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Communication.Management.Marketing

Toute vérité n'est que perception

Pourquoi la France refuse l’efficacité

Nous sommes freinés par un mélange de tradition monarchique et de réductionnisme politique.

Les deux plus grands monuments parisiens, voire français si l’on ignore le château de Versailles, ont chacun connu ces dernières années un drame potentiellement irréparable : l’incendie de Notre-Dame et le cambriolage du Louvre.

Or la réaction à ces deux événements a été diamétralement opposée.

Dans le premier cas, le quoi qu’il en coûte macronien s’est moins appliqué au budget de l’Etat, généreusement complété par des donateurs individuels et corporate, qu’à ses procédures, dont il s’est agi de s’affranchir afin de reconstruire la cathédrale en cinq ans.

Dans le second cas, les procédures ont constituée une cuirasse corrodée pour protéger les responsables de leur imputabilité dans le fiasco sécuritaire ayant permis le vol. C’est ainsi que nous avons notamment vu Laurence des Cars, présidente-directrice du musée du Louvre, nous expliquer que les procédures avaient bien fonctionné sans jamais se demander si lesdites procédures étaient pertinentes. Il suffit, comme votre serviteur, d’avoir visité la Tour de Londres pour savoir que, en comparaison, les mesures de sécurité du Louvre mises au jour par ce larcin sont risibles.

Et il faut, de nouveau comme votre serviteur, avoir visionné (en différé) l’audition de Laurence des Cars par la Commission de la culture, de l’éducation, de la communication et du sport du Sénat pour être resté bouche bée devant tant d’arrogance. Certes, sur la forme, Laurence des Cars ne parle pas d’elle-même à la troisième personne. Mais, sur le fond, son incapacité à envisager la moindre remise en cause, alors qu’elle préside le Louvre depuis quatre ans, sa tentation de vilipender ceux qui osent la considérer responsable, et sa propension à accuser ses prédécesseurs (après quatre ans de magistère !) ou des personnes extérieures au musée sont confondantes. Je suis sorti de ce visionnage assez convaincu qu’elle n’avait pas remis sa démission parce qu’elle pensait avoir fauté, mais pour se préserver et parce qu’elle savait que cette proposition serait rejetée.

Laurence des Cars s’ajoute à la liste infinie des dirigeants publics français qui acceptent les avantages associés aux postes à responsabilité et refusent le risque associé à leur charge en cas d’inefficacité dans l’exercice de celle-ci. Quand avons-nous vu un ministre démissionner ou être démis pour mauvais résultats, et non pour faute de communication ou scandale éthique ? Dans un article que j’avais consacré, il y a deux ans et demi, à cette dérive démocratique, j’écrivais : “Lorsque les problèmes ne sont pas solutionnés et que les incompétents et les improbes ne sont pas sanctionnés, la démocratie redevient une monarchie dans laquelle la classe politique a remplacé la noblesse“.

Image créée avec ChatGPT et Midjourney – (CC) Christophe Lachnitt

C’est le sentiment que je nourrissais de nouveau après avoir regardé l’audition de Laurence des Cars. Supposons un PDG se présentant devant son Conseil d’Administration pour expliquer que, par exemple, le programme de R&D que son entreprise a mené sur plusieurs années n’a non seulement permis aucune percée, mais que, ayant détourné de précieux fonds, il a même favorisé la prise d’avance de ses concurrents. Imagine-t-on ce dirigeant conclure que, les procédures de l’Entreprise ayant été respectées, tout reproche à son endroit est injustifiable et tenter de rejeter la faute sur autrui ? C’est pourtant le spectacle auquel nous avons assisté depuis le 19 octobre.

En réalité, nos dirigeants semblent capables de prendre les problèmes à bras-le-corps lorsqu’ils résultent d’un événement qui ne leur est pas attribuable (l’incendie de Notre-Dame), mais pas lorsqu’ils en sont directement ou indirectement responsables (le casse du Louvre). Et notre tradition monarchique leur en laisse le loisir, ce que beaucoup de nations refuseraient.

Notre culture implacablement idéologique fait le reste : les réflexes de protection des uns motivent, sans les excuser, les réflexes d’accusation des autres, et, toujours, l’intérêt général semble la variable d’ajustement des intérêts particuliers. On retrouve cette idéologisation dans notre absence de culture de l’évaluation des dépenses et de l’action publiques, et, plus aberrant encore, dans le vote de mesures dont personne n’a pris le soin d’analyser les risques et les opportunités.

Il est certes paradoxal, étant donné qu’ils sont en proie au populisme le plus dangereux et sortent d’un “shutdown” record du gouvernement fédéral, de prendre les Etats-Unis en exemple. Cependant, il m’est impossible de ne pas souligner que, après l’élection à la mairie de New York de Zohran Mamdani, qu’ils avaient combattu de toutes leurs forces (et qui le leur a bien rendu), plusieurs milliardaires et grands patrons new yorkais ont offert | de se mettre | à son service s’ils pouvaient lui être utile pour le développement et la prospérité de la ville. Des dynamiques bipartisanes peuvent donc encore animer l’Amérique, même si elles émanent surtout de la sphère privée.

De ce côté-ci de l’Atlantique, on dirait qu’un mélange de tradition monarchique et de réductionnisme politique (Karl Marx avait au moins raison sur ce point) empêche la chose publique d’être envisagée dans une optique d’efficacité.

Le moindre des paradoxes n’est pas que les victimes même de ce fonctionnement soient aussi celles qui lui permettent, par leurs votes, de perdurer.

Superception est un média consacré aux enjeux de perception à travers la communication, le management et le marketing dans le contexte de l'intelligence artificielle. Il comprend un blog, une newsletter et un podcast. Il a été créé et est édité par Christophe Lachnitt.

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