes qui lui plaisent et d’obtenir ce qu’il veut d’elles grâce à sa célébrité.

Dans cette séquence (voir ci-dessous), il explique (pardonnez la grossièreté et la vulgarité des propos qui suivent) :

“[A propos de l’animatrice de télévision Nancy O’Dell] Je l’ai chassée comme une salope ; j’ai essayé de la baiser. J’ai échoué, je l’admets. Elle était mariée à l’époque. […]

Vous savez, je suis automatiquement attiré par les jolies femmes. Je les embrasse. C’est comme un aimant pour moi. Je les embrasse. Je n’attends même pas.

Et, lorsque vous êtes une star, elles vous laissent faire. Vous pouvez faire n’importe quoi. Les attraper par la chatte. Vous pouvez faire ce que vous voulez“.

L’équipe de Donald Trump mit en ligne une vidéo de son candidat dans laquelle celui-ci semble lire un message sous la contrainte et, après s’être rapidement excusé, attaque Bill Clinton :

Ce message ne fit naturellement rien pour atténuer l’énorme crise médiatique et politique suscitée par la révélation de la vidéo de 2005. A l’heure où j’écris ces lignes, une vingtaine d’élus républicains de niveau national1, au premier rang desquels l’ancien candidat à la Présidence John McCain, ont retiré leur soutien à Donald Trump que même son Vice-Président putatif n’a pas défendu.

A cet égard, la stratégie républicaine face à la campagne de Donald Trump confirme un précepte que je prône régulièrement sur Superception (lire par exemple ici et ici) : dans les situations de crise, tout délai à prendre une décision ne fait qu’aggraver la situation. Il est en effet excessivement rare que les crises se règlent d’elles-mêmes2. La décision qui aura été retardée sera donc d’autant plus coûteuse.

Si le mois d’octobre a pour Donald Trump la couleur rouge sang des massacres médiatiques, le Parti républicain ne fait que payer sa lâcheté d’il y a un an lorsque les premières déclarations répugnantes du développeur immobilier auraient dû conduire ses leaders à le rejeter comme étranger à leurs valeurs et aux principes démocratiques américains.

Sans même évoquer ses propositions politiques indignes (politique étrangère, immigration, avortement, liberté de la presse…), ses allégations sur John McCain, qui ne serait pas un héros parce qu’il a été capturé par les combattants communistes vietnamiens3, ou sur les immigrés illégaux mexicains, qui seraient le plus souvent des violeurs et des drogués, auraient dû dessiller les Républicains sur Donald Trump4.

Si tout cela n’avait pas suffi, sa moquerie ignoble d’un journaliste handicapé (voir la vidéo ci-dessous) aurait dû constituer le coup de grâce à sa candidature. Il m’est déjà incompréhensible qu’un électeur puisse voter pour un candidat qui se comporte ainsi5. Mais que l’un des deux grands partis américains puisse le soutenir officiellement est à mes yeux incognoscible6.

Les Républicains, qui redoutent aujourd’hui que Donald Trump n’engloutisse dans ses scandales successifs un nombre significatif de leurs sièges au Sénat et à la Chambre des Représentants, n’ont donc à s’en prendre qu’à eux-mêmes. Lorsqu’on abdique ses principes les plus fondamentaux par appât du gain, il n’est que justice qu’on paie le prix le plus fort7.

1 Dont la plupart font face à des scrutins de réélection le même jour que l’élection présidentielle et ne peuvent plus se permettre d’être associés à Trump.

2 Surtout les crises structurelles comme celle qui concerne le caractère de Donald Trump.

3 Et ce alors même que McCain fut torturé pendant cinq ans dans les geôles vietnamiennes et refusa d’être libéré en échange d’une opération de relations publiques avec son père, très haut gradé de la Marine américaine.

4 Incidemment, le rôle moteur de Trump, longtemps avant la campagne présidentielle, dans la promotion d’une campagne affirmant que Barack Obama n’est pas un citoyen américain aurait dû éclairer le Parti républicain à son sujet sans même attendre ses premiers dérapages au cours de la primaire.

5 Il est d’ailleurs accablant pour la nature humaine que, quoi qu’il fasse et dise, environ 40% des électeurs américains voteront pour Trump.

6 Les répudiations de Trump par de nombreux Républicains sont donc aujourd’hui aussi hypocrites que révélatrices : l’électorat conservateur féminin étant plus grand que les électorats noir, latino, musulman ou handicapé, cette nouvelle ignominie du milliardaire new yorkais est soudainement considérée comme l’offense de trop. On peut d’ailleurs penser que ces ruptures républicaines avec Trump seraient beaucoup moins nombreuses si ce dernier était encore en tête dans les intentions de vote.

7 Comme je l’ai déjà écrit sur Superception, ne regardons pas, de France, la candidature de Donald Trump avec mépris pour l’évolution de la vie politique outre-Atlantique. Les phénomènes que nous observons dans notre pays ne sont en effet pas toujours rassurants à cet égard. Pour éviter de me livrer à une analyse de politique française, ce qui n’est pas l’objet de ce blog, je me limiterai à l’univers médiatique où les signes sur l’encadrement et l’animation du débat politique sont plus qu’inquiétants. Je n’en prendrai pour preuve que le traitement de la campagne de Donald Trump qui privilégie souvent le sensationnalisme à la mise en perspective (en témoigne le titre saisissant de ce récent article du Point) et la nature de la nouvelle “Emission politique” du service public où les journalistes semblent enivrés de leur propre gloriole au lieu de se mettre au service de la délibération civique, où l’étonnant l’emporte toujours sur l’important (ainsi de l’échange entre Alain Juppé et… Jérôme Kerviel) dans le seul but apparent de créer du buzz, où le débat politique est réduit à des querelles entre des candidats et des citoyens, souvent représentants d’une corporation, qui leur sont diamétralement opposés et renforcent de fait la perception d’un désaveu général des dirigeants politiques et où une humoriste vient moquer l’invité politique en fin d’émission et achever sa décrédibilisation.
[POST SCRIPTUM LE 10 OCTOBRE 2016] Au sujet de l’aveuglement de la presse française face à la candidature de Donald Trump, un autre exemple frappant nous vient, au lendemain du second débat entre Trump et Clinton, d’une vidéo mise en ligne par Philippe Labro, pourtant une référence du journalisme hexagonal au sujet des Etats-Unis. Labro y explique (i) que Trump connaissait mieux ses dossiers que lors de leur première joute, (ii) qu’il a fait preuve d’un langage corporel de “showman” très efficace et (iii) qu’il a accusé Bill Clinton d’avoir violé une fillette de douze ans. Or, même si Trump a été plus pugnace qu’il y a une semaine, (i) il a énoncé 33 mensonges – contre 5 pour Hillary Clinton -, a été incapable de décrire une proposition programmatique précise, a montré son incompréhension totale du système législatif fédéral et a, pêle-mêle, parlé à la légère d’agression sexuelle, dit qu’il mettrait Hillary Clinton en prison s’il était élu, exprimé son désaccord avec son colistier sur les relations de l’Amérique avec la Russie et loué Bachar el-Assad, (ii) le comportement de Trump durant le débat a été très majoritairement, surtout par l’électorat féminin, jugé comme manquant de respect et tentant d’intimider Hillary Clinton et les deux journalistes et (iii) Trump a reproché à Hillary Clinton d’avoir défendu, lorsqu’elle était jeune avocate, un individu accusé d’avoir violé une fillette de douze ans (Hillary avait été commise d’office et Bill n’a rien à voir avec cette affaire).

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